‹ Le Sénat de la République romaine, sa composition et ses attributions (volume 2)Chapitre 66 sur 95 · I. La désignation des provinces consulaires · texte numérisé non relu

I. La désignation des provinces consulaires

Le Sénat est tenu de choisir (nominare, decernere) les provinces consulaires (9) parmi les provinces importantes, c'est-àdire, parmi celles dont le commandement militaire exige une armée iniportante (10).

On peut résumer ces provinces dans les trois catégories suivantes :

1^ Le commandement général de l'Italie. Celui-ci ne peut être conféré ni à un préteur ni à un promagistrat (ii). Aussi,

. (l) Liv., XXXV, 20, XLIÏ, 31. XLIII, 12, XLÏV, 17, XLV, 16.

(2) Liv., XXXVII, 1,50.

(3) Liv., XXXVII, 50.

(4) Liv., XLIV. 21, XLV, 16, Ep. XLVII. App., IlL, 11.

(5) Liv., Ep. XLIX, 41. Polyb,, XXXVI, 5. Diod. Sic, XXXII, 18.

(6) Voyez le Ch. VII, § 4.

(7) Voyeï p. 536, n» 2, et aux Art. 4 et 5.

(8) Cf. Liv., XXIV, 10-11.

(9) Liv., XXL 17, XXVIII, 38, XXXIX, 38, etc.

(10) Liv., XXXIX, 38 : « Constdibus Ligures, quia beUum nusquam iàSn erat^ decreti. « XL, 1 : « ÇonstUibus nuUa praeter Ligures çuae décerne' relur erat. - Cf. XXXIX, 45.

(11) Mommsen (Staater., II, 630, n«2) prétead le contraire, et il cite à TiqipQi Texemple de Ti. Ciaudias Nero, qui fut préteur en 178 et obtint, dit^il, en 177, le commandement de Tltalie avec le titre de proconsul. C'est une erreur. En 178

lorsque les deux consuls ont des provinces extra-italiques, le commandement général de l'Italie eist-il suspendu de fait.

2^ Le commandement en chef d'une armée faisant la guerre hors de Tltalie, soit sur terre (i), soit sur mer (2), excepté dans les cas où ce commandement est délégué à un promagistrat par le Sénat ou par le peuple.

3^ Les provinces extra-italiques ordinaires, mais seulement lorsque, se trouvant en état de guerre, elles exigeaient l'envoi de forces militaires extraordinaires (3). Cependant, quand il ny avait pas de guerre en Italie môme, la province consulaire d'Italie était généralement combinée avec les provinces de

le préteur Ti. Claudius Nero avait été envoyé par le Sénat pour commander à Pise une armée d'une légion et d'alliés (Liv., XLI, 5). En d'autres termes^ il avait obtenu la province extraordinaire d'Etrurie. En 177 il fut prorogé dans ce commandement. * Ti, Claudius proconsul, qui praetor priore anno fUerat, cum praesidio legionis unius Pisis praeerat. » (Liv., XLI, 12). Le commandement général d'Italie en 177 était sans aucun doute combiné avec la guerre dlstrie qui était échue au consul C. Claudius Pulcher (Liv., XLI, 8). Sur le titre de proconsul donné par Tite-Live à Ti. Claudius, voyez plus loin, VI s. f.

(1) Vojez plus loin, p. 537-538.

, (2) Par ex., en 201 : « Uti consules provincias inter se compararent sortirenturve uter Italiam, uter classem navium quinquaginta haberet, .. consul mari.,, rem gereret. * Liv., XXX, 40, cf. 43 : « Consul cui classts provincia erai. * De mémo en 149. Cf. App., Pun., 75.

(3) La. Sicile, en 218 (Liv., XXI, 17), en 210 (ib., XXVI, 28), en 205(ib., XX VIII, 38), en 134 et années suivantes, à cause de la guerre servile (Liv., Ep. LVI, LIX, Gros., V, 9, Val. Max., VI, 9 § 8). — L'une ou Tautre province d'Espagne, enl95(« cum in Hispania tantum glisceret hélium ut jam consulari et duce et exercitu opus esset, placere consules Hispaniam citeriorem Italiamque provincias.,. •» Liv., XXXIII, 43, Nep., Cat., 2), en 153 (App., Hisp., 45, Polyb., XXXV, 4), en 152 et 151 (Liv., Ep. XLVIII, App., Hisp., 49), de 143 à 134 (consularis dux et eœercitus, k cause de la guerre contre Viriathus, Liv., Ep. LU, LUI, LIV, LV, LVI, Dio Cass., fr. § 77, 78, App., Hisp., 78, 79, 80, 84, Val. Max.. IX, 3 § 7, 6 § 4, III, 7 § 5, Diod. Sic, XXXIII, 26, etc.), et en 123 (les lies Baléares qui faisaient partie de TEspagne citérieure. Liv., Ep. LX. Flor., III, 8. Gros., V, 12. Cf. Marquardt, Staatsverw., I, 103). — La Sardaigne, en 177 (Propter belli magnitudinem provincia consularis fùcta, Liv., XLI, 8), en 163 (Val. Max., IX, 12 § 3) et 162 (Val. Max., I, 1 § 3), et en 126 (Plut., C. Gracch., 1, Liv., Ep. LX). — L'Asie, de 131 À 129, À la cause de la guerre contre Aristonicus (Liv., Ep. LIX, VelL Pat., II, 4 g 1, Flor.. II, 20, Just., XXXVI, 4).

Gaule Cisalpine (i) et dlllyricum (a). C'est, depuis la fin de la seconde guerre punique (s), la règle pendant toute la période qui nous occupe (4).

Lorsqu'il n'y a pas de guerre extra-italique, le Sénat décrète aux deux consuls l'Italie (5), y compris généralement la Gaule Cisalpine et rillyricum, tantôt comme une seule province {e\

(1) Cf. Liv., XXXII. 28(197) : u ConsiUibus ambobus Italia..,eiuthélhm cum Gallis CiscUpinis gérèrent. » — Chaque fois qu'un consul guerroie âans la Gaule Cisalpine, on peut en conclure qull a aussi la province dltalie, bien que cela ne soit pas mentionné toujours expressément. Ainsi, en 143, le coDsal Ap. Claudins, qui fait la guerre aux Qaulois Salassions (Liv., Ep. LUI), avait tiré au sort le département d'Italie (Iv t^ ^Iro^la Xa^ùv oi^X'iv^ Dio Cass., fr. § 74). Voyez aussi Liv., XXXII, 8, comparé à 26, 28, XXXV, 20-21. - A. G. Zumpty De Gallia Romanorum provincia, dans ses Studia romana, Berlin, 1859, p. 6-16.

(2) On ne mentionne nulle part, tfvant la dictature de César, un gouverneur spécial de cette province, qui remonte cependant au IF siècle avant J. C. (Marquardt, Staatsverw., I, 297-298). Elle devait donc être réunie soit à la pi*i>TinGe de Macédoine, soit À la Gaule Cisalpine. Or, en 135, la Macédoine (Thracia) est gouvernée par un préteur, tandis qu*un consul guerroie dans riUyricnm (Liv., Ep. LVI). Ce consul a sans aucun doute la province d'Italie et de Gaule Cisalpine. Il en est de même, crojons-nous, des consuls qui font la guerre aux Delmates ou aux Illjriens en 156 et 155 (Liv., Ep. XLVII), et en 129 (Liv., Ep, LïX, Act. triumph. cap. ad h. a. Cf. App., 111., 10-11).

(3) Pendant que Hannibal fut en Italie, la Gaule Cisalpine était généralement gouvernée par un préteur ou un promagistrat (voyez p. 543, n*2, et plus loin, III).

(4) Par ex., en 197 (n« 1), 193 (Liv., XXXIV, 53), 192 (Liv., XXXV, 20), 188 (ib., XXXVIIl, 35), 187 (ib., XXXVIII, 42), 186 (ib., XXXIX, 20), 185 (ib., XXXIX, 32). 184 (ib , XXXIX, 38), 183 (ib., 45), 182 (XL, 1), 181 (ib.. 18), 180 (ib., 35), 179 (ib., 44), 178 (XLI, 5), 177 (ib., 8), 176 (ib., 14), 175 (ib., 19), 173 (XLII, 1), 172 (ib., 10), 170 (XLIII, 9), 167 (XLV. 16), 162 (Val. Max., I. 1 § 3), 159 (cf. act. tr, cap.), 156 (n« 2), 155 (n« 2), 154 (Li^.i Ep- XLVII, Polyb., XXXIII, 8, 10), 143 (n* 1), 136(cf. C. T., I, n«»549), I35(n« 2), 129 (n« 2), 125 (Liv., Ep. LX), 124 (Diod. Sic, XXXIV, 23).

(5) Assez fréquemment, au lieu de mentionner fltalie d'une maniéro générale, Tite-Live cite la région où les nécessités de la gnerre obligent les consuls â établir leur centre d'opérations, cf. XXVI, 2 (l'Apulie), XXVIII, 10 (206) : • Brutiii ambobus ut cum Hanhibcde bellum gérèrent y promneia décréta, * cf. 38, XXX, 27 (202) : la même province consulaire y est appelée taat6t l'Italie, tantôt TEtrurie.

(6) Bellum cum Hannibcde en Italie, en 213 (Liv., XXIV, 44), «n 212 . (XXV, 3), en 208 : « Vtrisque consulilms Italia décréta provincia ett >•

(XXVII, 22), en 197 (n« 1), 196 (XXXOI, 25), 194 (XXXIV, 43), 192 (n* 4), 187

que les deux consuls commandent ensemble, tantôt divisée en deux provinces, dont le Sénat détermine les sièges ou les quartiers généraux, soit en deux, régions différentes de l'Italie (i), soit en Italie et Gaule (2), soit enfin, en deux régions de la Gaule (3).

Quand TÈtat est en guerre avec une nation extra-italique indépendante, ou qu'une province extra-italique ordinaire est en état de guerre, et que le Sénat ne réserve pas le commandement militaire de la guerre à un promagistrat (4), il désigne comme provinces consulaires d'une part Tltalie et d'autre part la guerre (5) ou la province extra-italique (e). Il est extrêmement rare qu'une guerre extra-italique soit décrétée province commune des deux consuls (7).

i'^utrisque Ligures, XXXVIII, 42), en 186, 184, 183, 182, 181, 180, 179, 173, 172 (p. 536, n» 4), etc.

(1) En 209 : - Italia ambobus promncia décréta, regionibus tamen partitum itnperium : Fabius ad Tarentum, Fulvius in Lucanis ac Brutiiis remgereret. - (Liv., XXVII, 7). En 204 et 203, TEtrurie et lo Bruttium (ib., XXIX, 13. XXX, 1).

(2) Pour 207 : - Provinciae iis non permixtae regionibus, sicut sujperioribus œnnis, sed diversis eœtremae Italiae finibus, alteri adversus Hannibalent JBruttii Lucani, altetn QaUia adversus Hasdrubalem... décréta, - Liv., X.XVII, 35. — En 176, Pise (Etrurie) et les Ligures (XLI, 14), en 167, Pise et la Gaule (XLV, 16).

(3) En 193, 188, 178 et 175 : - Oallia et Ligures (Liv., XXXIV, 53. XXXVIII, 35, XLI, 5, 19), etc.

(4) Cf. yy., XXXII, 28, XXXIII, 25, XXXVIII, 35.

(5) En 202, l'Italie et la guerre en Afrique (Liv., XXX, 27, voyez p. 540), en 201, ritalie et la guerre sur mer (XXX, 40), de 200 à 198, l'Italie et la guerre en Macédoine (XXXI, 6, XXXII. 1, 8), en 191 et 190, l'Italie et la guerre contre Antioobus (XXXVI, 1, XXXVII, 1), en 171, 169 et 168, l'Italie et la guerre contre Pensée de Macédoine (XLII, 31, XUII, 12, XLIV, 17), en 146 la guerre en Achaïe (Liv., Ep. LU, Polyb., XXXIX, 14).

(6) En 210 : - Ut alteri consulum Italia beUumque cum Hannibale proeùteia etset^ aiter dassem,.. Siciliamque provinciam obtineret, » Liv., XXVI, 28. De même en 205 (ib., XXVIII, 38, 45). — Lltalie et l'Espagne eilérieure en 196 (ib., XXXIII, 43), l'Italie (Gaule) et la Sardaigne en 177 (Liv., XU, 8), et en 162 (Val. Max., 1, 1 g 3), l'Italie et une province d'Espagne, en 143 (Liv., Ep. LUI), en 136 (Val. Max., III, 7 § 5, C. T., I, n» 549), en 135 (App., H»p., 84, Liv., Ep, LVI), l'Italie et l'Asie, en Î29 (Flor., II, 20 § 7. Uv., Ep. LPC).

(T) En 149, les deux comsols sont chargés de la guerre contre les Carthaginois. Liv., Ep.. XLIX. Polyb., XXXVI, 5. App., Pun., 75.

Mais, quand il y a deux guerres à diriger dans des pays ou provinces extra-italiques différentes, il arrive que le Sénat désigne comme provinces conçulaires les deux commandements en chef que les deux guerres nécessitent (i).

La province consulaire dltalie peut en outre être combinée par le Sénat avec une mission spéciale de l'ordre judiciaire ou financier, à exécuter par les titulaires avant leur départ pour le quartier général de leur commandement militaire (2}.

Dans les limites que nous venons d'indiquer, le Sénat décide librement de la désignation des provinces consulaires (3).

Quand il détermine deux provinces consulaires, il invite les consuls à se les répartir à Tamiable (comparare) ou par la voie du sort (sortiri) (4).

Si, au commencement de Tannée, une guerre extra-italique est en perspective, le Sénat peut, en décrétant l'Italie aux deux consuls, les inviter à décider par le sort ou à l'amiable lequel des deux sera chargé du commandement, si la guerre éclate (5].

(1) En 218, la guerre contre les Carthaginois, d une part, en Sicile et en Afrique, d*autre part, en Espagne (Liv., XXI, 17, Polyb., III, 40), — ea 189, les guerres d*Etolie et d'Asie (Liv., XXXVII, 50), — en 134, une province d'Espagne et la proyince de Sicile (Liv., Ep. LVI).

(2) Ainsi en 186 : « Consulibus ambobus qiuxestio de clandestinis c(»yv rationibus (les . BaccancUia) décréta est, •» (Liv., XXXIX, 8). Après avoir achevé cette mission, ils se rendent & leurs quartiers généraux en Ligurie (ib., 20, 32 : « /n Ligures provinciam exercitum duxerunt, • ) — En 173, le consul Postumius, avant de partir pour la Ligurie, est chargé de se rendre en Campanie ad agrum publicum.., terminandum (Liv., XLII, 1, cf. 9, vojei plus haut, p. 345). — Cf. Liv., XXX, 27 (202) : « In eadem pr(mneia(VE trurie, quartier général du consul d'Italie en cette année) et C. Servilio prorogatum imperium, si constUem manere ad urbem senatui placuisset. - — En, 160, - Pomptinae paludes a Comelio Cethego consule^ cui ea provincia eoenerat, siccatae. » Liv., Ep. XLVI (plus haut, p. 400).

(3) Liv., XLII, 10 (172) : - Macedonia negata consulUms, • Cf. Poljb., XVIII, 11. Liv., XXXIV, 43, XXXVIII, 42, et les différends entre le Sénat et les consuls, exposés plus loin, p. 540-542. Voyez aussi Nepos, Cat., 2, et Val. Max., VI, 4 § 2 (144)-

(4) Liv., XXX, \ \ u Ut consvles inter se compararent sortirentwr^ i i*/er... - Cf. XXI, 17, XXVI, 29, XXVII, 36, XXX, 40, XXXII, 1, 8, XXXIfl,

j 43, XXXVIII, 35, XLII, 31, XLIII. 12, etc.

I (5) Cf. Liv., XXXV, 20 (192) : « Si quo extra Itaiiam opus essei dueere

1 legiones, »

Après la répartition des provinces consulaires, le Sénat ne peut pas enlever à un consul la province qui lui est échue (i), ni ordonner une permutation (2), sans le consentement du consul intéressé.

Le Sénat n a pas non plus le droit d'attribuer à Tun des consuls une province extra sortem {3). Il ne le peut que du consentement de l'autre consul. Ainsi, en 190, sous le consulat de Laelius et de L. Scipion, frère de l'Africain, le Sénat décréta à Laelius l'Italie, et à Scipion la Grèce, pour faire la guerre à Antiochus qui s'était emparé d'une partie de ce pays. Mais cette répartition eut lieu sur le désir de Scipion et du consentement de Laelius (4).

Néanmoins une province peut être assignée à un consul ea^tra sortem par une loi ou un plébiscite (5). En 147, le com-

(1) Ainsi, en 211, les deux consuls avaient reçu la province dltalie, avec mission spéciale de combattre les Carthaginois en Apulie ; mais, après que Ton fut rassuré de ce côté, le Sénat leur proposa de tirer au sort FApulie et la Macédoine. Liv., XXVI, 22. De même en 214, les consuls ayant d'abord eu tous deax la province d*Italie (XXIV, 14, 17), Marcellus est envoyé ensuite en Sicile pour pacifier le royaume de Hiéron (ib., 20. Polyb., VIII, 5).

(2) En 210, après le tirage au sort des provinces consulaires, ** postulatum a contulibus est ut de permutandis provinciis senatum considèrent, » Le consul Marcellus répond : •• Si coUegae nihU intersit, mtUare se provinciam paraium esse. » Mais, igoute-t-il, il n'y est nullement obligé. Liv., XXVI, 29. Cf. Val. Max., IV, 1 § 7 : - Sieiliam sortilus eam provinciam coUegcie cessit.n

(3) Les historiens s'expriment parfois comme si les provinces consulaire avaient été décrétées nominatim, quand en réalité elles ont été réparties pa *Ofiitio. Ainsi Polybe, parlant des consuls de l'an 218, dit (III, 40) : a Hpoi^^ctpÎMîfTo ircfAjr<tv pirà (TzpaxoTnâiav ïlôirXtw fiiv KopvijXtov «t; 'l6ipt«ir, Ttêipto» ^ ^l^ripimn et; At€Oi}v, » tandis que Tite-Live affirme expressément, & deux re prises (XXI, 17, 32), que la répartition de ces deux provinces a été faite par le sort.

(4) Liv., XXXVII, 1. Cf. XXXVIII, 58. Les faits sont présentés un peu dif féremm3nt par Cic, Phil., XI, 7 § 17. — De môme en 205 : « Sicilia Scipioni e^ra sortem, concedente collega. « Liv., XXVIII, 38. Cf. Dion. Cass., fr. 57 §52. Plut., Fab. Max., 25.

(0) Cf. Liv., XXVIII, 45 (205) : « Vulgatum erat, si apud senatum non o^inuisset (Scipio consul), lU provincia Africa sibi decemeretur, adpopu- ^«m extemplo laturum. »»

mandement de la guerre en Afrique fut accordé, malgré Tautre consul, au consul Scipion Emilien par un plébiscite (i), voté eœ pairum auctoritale (2), de même qu'en 131 une loi décréta au consul P. Crassus le commandement de la guerre contre Aristonicus (3). Au contraire, quand Plutarqoe et Justin (4) prétendent que Paul-Emile, consul pour la seconde fois en 168, fut chargé de la guerre contre Persée extra ordinem par une loi, ils sont dans Terreur. Tite-Live et Valère-Maxime (5) mentionnent expressément le tirage au sort des provinces consulaires en cette année.

Qu'arrivait-il quand des différends s'élevaient entre le Sénat et les consuls au sujet de cette répartition?

Quelques exemples historiques feront connaître la procédure suivie en de telles conjonctures.

En 202, les deux consuls, Ti. Claudius Nero et M. Servilius Geminus, désiraient succéder au proconsul Scipion, qui dirigeait en Afrique la guerre contre Carthage, et dont Ytmperium avait été prorogé l'année précédente par le Sénat donec debellatum in J/rica foret (6). Us demandèrent donc au Sénat de désigner comme provinces consulaires Tltalie et l'Afrique. Le Sénat tourna la difficulté, dit Tite-Live : « Consules jusèi cum

(1) App., Pun., 112 : « Kal aûrôv ô 9vvap;^oc ApoOaoc ntçlt Ai6vi9Ç npoç omw

xpivtv ToO ^>;pou ycvM'Ocu. xat 6 ^içfto; cUero rôv Zxtrriiuva. » Cf. Liv., Ep. LI :

- a Scipione consule, cui extra sortem Afîrica provincia data erat. » Cic, Phil., XI. 7 § 17.

(2) Yalôre-Maxime (VIII, 15 § 4) ne mentionne que le sénatusconsnlte :

- Eidem senatus bis sine sorte provindam, prius Aflricam (147), deinde Hispaniam (134) dédit, » Nous ne connaissons pas le détail de la procédure suivie en 134.

(3) Cic, Phil., XI, 8 § 18.

(4) Plut., Aem. Paul., 10 : a Oux icuravrf; x^inpov yiviaOai, xaOdcTrep clûOct tco] Tûv i7rap;^tûy, a»* cùOvç ixftvw ij^j^i^âfiivot roû Maxf^oycxoO ffo^CfMv r%y ir/ff^^- * Justin., XXXIII, 1 § 6 : M Eique extra ordinem Macedonicum beUum decernunt, »

(5) Liv.,XLIV, 17 : - Itaque desigruitos extenipîo sortiri placuitprmndos,.. Consulum Aemilio Macedonta^ Licinio Italia evenit. » Val. Max., I, 5 g 3 : « Cum ei sorte evenisset ut beUum cum rege Perse gereret. •

(6) Liv., XXX, 1.

tribunië plebia agere^ ut, si iis videretur, populum rqçarent, quem vellent in Africn bellum gerere (i). » Les tribus votèrent à Tunaniniité pour le proconsul Scipion. Néanmoins, continue rhistorien, les consuls tirèrent au sort l'Afrique; car le Sénat l'avait décrété ainsi. Elle échut au consul Nero, à telle condition qu*il aurait un imper ium égal à celui de Scipion.

Ce récit de Tite-Live n'est pas absolument correct. D'abord, rhistorien se contredit, en niant d'abord et en affirmant ensuite la nomination de l'Afrique comme province consulaire. Ensuite, lorsqu'un consul et uiï proconsul commandent ensemble la même province, Vimperium du consul est constitiitionnellement supérieur à celui du proconsul (2), à moins qu'un vote du peuple n'en ait décidé autrement. Aussi pensons-nous que le but du plébiscite ne fut pas précisément de charger Scipion seul de la guerre en Afrique, mais de lui conférer dans ce com^ mandement un imperium égal à celui du consul qui tirerait au sort la province d'Afrique.

Il semble en eifet que Néron fut fort contrarié de cette décision. II ne se hâta nullement de gagner sa province. Il mit une grande lenteur à préparer la flotte avec laquelle il devait partir pour l'Afrique, mécontent, dit Tite-Live (3), de ce que le Sénat avait chargé Scipion d'arrêter les conditions provisoires de paix avec les Carthaginois. Enfin, il part de Rome. De fortes tempêtes qu'il essuya, l'obligèrent de s'arrêter à l'île d'Elbe, en Corse, et en Sardaigne. De la sorte Tannée de son consulat se passa, et comme son imperium ne fut pas prorogé, il dut reconduire sa flotte à Rome, sans avoir abordé l'Afrique (4).

De même, en 201, le consul Cn. Cornélius Lentulus désirait obtenir la province d'Afrique, que son collègue, d'ailleurs, ne lui disputait pas. Cependant le Sénat était peu disposé à la lui accorder. Le consul, de son côté, menaça d'arrêter toutes les afiaires publiques, aussi longtemps que la province d'Afrique ne lui aurait pas été décrétée. Après de vives discussions

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