‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 103 sur 114 · I. Le bon goût · texte numérisé non relu

I. Le bon goût

Dans cette revue des métaphores et des comparaisons de Victor Hugo, j'ai cherché toujours à indiquer combien elles sont naturelles et spontanées. Elles procèdent d'une façon nécessaire et logique de la nature de l'impression visuelle, des habitudes de l'imagination, et même des conceptions philosophiques- du poète. S'il voit des meules de moulin, il n'a certainement aucun effort à faire pour en définir la forme et pour penser aux autres objets qui ont l'apparence du disque, par exemple aux plions du jeu de dames. Si ces meules se trouvent sur le champ de bataille de Montmirail, comment ne pas songer à la gigantesque partie qui s'est jouée dans cette plaine ? C'est alors sans doute que Victor Hugo remarque la différence de couleur de ces meules, les unes neuves et blanches, les autres vieilles et noircies, et que ce détail matériel vient rendre la métaphore plus complète : elle est née naturellement de la perception nette d'une forme, quand cette perception s'est combinée avec le souvenir d'un grand fait historique.

Ainsi les circonstances peuvent, sinon provoquer la métaphore, du moins la déterminer. Ce qu'on

appelfe le hasard semble quelquefois avoir une intention. C'est le hasard qui a donné à l'île de la Cité la forme d'un berceau ; c'est lui qui fait choisir pour les exécutions des places triangulaires rappelant la forme du couperet ; c'est lui qui donne à l'ogive la forme d'une mitre, aux aiguilles qui mesurent le temps la forme d'un compas. Attribuer à cette coïncidence la valeur d'un svmbole, c'est ce que ne pouvait manquer de faire un esprit comme celui de Victor Hugo, toujours occupé du mvstère qu'il ne peut comprendre, mais dont il croit souvent entrevoir quelques lueurs. C'est une habitude un peu dangereuse, qui amène certains rapprochements inattendus ; mais ces comparaisons étranges n'ont elles-mêmes rien de forcé : elles sont toujours le produit naturel d'une idée dominante.

Victor Hugo exprime plusieurs fois la pensée qu'entre les différentes catégories des êtres il v a des liens que nous ne savons pas apercevoir, et que jamais entre elles les séparations ne sont aussi profondes qu'elles nous le semblent. Cette conception est une de celles qui ont eu le plus d'intluence sur ses métaphores. L'arbre a des cheveux, des bras, un torse : qui sait si cette tête qu'il secoue n'est pas une tête pensive, si dans l'agitation convulsive de ses branches nous ne devrions pas reconnaître des gestes désespérés, s'il ne raidit pas son tronc, comme un athlète, contre les attaques furieuses du vent ? Ces fleurs dont le poète fait des duchesses et des marquises, n'est-il pas tout simple qu'elles se parent de collerettes et de falbalas ? L'antre béant

ne peut-il être une bouche exprimant la stupeur ou l'effroi ? Tel rocher au profil humain, à l'aspect difforme et grimaçant, ne serait-il pas la prison qui enferme l'âme d'un Tibère ou d'un Borgia ? Ce n'est là sans doute qu'un des rêves du poète, un rêve qui ne s'est jamais condensé en une doctrine précise, mais ce rêve prend quelquefois dans ses vers la puissance d'une réalité.

D'ailleurs, constater entre deux objets une ressemblance de forme, c'est constater l'art prodigieux de la nature, l'unité qu'elle sait mettre dans la variété. L'arbre est semblable au hérisson : il est semblable aussi au tleuve ; et le fleuve qui, avec ses affluents, présente la même figure que l'arbre, offre au contraire, pris isolément, la forme d'un serpent, ou bien imite la souplesse et l'ondulation d'une chevelure. C'est ainsi que tout s'enchaîne et s'entrecroise dans cet immense réseau de l'être, où les mêmes éléments forment des combinaisons si diverses. Victor Hugo aime à montrer cette simplicité dans la puissance, qui fait avec la même sphère un fruit ou un astre, et donne à la vague et à la montagne la même croupe qu'au cheval.

Grâce à ces habitudes d'esprit et à ces conceptions, lepoètepeut facilement provoquer l'hallucination qui transfigure les objets, et, en leur laissant à peu près leur forme, les fait changer de nature. Les ondulations des collines deviennent celles d'un boa, la croupe ardoisée d'une cathédrale devient celle d'un monstre gigantesque. Cette hallucination a bien des degrés. Nous l'avons vue à son paroxysme chez Claude

FroUo, et chez Victor Hugo lui-même quand il décrit les visions d'un demi sommeil en diligence. Même à Tétat d'apaisement, elle lui permet de saisir la physionomie des choses et d'en garder une impression que ne laisserait pas la réalité simplement observée. C'est grâce à elle qu'il voit les arbres prendre des attitudes pensives et mélancoliques, qu'il reconnaît dans le mouvement de leurs branches tantôt des menaces, tantôt des signes bienveillants. C'est elle qui lui montre dans les vieilles maisons tantôt des faces monstrueuses et rechignées, tantôt les traits d'une vieille femme qui a du cœur et de l'esprit, tantôt des fronts qui se rapprochent comme pour un complot. C'est elle qui change les fenêtres en des yeux jaloux, et fait que les clochers se dressent au-dessus des toits pressés comme des bergers au milieu de leurs troupeaux. Elle est pour Victor Hugo comme un sens nouveau, qui lui fait distinguer une âme dans ce qui nous paraît inanimé.

Une seule raison pourrait nous donner des doutes sur la spontanéité de ses métaphores : c'est le soin du détail dans certains tableaux. Nous l'avons vu chercher tous les traits qui peuvent former une parfaite ressemblance entre un nuage et un crocodile, une tour en ruines et une tête de mort, une cathédrale et un hérisson. Quand il fait du château de Corbus un pontife, il lui donne une tiare, un trône, et un dais soutenu par quatre montagnes. Il est certain qu'assez souvent le poète prend plaisir à prolonger le rapprochement. Mais d'ordinaire la

t6(i 1.1, SENS Dh l.A FÛKMI. C.HKZ VICTOR HUGO

précision de sti métaphore n'a pas d'autre cause que son amour de la logique. Il ne veut pas d'incohérence dans ses comparaisons, et c'est un besoin pour lui d'en vérifier l'exactitude. vSi un écueil est un billot, il faut que la mer soit un drap noir, et que le coup de tonnerre représente le coup de hache du bourreau. Si une colline, un volcan, ont la l'orme d'un casque, il convient qu'à l'une un arbre serve de panache, et que l'autre soit surmonté d'une aigrette de l'eu. Victor Hugo ne se contente pas d'évoquer une image fugitive, aussitôt oubliée : il veut que la figure soit aussi nette dans notre esprit que dans le sien. C'est un souci qu'il semble avoir toujours, même quand sa vision devient fantastique ; dans les fantômes qu'il nous montre, on aperçoit encore les lignes de la réalité. Plus on étudie ses métaphores, mieux on comprend combien elles sont vraies.

INDEX

Les mots imprimés en caractères romains sont les noms des objets qui donnent lieu à des métaphores; les mots imprimés en italique sont les mots employés métaphoriquement.

abcès, 218, 221.

affluent, 293.

agrès, 43, 189.

ciiglc, 23, 1^6, 301.

aigrette, 80, 90-92.

aiguière, 84.

aiguille, 47.

aiguille d'une boussole, 201.

aiguille d'un cadran, 50, 202.

aiguille d'un édifice, 46.

aiguille J' un édifice, ^06.

aiguille d'un glacier, S3,

aile, IIS, lit», ii9,200, 204.

aile du corbeau, 360.

aisselle, 194.

alambic, 59.

Aldébaran, 39, 62.

algue, 178.

algue, 279.

Al/ia/iibra, 30s.

allée, 68.

alphabet, 354.

alphabet, 72.

alvéole, 33s, 360.

amphithéâtre, 310.

ampoule, 217, 218, 221.

amputer, 227.

(f«t,', voir bonnet, oreille ; —

tête d'âne, 354.

iîH^ï?, 31.

angle d'incidence, 355.

anguille, 9-,, 104, 107.

ankylose, 142, 144.

ankylosc, 142.

anneau, 53.

anneau d'une chaîne, 64.

anneau de Saturne, 64, 65.

JH5(' (/'//«f amphore, =,8.

ij«5C Je panier, 21g.

I antenne, 100, 119, 204.

antre, i^i, i S2, 160, 161.

antre, 8=;, 86, 265.

a/>/)ijr^/7,(surune blessure),

appareil digestif, 2 1 =; .

arabesque, 259.

arabesque, 6, 2^9.

araignée, 22 ; voir toile.

araigttée, ()6-()(), 114, us; voir///.

arbre, 7, 31,33,35,45, 90, 91, 116, 117, 119, 142, 174-178, 180-182, 194- 197, 202, 203, 205, 228, 237, 246, 311, 354.

arbre, 251-257, 260.

arbrisseau, 196.

arbuste, 175, 195, 196.

arbuste, i<)i.

arc, 55-57.

arcade sourcilière, 85.

arcade sourcilière, 147.

arc-boutant, 55, 129, 148.

arc de triomphe, 360.

Arc de triomphe de l'Etoile, 128, 153.

arceau, 4, 210.

arc-en-ciel, 56, S7, 19^-

arc-cn-cicl , s"].

arche d'un pont, 360.

arche d'un pont, S5-S7.

arche d'aqueduc, 302.

arche (1") de Noé,337.

archipel, 271, 290.

architecture, 301-303, 305,

architrave, 303, 309, 35=;.

ardoise, 1 17, 129.

ardoise, 74.

arène, 310.

arête de poisson, 44, 144.

armée, 285, 287, 288.

armure, 1 18.

armure, 241, 242, 246, 322.

aspic, 34.

astre, voir étoile.

àtre, 163.

at tique, 303.

autel, 76, 77, 347-349.

avaler, 160.

Babel, 276, Babel, 21, 318.

bâche, 209.

bagues, (jeu de), 358.

baguette de fée, 343.

baie, 272, 288, 290.

bâillement, 159, 163.

bâiller, 159, 161.

baïonnette, 262.

balafre, 226-227.

balafrer, 226.

balcon, 16.

balle, 3')2. ballon, 123.

balustrade, 4, 5.

balustre, 228.

haliistre. 303.

banc de roches, ni;.

bandage, 22S, 229.

bande, 4s, 326.

bandelette, 4=;.

bannière, 3^0.

barbe, 26=1, 291 .

barbe, 24, iSi, 182, 186.

barque, bateau, nacelle,

barque, esquif, net, 3, 273,

barrage, 294.

barre, 35s.

barreau, 4^, 44, 171, 174.

barreau, 44.

barricade, 117, 2S6, 294.

barrière, 4s.

bas-relief, 2=i8.

bas-relief, 302, 305.

Bastille, 16, loi.

bastion, 130.

bataillon, 283.

bateau, 98.

bateau à vapeur, i(i, 12'?.

bâton. ^40-34^, 3SS.

battant d'une cloche. 1(19.

bayonnette, 262.

beaupré, 344.

bec, 170.

bec, 100. 159, 170.

bec d'une plume. 170, 171.

bedaine, 20S.

belladone. 84.

be'nitier, 8î.

berceau, 334, 335, 359.

bilboquet, 13, 3=) 4.

billot, 7(1, 34(1.

blé, 7, 43, 178.

blé, 263, 264.

blessure, 22=,, 229, 241.

boa, 253.

boa, 34, 103, 108, 134.

j bœuf (^téte de),3s4; — attelage de bœufs, 24.

bœuf, 130.

bois, voir forêt.

bombe (trajectoire de la).

S7, lis.

Donnet carré, 12.

bonnet pointu, 87.

bonnet d'âne, 88.

borne, 18.

èfl5Sf, 217, 219, 3ÏS, 360.

bossu, 98, 217, 219.

èo^/^, 16.

bouche, 70, 166, 168.

bouche, 30, 147, 152, 160- 163, i6s-i68. 172. 173.

bouche d'égout. 17;.

boucherie, 160.

bouclé, 231, 1)1.

bouclier, 62.

bouclier, 62, 66, 81.

boule, 78.

boulet de canon, 344.

boulet de canon. 77, 78.

boulet de forçat, 34=,.

bouquet, 90.

bourdon, 23.

bourse, 209.

bouteille, 208.

bouteille, I-;.

borûu, 21s.

bracelet, 112.

bracelet, 201.

brancards. 199.'

branche, 95, 104, 194-197,

branche, branchage, 104,

bras, 57, 58, 112.

bras, 30, 31, 33, 69, 119,

brèche, 52.

brisants, 144.

broche, 345.

brode', 5.

broder, 6.

broderie, 292.

broderie, 4.

brouillard, brume, 7, 9, 93,

broussaille, 30, 177, 178,

broiiss.n'lle, IS4, 258, 2^9,

brûlot, 204.

brunie, voir brouillard, bruyère, 24s.

bruyère, 16.

bûche, 139.

buisson, 17^, 180, 279.

buisson, 253, 256, 258, 260,

butte, 81.

cabane, 246.

cabane, 29.

cabrer [se), 1 33, 188.

cachalot, 122.

cachet, 21.

cachot, 324.

cadenas, 57, 361.

cadran, 66.

cœeuin, 144, 214.

cafetière, 13.

cage d'un fativc, 349.

caillou, 96, 146.

calice, 84.

calotte, 80.

cainail, 245.

camard, i=ii.

canal intestinal, 215.

candélabre, 322.

canneler, 303.

cannelure, 304.

canon, 126-128, 162, 193.

cap, promontoire, 272, 283,

caparaçon, 27, 136, 24^.

caparaçonné, 240.

caparaçonner, 133, 246.

INDEX

capuchon, 237.

carapace, 8, 28.

caravane, iio.

carcan, 201.

carcan, 60, 61, 64.

carcasse, 144.

carotte, 14.

carrefour, 71.

carte, 75.

casaque, 245.

cascade, i8s.

cascade, 283.

casque, 79, 102.

casque, 80, 91, 238, 239.

casque'. 240.

casquette, 12.

casse d'imprimerie, 360.

cassc-tcte, 71.

castillo, 76.

cataracte, 67, 68.

cathédrale, 27, 129,2^5,

cathédrale, 302, 306, ^ii,

cavale, 132, n^, 1^7, 186,

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