La passion de faire des vers
De beaucoup de vertus. Jamais premièrement
Le Po^te n'est point avare aucunement :
Il aime ses labeurs, son seul but et sa joye,
Il aime des forests la solitude coye '.
Il aime ses égaux, qui de franche bonté
N'estrangent ^ de leurs mœurs l'honneste volupté.
11 se mocque, il se rit des grands citez rasées ^,
Des pertes, des ennuis, des maisons embrasées;
Contre Dieu ni Testât il n'a point comploté :
En l'Océan d'erreur son esprit n'a floté :
Comme * un peu Philosophe il laisse aller le monde.
Les Destins plus courants volontaire il seconde '.
Contre ses compagnons il ne machine rien :
11 ne tache d'avoir des orphelins le bien :
Sa table est sobre et nette ^ et comme il se présente '',
Du peu comme du prou ** souvent il se contente.
S'il n'est propre à la guerre, aux armes nonchalant,
11 est bon à la ville, aux meilleurs s'egallant ;
Et si tu reconnois que les choses petites
Aux grandes aident bien, tu connois ses mérites.
Car aux jeunes il sçait aprendre la vertu,
Leur former le parler que ce monstre testu *,
Que ce peuple ignorant, par mauvaise prononce ^^
Des vulgaires plus bas ^S diversement '- annonce*' :
Leur fait haïr le vice et, gracieux et doux,
Leur corrige l'envie et l'aigreur du courroux :
Les beaux gestes ^* passez il remet en mémoire,
Il raconte tousjours quelque agréable histoire,
11 donne enseignements par le resouvenir
Des exemples connus pour le siècle advenir :
Plaisante est son humeur, utile est sa hantise *%
Estant tout courtisan '®, hormis par la feintise :
Et quand. Sire, aux honneurs vous l'avez élevé
Estant de la liqueur d'Ilipocrene abrevé,