LA MORT
11 faut que la mort naturelle
Te face ce qui est en elle.
Avant que je puisse à jamais
Te servir de ton dernier mets.
Cela faict, je t'ay préparé
Un lieu d'obscurité paré -,
Lieu d'horreur, de crys, d'hurlements,
De souspirs et gémissements:
Lieu ou les ser[jens et couleuvres
Rongeront ta langue et tes lèvres ;
Lieu ou peste, charbon, catherre '
Sont plus drus qu'herbe sur la terre ;
Lieu plein de souffre et feu ardant,
Trop plus aspre * chaleur rendant,
Que cestuy ci* ; là brusleras
Et jamais ne cpnsommeras * ;
Voila ton lieu ® déterminé
Et pour tous meuiîriers destiné.
Pour superbes ambitieux,
Pourchiches avaricieux,
Larrons, paillards, blasphémateurs,
Enfans rebelles, contempteurs
Des commandemens de leur père,
Voila leur éternel repaire :
Tons abysmeront '' là dedans
Ou n'a * que grincement de dents
Et un tourment qui tousjours dure ®.
l. Retard. Encore au xvii= siècle : « Un moment de séjour peut tout déconcerter i (Corn., Othon, IV, 2).
J. Garni.