Il nefnut r|u'une fuis pour la pcidre
Un ne me la prendra pas, non. Personne ne me void-il? J'y regarde, pource que quand on sçail qu'un ' qui me resemble a de l'argent, on luy desrobbe incontinent.
Désiré. Elle sera mieux au trou.
Severin. Que maudits soient les diables qui ne me laissent mettre ma bourse en ma maison ! Tu bieu,^ que dis-je ! Que ferois-je s'ils m'escoutoient ^? Je suis en grande peine; il vaut mieux que je la cache, car, puisque la fortune me l'a autresfois gardée, elle voudra bien me faire encores ce plaisir. Hélas ! ma bourse, hélas 1 mon âme, helas ! toute mon espérance, ne te laisse pis trouver, je te prie.
Désiré. Je pense qu'il ne la laschera jamais. Severin. Que feray-je ? L'y meltray-je ? Oy ; nenny * ,• si feray, je l'y vay mettre ; mais devant que me descharger je veux venir si quelqu'un me regarde. Mon Dieu ! il me semble que je suis veu d'un chacun, mesmes que les pierres et le bois me regardent. Hé ! mon petit trou^, mon mignon, je me recommande à toy. Or sus, au nom de Dieu et de Sainct Antoine de Padoue, in manus tuas^ Domine, commendo spiritum meum.
Désiré. C'est si grand chose ^ que je n'en puis rien croire si je ne le voy.
Severin. C'est à ceste heure qu'il faut que je regarde si quelqu'un m'a veu. Ma foy, personne. Mais si quelqu'un marche dessus, il luy prendra peut estre envie de veoir que "^ c'est : il faut que souvent j'y prenne garde, et n'y laisse fouiller personne. Si faut-il * que j'aille où j'ay dit, afin de trouver quelque expédient pour chasser ces diables de mon logis. Je vay par de là, car je ne veux passer auprès d'eux.
Désiré. Me voilà roy, puis qu'aujourd'huy est arrivé le jour auquel je doismetlre fin àmesmisères. Qu'a(ten-je? quequelqu'un vienne pour me donner quelque empeschement? Je m'en garderay bien. Comme il a espié s'il estoit regardé de personne^ quand il a caché sa bourse, il faut aussi que je regarde si ores'" que je la veux enlever je suis point veu, et par qui. 0 sainct et sacré trou, que tu me fais heureux ! Quel beau champignon
i. Quelqu'un. i 5. Le trou où il enfouit son trésor.
2. Tue Dieu (que Dieu me tue), con- 6. Ce serait une si bonne aflaire pour ■verti en tu bieu, pour éviter le blas- moi que je n'ose v croire.
phèmc. 7. r.o que.
3. U est eflrayé de son imprécation 8. Il faut cependant, contre les diables nu mauvais esprits. y. Quelqu'un.