‹ Le sénat de la République romaine; sa composition et ses attributions (volume 3)Chapitre 2 sur 9 · IV I · texte numérisé non relu

IV I

périodiques. A chaque artiste ilont les œuvres sont réputées, a succédé une école qui suivait sa tradition, perdait insensiblement la notion juste de l'enseignement primordial, s'enlisait dans une copie servile,

Fig. 2. — Diptyque en ivoire (v* siècle).

s'écartait d'autant plus de l'original que l'esthétique avait suivi une évolution nouvelle, et finissait par tomber dans la banalité absolue, jusqu'au jour où un ouvrier isolé, artiste réel et consciencieux, créait un type aussi parfait que possible, qui se rapportait en style à sa période ou à son époque. L'histoire de la reliure ancienne reste à entreprendre, et, ainsi que

l'écrivait Octave Uzanne*, « beaucoup s'y sont essayés, aucun n'a réussi à coordonner tous les éléments de cette grande monographie historique tant attendue, et qui se fera certainement attendre bien davantage encore, car la tâche est chaque jour plus ardue, et le

Fig. 3. — Diptyque en ivoire (vii« siècle).

temps n'est plus des Bénédictins patients, laborieux, opiniâtres, qui, placés au-dessus dos passions humaines, l'esprit fixé sur une môme question archéologique, savaient s'enfermer ou s'enfouir dans Vin pace du travail, semblant, dans leur recueillement et leur ardeur sublime, y tenir les heures en échec ».

* Cf. La reliure moderne, artistique et fantaisiste, par Octave Uzanne. Paris, Edouard Rouveyre, 1888, in-8°, jésus.

Les matériaux employés sont nombreux ; la reliure se compose des plais, du dos et des gardes. Les plats étaient, à l'origine, les diptyques, dont le nom signifie, à proprement parler, j^/id en deux, des tablettes d'ivoire, de buis ou d'autre matière solide, enduites de cire à l'intérieur, et dont les anciens se servaient pour écrire ; on les appelait plus communément encore picgillares*.

A diverses époques, le respect pour les livres sacrés suggéra aux fidèles l'idée de les placer sous des couvertures précieuses. Les diptyques, que le mérite du travail, aussi bien que la vénération qui s'attachait à leur haute, destination, rendaient doublement précieux, se prêtaient naturellement à cet emploi : on ne se fit donc pas scrupule de les faire servir à cet usage, et c'est même à cette circonstance que nous devons la conservation du plus grand nombre; de là aussi l'origine de la qualification :

/i'i're cCivoire^ appliquée à certains volumes revêtus

* Dans les manuscrits qui se déroulaient perpendiculairement l'écriture était tracée dans le sens de la largeur, et non dans celui de la longueur. Lorsque le livre était écrit, et que les différentes feuilles qui le composaient étaient collées les unes à |la suite /des autres, on fixait à Textrémité de la dernière feuille une petite verge autour de laquelle s'enroulait le volume. CesJLatins (lui donnaient le nom d'iimbilicits (nombril), parce ([u'elle' était^ placée au centre du volume enroulé comme le

Fis.-

— IMu(}ue on ivoire (IX' siècle).

de diptyques*, dans les anciens inventaires d'objets précieux servant au culte. Quoique destinés primitivement à un usage sacré, ces feuillets d'ivoire ne présentaient aucun emblème religieux; la fantaisie et le caprice en faisaient tous les frais de décoration. Par la suite, les plats des volumes furent de minces planchettes de bois appelés ais **. Les Annales du

nombril au milieu du corps humain. L'ombilic était souvent en os ou en ivoire, et, dans les livres de luxe, ses extrémités étaient peintes et ornées.

Les tranches se nommaient frontft (Crontes), à cause de la disposition des rouleaux dans les bibliothèques; on les rognait, puis on enlevait avec de la pierre ponce les barbes qui auraient ])U y rester. Elles étaient souvent peintes en couleur; celles des Tristes d'Ovide étaient noires, et par là, dit le poète, faciles à reconnaître.

Les titres étaient, en général, écrits sur des bandes de papyrus ou de parchemin, et placés sur la tranche qui sortait de l'étui.

* Millin donne, dans son Dictionnaire des beaux-arts, en 5 vol. in-8°, sur les sculptures nommées diptyques, tous les renseignements qu'on peut désirer. \'oir aussi ce qu'en dit M. du Sommerard dans son Art na moyen âye. t. Il, p. .V.), et tout le chap. XI consacré à son historique. M. Potlier, dans son texte des planches de Willemin, rappelle l'usage et la lecture des diptyques dans la primitive Église. Ouvrages cités dans la Bihliotheca anliquaria de Fabricius, in^", p. 951-95'2 et dans les Annales de philosophie chrétienne, t. XXIII, p, 40 et suiv.,qui résument tous ceux (juiontcté écrits sur cette matière.

Le Trésor de numismatique et de glyptique, volume intitulé : Recueil général de bas-reliefs, clc, a jjublié plusieurs diptyques des plus importants. Voir ceux des planches n° 17, p. 2, '2= classe, 10"' série. Monument du vr siècle, connu sous le nom de diptyque d'Anastasc. Voir encore les planches xx, 1"° partie, et celles XII, L, LU, lui, liv, lviii et lxiv, 2" partie.

** Ais et Ayz, petite planche, de Assula, Ascella, Aessella, Aissella, Aisil. Les ais étaient tantôt en or et en argent, tantôt en bois recouvert de ])laques d'or ciselées, repoussées ou émaillées, tantôt incrustés de bas-reliefs en ivoire ou en métal, et surchargés de pierreries. On ménageait dans ces épaisses reliures la place pour mettre des reliques, des portraits, des lunettes. Ouand l'un de ces ais était en cristal, le livre n'était que figuré, c'était en réalité une boite et elle contenait des reliques.

moyen âge mentionnent que, parmi les dépouilles enlevées par Bélisaire à Gélimer, se trouvaient « les livres sacrés des Évangiles, reluisants d'or et d'argent,

Fig. 5. — Reliure en or, ornée d'émaux et de pienes précieuses (x- siècle).

éraaillés et ornés à profusion de toutes sortes de pierres précieuses » .

Les reliures en métal, ornées de différentes manières et qu'on appelle byzantines, sont très rarement de la même époque que les manuscrits auxquels elles peuvent

1' A3«R .-ai^^i^VC' ,t^

l'ig. 0. — Reliure en ur, ornée d'einuiix el de pierres précieuses ,\i' siècle).

Fig. 7. — Reliure, chef-d'œuvre d'orfèvrerie (xii' siècle). L'ivoire qui en forme la parLic centrale, est du xi' siècle.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE HUITIÈME. 9 encore se trouver attachées ; il suffit de les examiner pour se convaincre que, pour les former, on a employé

Fig. 8. — Reliure en or, ornée de pierres précieuses (xr siècle).

des objets appartenant à des époques différentes, dûs à des artistes français et étrangers. En effet, on y rencontre souvent un mélange singulier de verre, de camées ou d'intailles antiques, d'émaux byzantins ou de

Limoges, et de bas-reliefs en ivoire ou en métal, appartenant aux époques les plus diverses et ayant les caractères artistiques les plus différents. Parfois même, d'anciennes reliures faites primitivement pour certains volumes, ont été employées plus tard à des livres d'un

Fig. 'J. — Reliure en or, ornée de pierres précieuses (xii° siècle).

plus grand format, on estampait* des bordures aux plaques fixées sur les plats.

Vers le iv<^ siècle, on recherchait déjà le luxe dans les reliures. « Les livres sont revêtus de pierres précieuses, s'écriait saint Jérôme, et le pauvre nu meurt à la porte

* Estampe, do stampa, estampage. Plaques d'or, d'argent et de cuivre estampées en feuilles, en lis, en bassins, etc. Cette e.xpression se rencontre fréquemment, parce <[ue dans la hâte des solennités religieuses, des tournois, etc., on faisait un grand usage de ces ornements, ([ui étaient ou cloués sur les châsses, les lutrins, les autels, les liordurcs délivres, ou cousus sur les vêtements et les équipements.

Fig. iO. — Reliure en argent repoussé, ciselé et gravé (.\ii° siècle).

Fig. 11. — Reliure en or et ivoire, ornée de pierres précieuses (xiii* siècle).

des églises ! » Dans la Notice des Dignités de V Empire (écrite vers 450), il est question de livres carrés, reliéset couverts en cuir vert, rouge, bleu ou jaune, souvent ornés de petites baguettes d'or horizontales ou disposées en losange, et décorés sur un des plats du portrait de

Fig. 12 — Agate incruslte dans une reliure.

l'empereur. Cassiodore, qui avait fait à l'usage des copistes un traité de transcription et d'orthographe, introduisit d'habiles relieurs dans son monastère de Viviers, pour lesquels il composa lui-môme des recueils de dessins variés destinés à servir de modèles.

L'agate que nous reproduisons, était incrustée dans la couverture d'un magnifique manuscrit des Évangiles, en lettres d'or, et qui avait été donné au célèbre

monastère de Saint-Maximin de Trêves par la pieuse Ada, fille de Pépin le Bref. On suppose qu'elle représente Ada, son frère Charlemagne, et trois enfants de leur famille

Les nielles servirent aussi à la décoration des reliures; le plus ancien manuscrit de la bibliothèque de Sienne est un Évangéliaire grec qui date du ix<^ siècle, et dont la reliure en est ornée : il appartint d'abord à la chapelle impériale de Constantinople, fut vendu à Venise lors de la chute de l'empire grec, et acheté par des agents du grand hôpital de Sienne, d'où il passa à la bibliothèque de cette ville. Après la découverte de l'imprimerie, on employa simultanément le bois et le carton ; le premier fut définitivement abandonné à l'origine du xvn*^ siècle. Les plats étaient recouverts d'étolTes précieuses ou de cuir; le velours, la soie, le gros de Naples, le satin étaient réservés aux livres de luxe.

Les peaux de la plupart des animaux ont été essayées tour à tour pour la reliure; l'excentricité et la singularité ont fait employer, pour certains livres, des cuirs peu communs, tels que ceux de crocodiles, de phoques, de serpent, et môme de la peau humaine*.

D'après le Mémorial de la Librairie française^ un libraire de Paris aurait vendu récemment deux volumes assez curieux d'Eugène Sue : Les mystères de Paris, édition de 1854; le catalogue portait cette annonce,

* Le bibliophile anglais Dibdin mentionne qu'un amateur fit relier en peau de cerf un Traité sur ta chasse; qu'un autre fit couvrir d'une peau de renard YHistoire de Jacques II, par Fox {fox, en français, renard); et (jue le docteur Asken, célèbre comme bibliophile et comme médecin, avait un livre relié en peau humaine. La bibliothèque royale de Dresde possède, parmi ses manuscrits, un calendrier mexicain sur peau humaine.

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Fig. 15. — Reliure en cuivre cliamplevé, émail de Limoges, et filigrane d'argent doré (xiii* siècle).

Fig. \i. — Reliure ca vermeil repoussé et filigrane (fin du xv« siècle).

au moins originale : « Fort belle reliure exécutée avec un morceau de peau humaine. » Une note sur la garde est ainsi conçue : « Cette reliure provient de la peau d'une femme et a été travaillée par Albéric Pontville, 1874, qui atteste que cette reliure est bien en peau humaine. »

L'exemplaire, à première vue, ne présente rien de spécial, on le croirait relié en maroquin du Levant; le grain est beaucoup plus fin, la peau plus lisse au toucher, et cependant la peau humaine donnerait « un cuir très solide, épais et grené ». Les ouvrages reliés en peau humaine ne sont pas très rares et existent réellement, quoiqu'on l'ait nié. Dans le Catalogue de la Bibliothèque de M. L. Weydt (Bruxelles, Olivier, 1879), nous avons relevé la mention suivante sous le n*'24i4 : Opuscules philosophiques et littéraires, par MM. Suard et Bourdet de Vauxcelles; Paris, Thevet, in-8". « Exemplaire relié en peau humaine, comme l'affirme une note collée sur la garde. » Cette note porte les mentions de la provenance, du prix de la reliure et le nom du relieur. Dans son Journal*, Edmond de Concourt écrit que des internes avaient été renvoyés de Clamart, pour avoir livré de la peau de femme à un relieur du faubourg Saint-Honoré, dont la spécialité était d'en faire des reliures de livres.

Un négociant de Cincinnati possède deux livres reliés l'un avec une peau de négresse, l'autre avec une peau de Chinoise.

Enfin, M. Jules Claretie a relaté qu'il existe, au musée d'histoire naturelle de Nantes, une peau d'homme, avec

Cf. Journal des Goncourt. Paris, Eugène Fasquelle, 1895-1890, 9 volumes, in-18 Jésus.

bras et jambes, tannée, provenant d'un soldat tué en défendant la ville contre les chouans. Ce soldat avait demandé que de sa peau on fît un tambour pour conduire encore ses compagnons au combat. Le vœu de ce patriote ne fut pas exaucé, ou ne le fut qu'à moitié. L'inscription du Musée porte : « Peau d'homme

Fig. 15. — Tambour fait avec la peau de Jean de Troczow*.

préparée, appartenant à un militaire tué le 29 juin 1795, en défendant la ville de Nantes. »

Revenons à la peau des animaux employés pour la reliure des livres. On rencontre un peu, dans toutes les bibliothèques, des livres recouverts de peaux de cerfs et de daims, de basane écrue ou travaillée (peau

* Jean de Troczow était né, en 1580, au bourg de Troczow, en Bohême. Dans sa première jeunesse, ayant perdu un œil en jouant avec des enfants, on lui donna le surnom de Ziska, qui en bohémien signifie borgne. Les dernières volontés que l'on prête à Ziska sont extraordinaires. Il ordonna, dil-on, que son cadavre fût laissé en plein champ, aimant mieux être mangé par

Fig. 16. — Reliure en cuir ciselé, avec coins et ombilic en métal (XV* siècle).

Fig. 17. — Reliure en cuir dont la surface est traitée au plâtre a la façon des reliures véniliennes (xv siècle;.

de mouton), de veau ou de vache, entières ou sciées, de peau de truie blanche ou tannée, de parchemin, et enfin de cuir empreint, marqueté, martelé, tympanc*. gaufré et ciselé.

Pendant la période romane et au moyen âge, nous voyons la préoccupation des scribes pour se procurer les peaux nécessaires à recouvrir leurs livres. Charlemagne accorda au prieur de Saint-Bertin l'autorisation de se procurer, par la chasse, les peaux nécessaires pour relier ses livres.

Guibcrt de Nogent rapporte, au chapitre II du livre i de sa Vie,

(les oiseaux de i)ri)ie que i)ar des vers, et prescrivit qu'on l'ahriciuàt un tambour de sa peau, voulant encore faire fuir ses ennemis ai)rès sa mort. Ouoi qu'il en soit de cette tradition, il est constant qu'un tambour fait avec une peau humaine, que l'on i)rétendait être celle de Ziska, fut, au siècle dernier, transporté de Bohême à Berlin. C'est ce qui résulte d'une corresjjondancc de Voltaire avec le grand Frédéric.

* Nous consignons, à titre de renseignement, une opinion de M. Vallet-V'iriville sur la li/mpunure des livres; ce mot lui parait s'appliquer aux ornements ou lettres que l'on marquait sur la couverture des livres par l'opération du gaufrage, et il signale cette opération comme un des éléments de l'invention de l'imprimerie. Mais, comme on le fait observer, lartde produire des inscriptions par la voie d'impression n'a-t-il pas été connu de tout temps ?

Sous Louis XIV, d'après une note de M. Ludovic Lalanne, l'orientaliste Petis de la Croix fut charg d'acheter, en Afrique,

Kiy. IS.

Iicliure à queue ovcc fermoirs et coins (.viv siècle).

qu'après une visite faite aux chartreux de Grenoble par Guillaume, comte de Nevers, ce seigneur leur envoya des peaux de vaches pour couvrir leurs manuscrits.

l'J à tù. — Reliui'e en parchemin provenant d'un manuscrit hébraïque, avec agrafe et chaîne (xiv" siècle).

Reliures à queue (xv° siècle). — Boîtes en cuir et en fer pour contenir des manuscrits (xv* siècle).

A dater du xm"^ siècle les étoffes employées le plus

douze cents peau.x de maroquin, destinées à la reliure des livres de la bibliothèque royale; ces achats durent se renouveler souvent. Louis XIV, dans ses guerres avec les puissances barbaresques, leur imposa, comme une des conditions de paix, la fourniture d'un certain nombre de peaux de cette nature. Aussi est-il à remarquer que les livres de cette époque, conservés ù la Bibliothèque nationale, sont, pour la plupart, reliés en maroquin.

ordinairement, pour recouvrir les livres de luxe, furent le velours (appelé veluiau, veluel), les étoffes (draps) de soie, de damas, de satin de différentes couleurs (baudequin), souvent semées de fleurs ou brodées en or, et

Fig. 2i à 50. — Coins et ombilicri (clous de milieu) (.\v° siècle).

quelquefois garnies d'un très grand nombre de perles. Les couvertures de livres étaient fixées sur les ais, comme l'étoffe des reliures, seulement elles offraient, par l'appendice ou la queue, qui dépassait du double le format du livre, le moyen de le porter suspendu à la

2i CONNAISSANCES NÉCESSAIRES

ceinture, ainsi qu'on le voit dans plusieurs tableaux du xv*^ siècle. L'inventaire de la bibliothèque des ducs de Bourgogne mentionne: « Ung autre livre en parchemin couvert de baudequin*, intitulé au dehors : Le Livre de rAppocalisppe; commençant au troisième feuillet, Et des sept esprits, et au dernier, mièles choses » .

Le cuir blanc ou vermeil n'était pas moins fréquemment employé que la soie. Les reliures étaient en outre souvent garnies de clous ou de plaques (platines) d'or, de vermeil, d'argent ou de cuivre doré, et de fermoirs (appelés fermoyers, fermaux^ fer- 7noue7'S , elc .) , dont le nombre variait depuis un jusqu'à quatre, et qui étaient en or, en vermeil, en argent, en cuivre, ou simplement en fer. On les remplaçait souvent par de simples agrafes ** {mordants)

* Étoffe en fils d'or et de soie, inventée par les brodeurs de Baldach ou Bagdad, dont elle conserve le nom; les dais ou baldaquins de l'Église romaine, confectionnés avec ce tissu, en reçurent la dénomination; l'orthographe varie fréquemment, on lit haldakin, hnldequin, haldelun. bandekin, baldelrin, baldic, baudequin, bauldeqvin. belkin, etc.

Les étoffes d'origine orientale sont nombreuses; nous conservons encore le damas, le satin turc, le camelot, etc. Roger, roi de Sicile, en 1145, fit venir des tisserands d'Athènes et de Corinthe, dont l'industrie passa en France au xir siècle (Histoire littéraire de la France, tome IX).

** Les agrafes qui fermaient les livres manuscrits, le parchemin, exigeant une pression assez forte entre les ais de bois de la reliure, étaient des fermoirs.

Quand le manuscrit n'était pas relié et restait en cahier, non lyé, il se fermait avec des lanières. Quand il était relié, il se fermait de deux manières difTérentes, ou avec des courroies qui, cousues d'un côté de la reliure et se terminant à l'extrémité par un morceau de métal troué, venaient se fixer sur un bouton qui formait saillie sur Tais opposé, ou avec des fermoirs de métal, à charnières, dont nous faisons encore usage, et qui sont d'une pratique moins ancienne; on les appelait aussi, dans ce cas, des crochets.

Fig. 51. — Reliure ea cuir ciselé, avec coius et l'ermoirs en métal (xv siècle).

Fig. 52. — Reliure en cuir avec coins et ombilic en métal (lin (lu iV siècle).

qui s'attachaient à des boutons {pippes)* de métal placés sur la couverture. Pour protéger les riches reliures, on avait soin de les recouvrir d'enveloppes en cuir, en soie ou en étoffe commune. Quelquefois ces enveloppes étaient elles-mêmes ornées de perles et de broderies. De plus, les livres précieux étaient enfermés dans des coffres incrustés d'or, d'argent et des pierres précieuses.

Si, dans la reliure ordinaire, on se contentait de recouvrir les ais de cuir sur lequel étaient appliqués des coins et des clous à tête en saillie, avec des fermoirs massifs et plus ou moins ornementés, le tout en fer et en cuivre, dans les reliures de luxe, celles destinées aux souverains et aux puissants seigneurs, l'or massif, l'argent, les pierreries, recouvraient les velours ou les cuirs gaufrés des ais.

Le carton ayant été substitué au bois, les métaux appliqués en plaques disparurent aussi, le cuir reçut une gaufrure, tantôt avant d'être collé sur les plats, tantôt après; l'or ne s'employa qu'en feuilles minces, fixé par une colle très fluide et maintenu sur les plats par des fers ornés, dont l'empreinte restait gravée en or. Ce sont les Arabes, dit-on, qui ont produit les premières reliures en cuir d'empreintes dorées ou argentées^ reliures auxquelles on avait donné le nom CCalœ (ailes), par allusion à leur brillant et leur grande légèreté.

* La pippc est une tige de métal on bien une pierre, même un rubis, aussi long que l'épaisseur du volume, et auquel s'attachent les sinets ou signaux. On l'orna de ciselures, d'émail et de pierres précieuses, et l'usage s'en est conservé pour les livres d'église jusqu'à nos jours, en prenant quelquefois le nom de registre, de tuyau à tourner les feuillets et de pençoir.

Les reliures peintes durent, à une particularité assez curieuse à relater, leur grande vogue dès le milieu du xni« à la fin du xvi^ siècle

« Les plus anciens registres de la Biccherna et de .la Gabella, écrivait M. Luigi ^lussini dans son étude

Fig. 55. — Hugues, moine de San Galgano, Camarlingo, 125".

Couverture peinte d'un livre de « Biccherna » et « Gabella ».

Archives de Sienne.

sur les Couvertures des livres de la Républiqve de Sienne, formant d'épais volumes, étaient reliés au moyen de deux tablettes laissant le dos à découvert. Cette couverture en bois, à peine dégrossie, dénuée de tout ornement, déplut bientôt à des citoyens qui étaient en train de doter leur ville de monuments empreints du plus fin sentiment de l'art, et dès la moitié du xni"^ siècle, nous

QVF.STA^B LEl/ITRATA-bÉlLX|/tRABILE-Al1G HIOLO-51P1ET RO-blBALLhO-CHvmRLEllGÔv^KWO-bESyVl-HVOniHlfl OtilPlERVAIN-IAITOMIO-bABAGl IfAlA-EPETlO-blBAR-KLOnE iOWCfARLO- EX)AASSO • b O RBAMO-GIOVAI U ELL'ETO/ASS 05]AISER.E-G10RGIOTOAV\SSl'EAlTOH10-blGIOVAl/lIflldI'EL| bciCXilChECO't^EROl/DIbK'EGIORGIO-blFRAl ICIO- bACHAJ R1Gl'TlLQnEI°EDQAE^-l[CQ°DlVEi7TVRIMO-VEnVRIMI'nCCC[é^|

Fig. 5i. — Le couronnement de Pie II. 14G0. École de Giovanni di Paolo. Couverlure peinte d'un livre de « Biccherna et « Gabella ». Archives de Sienne.

-TPRAE?VIVMTy£RAB HIVEROKTIVUM :ô-KTIANACCCCEXVI1 >\fOREtôCAB\CIV5 OANDREAS-DXPHORi MKNNVS-BKRTHOLOÎISEFVI' CAÊA.aVS' CAA LOMVSS'MCOBVS-PFKIHV

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THQAAASVRBA COÛIINÎPKXOLMIMS NHOANNEGV^^ MAîHEV^PNOGnSCRIP DlNR?-BERTOd>lKR'M ^gi4RDVINV5-LEONAR /JDISIVSOIDOBRKNDI DPARDVINVS- TAB- CERETAlNT/SmUFV S-PINOCJlSCRIPfS^TO

*^if^f£ri^-iL'A<=^^tK»i:^:

, Fig, 55. — La Paix cl la Guerre, Allégorie, 14G8.

Ecole de Fr. di Giorgio. Couverture peinte d'un livre de « Biccherna ■ et "Gabclla». Archives de Sienne.

les voyons traçant sur la planchette le titre du livre, les armoiries du camarlingo (trésorier) et celles des quatre magistrats en exercice, le tout très soigneusement dessiné et colorié*.

« Un camarlingo doué de certaine vanité, assez peu monastique, eut la velléité de laisser, sur la couverture

Fig. 5(5. — Le Camarlingo et l'Écrivain de Biccherna, 1555,

couverture peinte d'un livre de « Biccherna ■ et • Gabella •

Archives de Sienne.

de son livre, sa propre image, en s'y faisant représenter assis à son bureau devant ses livres et sa pecunia. Son exemple eut des imitateurs, et suivant les moyens, le goût ou la vanité de ces magistrats, la planchette supérieure fut plus ou moins ornée par la main d'habiles

* Au commencement du xix" siècle, Renouard, observait qu'on avait vu en France quelques volumes reliés en vélin ou en parchemin blanc, avec des figures ou ornements dessinés sur les couvertures ; ces dessins étaient toujours de médiocres copies, soit d'après quelques-unes de ces compositions de l'antique que l'on retrouve partout, soit d'après des gravures. Cet amateur

artistes. Ceux-ci, ayant dès le xm« siècle créé une école bien digne de se mesurer avec celle qui, à Florence, s'honorait des noms de Cimabue et de Giotto, pouvait-on s'en tenir à des blasons et au peu de variété qu'offrait l'image de l'éternel caissier et de son bureau? Évidemment non.

« Aussi, dès l'origine du xiv siècle, l'usage de laisser leurs livres ornés de peintures se trouve, pour les magistrats de la Biccherna et de la Gabella, définitivement établi. Par la suite, de la petite couverture du xni'^ siècle, peinte en sa moitié supérieure, on arrive successivement jusqu'à la toile du xvn° siècle, qui se mesure par plusieurs mètres. »

Constatons en passant, qu'à la fin du xix^ siècle, la mode est revenue à ces couvertures peintes, d'un très grand intérêt artistique.

Le genre tout particulier d'ornements compliqués qui se montrent, en Allemagne et en Lombardie: à la fin du xv^ siècle, dans les miniatures des manuscrits,

possédait un Virgile in-8° ainsi décoré, un autre Virgile in-f» se trouvait dans la bibliothèque Gaillard.

Renouard ajoutait à celte remarque : « Des artistes médiocres m'avaient assez passablement fait de ces peintures que l'on voit sous la dorure des tranches, autre sorte d'ornement pratiqué en France dès le xvr siècle et que les Anglais ont renouvelé d'une manière très remarquable. Je voulus faire exécuter à Paris quelques reliures ornées de dessins à l'extérieur, mais avec la supériorité qui appartient à la France dans la production des arts. Sur un Temple de Guide, grand in-4°, de Didot l'aîné, orné à l'intérieur de dix beaux dessins de J.-B. Regnault, Moreau m'avait dessiné deux compositions charmantes.

" Il me sembla ensuite que deux paysages seraient, pour un bol exemplaire de YHomme des Champs, de Delille, un ornement aussi agréable que de bon goût. Je m'adressai encore à Moreau: il me remit deux charmantes compositions, que l'on doit compter parmi ses meilleurs ouvrages. »

Fig. 57 et 58. — Reliures en peau de truie estampée (xv' siècle).

Fig. 5'J et 60. — Reliures en cuir gravé et ciselé, avec coins en métal (xv siècle).

Fig. Cl. — Reliure en parchemin gaufré à froid (xvi' siècle;.

dans les ornements typographiques des incunables milanais, se manifesta également dans les fers de reliure. .. Parmi les cuirs employés avant le xix« siècle, on distinguait à l'origine, c'est-à-dire pendant la fin du xV siècle et le début du xyi"^, le veau, le cuir de vache,

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