‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 587 sur 725 · La passion de faire des vers · texte numérisé non relu

La passion de faire des vers

De beaucoup de vertus. Jamais premièrement

Le Po^te n'est point avare aucunement :

Il aime ses labeurs, son seul but et sa joye,

Il aime des forests la solitude coye '.

Il aime ses égaux, qui de franche bonté

N'estrangent ^ de leurs mœurs l'honneste volupté.

11 se mocque, il se rit des grands citez rasées ^,

Des pertes, des ennuis, des maisons embrasées;

Contre Dieu ni Testât il n'a point comploté :

En l'Océan d'erreur son esprit n'a floté :

Comme * un peu Philosophe il laisse aller le monde.

Les Destins plus courants volontaire il seconde '.

Contre ses compagnons il ne machine rien :

11 ne tache d'avoir des orphelins le bien :

Sa table est sobre et nette ^ et comme il se présente '',

Du peu comme du prou ** souvent il se contente.

S'il n'est propre à la guerre, aux armes nonchalant,

11 est bon à la ville, aux meilleurs s'egallant ;

Et si tu reconnois que les choses petites

Aux grandes aident bien, tu connois ses mérites.

Car aux jeunes il sçait aprendre la vertu,

Leur former le parler que ce monstre testu *,

Que ce peuple ignorant, par mauvaise prononce ^^

Des vulgaires plus bas ^S diversement '- annonce*' :

Leur fait haïr le vice et, gracieux et doux,

Leur corrige l'envie et l'aigreur du courroux :

Les beaux gestes ^* passez il remet en mémoire,

Il raconte tousjours quelque agréable histoire,

11 donne enseignements par le resouvenir

Des exemples connus pour le siècle advenir :

Plaisante est son humeur, utile est sa hantise *%

Estant tout courtisan '®, hormis par la feintise :

Et quand. Sire, aux honneurs vous l'avez élevé

Estant de la liqueur d'Ilipocrene abrevé,

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