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RÉPONSE DU SUPÉRIEUR AUX ANCIENS ÉLÈVES

«Messieurs les anciens élèves du Séminaire de Nicolet,

«Vos sentiments d'affection et de reconnaissance, votre dévouement tout filial envers la maison où il vous fut donné de puiser l'éducation classique en y passant les plus belles années de votre jeunesse, nous sont connus depuis longtemps et font notre bonheur autant que votre gloire. Si le témoignage éclatant que vous venez lui en donner aujourd'hui, avec tant d'empressement, ne nous prend pas par surprise, la noble et sympathique expression que vous en faites, ne peut manquer de nous toucher profondément et de produire dans nos cœurs les plus douces émotions, en resserrant encore davantage les liens qui nous unissent à vous et à notre commune Alma Mater.

«Bénis soyez-vous donc de cette nouvelle et grande marque de considération et d’attachement de votre part, pour l'institution qui nous est chère à tous et qu’un siècle de bien accompli vient couronner en ce jour!

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«Et vous, vénérable doyen octogénaire des anciens élèves, chargé de mérites de toute sorte encore plus que d'années; vous qui savez si bien redire, en cctte solennelle circonstance, les sentiments qui animent tous les fils de la grande famille nicolétaine, soyez béni doublement pour votre inaltérable affection envers cette maison à laquelle vous consacrez de si grand cœur, à un âge où l'otium cum dignitate semble seul convenir, des accents que les plus belles années de votre vie d'écrivain n'auraient pu rendre ni avec plus d'éloquence, ni avec un tact plus exquis.

« Vous nous permettrez tout d'abord, messieurs et bien chers amis, de vous souhaiter en ce grand jour la bienvenue la plus cordiale et Ja plus entière, A tous et à chacun nous disons avec bonheur: vous êtes chez vous, à votre seconde maison paternelle, qui vous ouvre ses portes aussi largement qu'elle le peut, en vous offrant la plus affectueuse hospitalité. Vous Ja comblez d'allégresse par votre présence en si grand nombre et par les témoignages de votre sincère affection.

«Puissiez-vous revivre joyeusement a ujourd'hui, en ces quelques heures que nous voudrions changer en autant de jours et de semaines, s'il était possible, vos belles années de jeunesse passées sous ce vieux toit du Collège de Nicolet!

«Soyez les bienvenus Partout ici où vous porterez vos PAS pour revoir les lieux témoins des heureux jours de votre vie d'écolier. Les bienvenus das ces longs corridors que vous parcouriez jadis si allégrement, allant et venant Sans soucis alrrs des luttes de la vie et de ses chagrins. Les bienvenus dans celte vieille salle de récréation, si bruyante quand votre joie débordait à certaines heures et à certains jours surtout. Les bienvenus à Ja salle d'étude, non plus, il est vrai, en ce jour de jubilation,

pour vous courber de nouveau sur un bureau de travail et reprendre en main les vieux classiques qui ne vieillissent jamais, les mêmes aujourd'hui qu'autrefois, Virgile, Horace, Cicéron, Tacite, Démosthène ou les Pères Grecs, vos amis du temps passé et qui le sont encore, je n'en doute pas, avec lesquels vous couliez de longues heures en tête-à-tête, travaillant fort à saisir leurs pensées et à goûter leur éloquence; mais afin de vous rappeler avec satisfaction que cette salle, quelque peu redoutable parfois, fut le creuset par lequel il vous a fallu passer pour acquérir des connaissances solides et épurer votre goût en étudiant les meilleurs modèles, l'atelier où vous vous êtes forgé ces excellentes armes qui vous ont si bien servi, dans le combat de la vie, à conquérir les positions que vous occupez aujourd'hui.

«Soyez surtout les bienvenus dans cette nouvelle salle que nous sommes si heureux d'inaugurer en ce jour pour vous recevoir, avant de la livrer aux jeunes générations de vos successeurs du nouveau siècle. Les bienvenus dans la chapelle commémorative du centenaire, partie principale du monument que vos dons généreux ont si largement contribué à élever à la gloire de Nicolet, et qui s'ouvre aujourd'hui pour recevoir l'hommage de nos louanges et de nos actions de grâces au Dieu trois fois saint qui a réjoui notre jeunesse. Ce nouveau sanctuaire dédié, comme l'ancien, à l'archange Raphaël, ce puissant protecteur des jeunes gens, sera un témoignage éclatant de votre piété et de votre reconnaissance -vur les bienfaits qu'il a plu au Seigneur de vous accorder pendant votre séjour ici; il rappellera à tous vos successeurs que le premier siècle de cette maison a été un siècle de bénédiction, et qu'- à fils reconnaissants vous avez voulu en assurer le souvenir par un monument durable: Ad perpeluam rei memoriam.

«Soyez donc les bienvenus en tout et partout, messieurs les anciens élèves, sous le toit de votre Alma Mater, comme de nobles fils qu'une noble mère reçoit avec le plus grand bonheur et auxquels elle ouvre son cœur, son logis et sa table aussi largement et aussi joyeusement qu'il est possible de le faire.

« De quelque lieu que vous veniez, de loin ou de proche, du nord ou du sud, des bords de l'Atlantique ou des rives lointaines du Pacilique, quel que soit votre état ou votre profession, prêtres, médecins, avocats, juges, hommes de lettres, d'État ou de négoce, cultivateurs, industriels ou artisans, vous êtes tous les bienvenus, vous êtes tous frères et votre Alma ‘Mater vous recoit avec la plus vive joie et vous embrasse dans une égale affection. A la vue de cette phalange si nombreuse de ses fils qu'elle a toujours chéris, aux sons de leurs voix aimées, ne semble-t-elle pas toute rajeunie et ses vieux murs ne tressaillent-ils pas d'allégresse ?

«Vous avez évoqué le souvenir de ceux qui furent les plus remarquables parmi ses fondateurs, ses directeurs et ses professeurs, en laissant après eux une mémoire impérissable: rien de plus juste. Mais ne vous semblet-il pas aussi entendre l'écho de leurs voix sympathiques, pleines d'affection pour cette maison, qui se prolonge jusqu'à nous à travers le temps, pour nous redire encore, aujourd'hui comme autrefois, tout l'intérêt qu'ils ont porté à l'œuvre nicolétaine? Prêtez l'oreille un moment: (Tout n'est intéressant, quand il s’agit d'une maison que j'aime comme celle de Nicolet et dont je désire infiniment que Dieu y puisse tirer sa gloire.» N'est-ce pas la voix de son fondateur, de l'illustre évêque Plessis, que nous entendons, répétant ce qu'il disait et écrivait, il y a bientôt cent ans, au milieu des travaux et des soucis que lui imposait son cher Séminaire naissant?

« Écoutez encore celle autre voix et vous y reconnaîtrez facilement celle d'un de ses plus grands bienfaiteurs, de Me Signay, celui-là même qui, de concert avec un autre insigne bienfaiteur, M# Panet, s'est donné tant de peines et imposé de. si grands sacrifices, pour construire la maison qui abrite la famille nicolétaine depuis 72 ans. En un seul mot elle exprime toute l'affection de ces généreux prélats pour notre chère Alma Mater : « Qu'ai-je pu faire pour le Séminaire de Nicolet que je n'ai pas fait? »

«N'entendez-vous pas encore cette autre voix plus rapprochée de nous qui dit: «O Nicolet, si je t'oublie, que ma main droite se dessèche! Que ma langue s'attache à mon palais si, je ne me souviens pas de toi, maison chérie, comme le principal sujet de ma joie et de mon bonheur!» . C'est celle, cette fois, d’un de ses fils les plus distingués qui, après avoir jeté un grand éclat sur elle, comme professeur, préfet des études et supérieur, revenait au lendemain de sa consécration épiscopale lui apporter un nouveau témoignage de sa pitié filiale,

«Et puis, ne voyez-vous pas revivre ici aujourd'hui, au milieu de vous, ceux qui furent vos directeurs et professeurs bien-aimés, dont vous conservez toujours le meilleur souvenir? Ames des Raimbault, des Léprohon, des Ferland, des Caron, des Désaulniers, des Gélinas, des Maurault, et de tant d'autres, revenez un moment dans ces lieux qui vous furent si chers! Regardez avec bonheur cette foule nombreuse de vos élèves, de vos enfants, qui vous acclament en ce jour en prononçant vos noms comme ceux de leurs bienfaiteurs les plus signalés! Que leur vive reconnaisance, jointe à l'affection qu'ils vous conservent toujours, vous réjouisse dans le ciel, comme leur docilité et leurs succès vous ont autrefois réjouis sur la terre!

« Oui, vous avez raison de le dire, à la gloire de notre maison il y a eu ici tout un héritage sacré d'estime, d'affection, de dévouement pour leurs élèves, qui s’est transmis des premiers directeurs à ceux qui les ont suivis, d'un Léprohon, par exemple, à un Caron, de celui-ci à un autre, puis de cet autre à un autre encore.... Je n'irai pas plus loin, de peur d'arriver jusqu'à nos jours et de paraître louer les vivants. Toutefois, il me sera bien permis de dire que ce même esprit des anciens directeurs et professeurs n'est pas tout à fait disparu de la maison, grâce à Dieu, et, croyons-le, il ne disparaîtra jamais. Cette heureuse tradition, qui a fait sa gloire et son bonheur dans le passé, continuera à lui attacher les générations présentes et futures, comme elle lui a attaché celles du premier siècle de son existence. C’est bien là,.en effet, le secret de la grande estime, de la profonde affection des élèves de Nicolet pour leur Alma Mater, telle qu’elle a existé dans le passé et telle qu’elle existera toujours, nous en avons le ferme espoir.

« L'arbre nicolétain, planté, cultivé, arrosé par des mains habiles et pieuses, enrichi surtout des bénédictions célestes, — Deus incrementum dedit, — cet arbre, dis-je, a grandi en produisant d'heureux fruits, des fruits abondants et pour l'Église et pour l'État. Pendant un siècle il les a répandus un peu partout, dans les diverses professions de la société civile et religieuse." I] fut un temps même, alors que le nombre des collèges classiques était plus restreint, où les élèves de celui de Nicolet semblaient monopoliser les positions les plus élevées et les plus enviables, se distinguant autant par leur nombre que par leurs succès. Sa bonne renommée lui attirait des recrues d'élite d'une extrémité du pays à l’autre. Aujourd'hui, la clientèle de nos collèges est plus partagée; grâce

à leur nombre, la concurrence plus grande, et chacun d'eux se recrute dans un rayon moins étendu.

« Cela ne veut pas dire que les élèves de Nicolet, de nos jours, n'ont pas su conserver l'excellente réputation que leurs prédécesseurs s'étaient acquise dans les professions libérales et ailleurs, qu'il y brillent moins maintenant que jadis. Non, mais seulement ils sont plus disséminés dans les diverses carrières au milieu de leurs confrères des autres maisons d'éducation, anciennes et nouvelles, qui, elles aussi, ont su conquérir l'estime et le succès, tandis qu'autrelois c'était le partage d'un plus petit nombre d'institutions.

« À Dieu ne plaise qu'il entre dans notre pensée de vouloir nous élever au-dessus des autres collèges, ou d'exalter nos mérites et nos hommes plus qu’il ne faut, ou au désavantage des leurs. Nous sommes trop heureux de les considérer comme des frères qui partagent avec nous la grande tâche de former la jeunesse pour les diverses carrières, de reconnaître leurs succès en appréciant tout le bien qu'ils font et à l'Église et à la société, comme nous nous efforçons de le faire de notre côté Toute notre ambition est de marcher d’un pas égal avec nos émules, dans les voies du véritable progrès intellectuel et moral, et de suivre de notre mieux, avec eux, le

mouvement scientifique et littéraire du temps présent : Haud pluribus impar....

« Parmi les collèges qui remplissent si noblement le rôle qui leur est confié dans l'éducation de notre pays, il en est deux, les plus anciens, auxquels le nôtre doit beaucoup, pusqu'ils ont été les modèles sur lesquels il s'est formé et d'où lui sont venus tous ses premiers directeurs et professeurs : je nomme le Séminaire de Québec et le Collège de Montréal, nos deux illustres

devanciers. Qu'ils veuillent bien recevoir aujourd'hui l'expression de notre perpétuelle gratitude :' car, la reconnaissance pour des bienfaits reçus, quand il s’agit d'une . institution comme la nôtre, ne doit pas être limitée à un siècle, mais durer autant qu'elle-mêème.

« Deux autres séminaires, dont nous estimons hautement les mérites et les succès, ont eu, aussi, des rapports plus intimes avec le nôtre : celui de Saint-Hyacinthe, qui nous suit de près dans sa fondation et qui célébrera, Par Conséquent, son centenaire le premier après nous, et celui des Trois-Rivières, plus récent dans son établissement, mais qui marche depuis longtemps de pair avec les plus renommés. Tous deux, à leur origine, ont tiré leurs premiers directeurs et professeurs de Nicolet et ont ainsi contracté avec nous un certain lien de parenté dont nous nous honorons. De plus, ils sont nos voisins immédiats, et, par suite, nous les considérons comme doublement frères, et nous les estimons de même.

« Nous ne pouvons pas, non plus, passer sous silence, comme collège affilié, les liens qui nous unissent étroitement à la grañde université française et catholique du Canada, l'Université Laval. Cette affiliation des collèges, sans parler des avantages incontestables qu'elle leur offre, à tous les points de vue, a pour effet immédiat de les unir.plus étroitement entre eux, d'en faire des frères heureux de suivre la direction sage et éclairée de cette Commune A/ma Mater, dont la gloire et les grands états de service viennént d'être célébrés avec tant d'éclat, il y a un an, à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation. Reconnaissance donc et vif attachement à cette grande institution, à laquelle le Collège de Nicolet, fier d'être un des premiers affiliés, offre avec bonheur, au jour de la

célébration de son centenaire, les plus sincères félicitations avec les meilleurs souhaits de prospérité.

(IT nous-reste, Messieurs les anciens élèves, un autre devoir très agréable à remplir auprès de vous: c’est celui de vous remercier de tout cœur pour votre empressement à venir honorer aujourd'hui votre Alma mater devenue centenaire, ei lui offrir à cette occasion, avec vos vœux de bonhear et de succès, un don magnifique qui atteste hautement et votre générosité et votre piété filiale à son égard. En fils dévoués et aimants, qui n'oublient pas les bienfaits qu’elle vous a procurés, vous déposez sur son front une couronne précieuse; vous l'ornez d’une nouvelle auréole de gloire dont l'éclat rejaillira bien loin dans le second siècle de son existence et au delà. Veuillez recevoir l'expression de notre plus sincère gratitude pour ce grand acte de bienfaisance. à son égard, qui vous honore autant qu'’elle-mème.

«Si nous pouvons en ce jour jubilaire vous donner une cordiale réception sous ce toit nov- au, c'est grâce à vos dons génére--*. Cet édifice, mo ent commémoratif de tout un siècle qui finit plein ; meilleurs souvenirs pour les élèves de Nicolet, sera un témoignage éclatant de votre attachement et de votre libéralité pour notre chère Alma Mater: Honneur done et reconnaissance à to. "eux qui ont bien voulu mettre la main à l'œuvre et fournir leur contingent pour édifier ce monument, que les directeurs de la maison se sont eflorcés de rendre digne de

- l'événement qu'il doit rappeler et de ceux qui y ont si largement contribué, puisqu'il est destiné à redire aux générations futures du nouveau siècle, le zèle, le dévouement et la piété filiale de celles du premier! Les annales de la maison conserveront précieusement les noms de nos bienfaiteurs, grands et petits, présents et futurs (car la liste n'en est pas close avec cette fête), et l’histoire du Séminaire, dans le second siècle, les rappellera avec gratitude comme elle l’a fait pour ceux du temps passé,

«Merci encore, Messieurs, de la mention si bienveillante que vous faites de cette Histoire du Séminaire, qui vient d'être livrée à la publicité, Toute imparfaite qu’elle puisse être, elle vous a été dédiée avec bonheur, dans l'espoir qu’elle pourrait vous intéresser quelque peu et contribuer à mieux faire connaitre les hommes éminents et dévoués qui ont fait notre maison ce qu'elle a été et ce qu'elle est, en vous la rendant encore plus chère. Si cet ouvrage est aussi favorablement accueilli par tous les anciens élèves qui voudront bien le lire, celui qui en est l'humble auteur sera amplement récompensé du travail qu'il s'est imposé en faveur d'une cause qui doit intéresser toute la famille nicolétaine.

«Maintenant, Messieurs et chers amis, jouissons du bonheur qui nous est donné en ce jour de nous voir réunis en si grand nombre sous le toit de notre Alma Mater, et que cette fête célébrée en l'honneur de son centenaire fasse époque dans son histoire et dans notre vie aussi! Avant tout, rendons grâces à Dieu des grands bienfaits qu'il lui a départis si abondamment durant le siècle écoulé. Dans une commune allégresse, allons inaugurer le nouveau sanctuaire et y offrir nos adorations et nos actions de grâces au Dieu très grand et très bon, auteur de tout bien; ce sanctuaire qui désormais rappelera tous les jours votre souvenir devant le Seigneur à vos successeurs du second siècle au Séminaire de Nicolet ! »

Le spectacle de cette vaste assistance, recueillie et écoutant debout la lecture de ces deux magnifiques discours, avait, dans les circonstances, quelque chose de véritablement impressionnant.

Comme bien l'on pense, des applaudissements chaleureux ne manquèrent pas de souligner ce premier acte solennel de la journée.

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