‹ Le sens de la mortChapitre 11 sur 30 · IX L · texte numérisé non relu

IX L

Du seuil de la porte, Mme Ortègue se retourna. Elle me lança un regard qui signifiait : « C’est le moment. Essayez. »

Ce regard d’angoisse conjugale, le parfait naturel d’Ernest Le Gallie sortant avec sa cousine, la simplicité avec laquelle Ortègue offrait aux ‘jeunes gens

te mes broutréres ble ER AE J'ai compris plus tard le sens contradic- toire et secret de ces scènes diverses :

- Mme Ortègue n’aimant plus son mari d'amour, mais d’affection, de reconnais- sance et se refusant à se l’avouer, trop . torturée d’ailleurs par l’énigme de cette santé pour prendre garde, dans son 1inquiétude, aux sentiments d’un autre; — cet autre, Ernest Le Gallic, aimant sa cousine d’un amour trop longtemps réprimé pour qu'il n’en fût pas devenu le maître, et comment, avec sa piété exaltée, eût-1l hasardé un seul mot qui püût rendre coupable cette dernière visite?

Il se l’était permise comme un adieu muet ; — Ortègue enfin, étouffant un tragique secret, mordu d’envie plus que de jalousie à la place saignante de son cœur, par la comparaison de sa déchéance avec l’insolente jeunesse de l’officier. En l’emmenant loin de sa femme, il avait cédé à un mouvement de mesquinerie. Il en rougissait déjà. Comme

de or sens k minuté;-une soil impres- | sion me domina : l'opportunité de mon

enquête à la fois et sa difficulté. Le re- à tournement d’Ortègue et son effusion

soudaine révélaient un trouble intérieur

dont il était sage de profiter. Comment

oser cependant? La personne de ce maître exerçait sur moi un tel hypnotisme qu’elle m'intimidait à vide, si j'ose dire.

— « Catherine avait raison, il y a vraiment là trop de fautes, » fit-1l, après avoir parcouru des yeux la première copie de la lettre. La seconde pendait inachevée sur la machine. Sa remarque prouvait qu'il avait écouté les paroles prononcées quand il allait rentrer dans la chambre. Il ajouta : « Où avait-elle la tête, en effet? »

Son visage creusé avait sa contraction de tout à l’heure. Sans doute, ressentait-il de nouveau cet élancement de la méfiance, si aigu, même quand il reste vague. J’en eus l'intuition, mais

ct détail lt

main sur la table, sa posture exprima

ssimulée que je m'écriai instinctive-

| tou »

—« Pourquoi? » me DRE et . sa tête de prince arabe se redressa, du | geste hautain qui lui était familier.

— « Parce que vous semblez souffrir. »

Je m'étais jeté à l’eau, je poursuivis :

« C’est comme il y a dix minutes, quand vous êtes revenu, les mains ici. » J’imitai son attitude courbée, phiée en deux, et ses poings ramenés sur l’épigastre.

— « Ah! » dit-il en se levant, et la voix altérée : « Vous avez remarqué cela? »

Il fit quelques pas dans la chambre.

Puis, marchant droit sur moi, 1l mit ses mains sur mes épaules, et les yeux fichés dans mes yeux, il me dit :

RER Marsal, pouvez-vous me donner ; votre parole d'honneur que la confi-

ne ils’ asseyait en s’ re" de

se souffrance toute physique, si peu

4 iore rien

à ma femme... »

— «Je ne peux pas vous donner cette parole, mon cher maître, » répondis-je,

« avant de savoir. Vous voulez me parler de votre état, n’est-ce pas? »

— « Oui, » dit-1l, étonné.

— «Mais si je me suis permis de vous interroger tout à l'heure, c’est que Mme Ortègue s Lx Le de votre santé.

C'est elle qui m'a demandé d’ aborder ce sujet avec vous... »

— « Elle aussi! » gémit-1l, avec un

accent qui me déchira le cœur. Il prit son visage dans ses mains et demeura une minute. peut-être dans cette cris-

pation de détresse. Il se ressaisit, et me

montrant son front, ses yeux, sa bouche éclairés par cette flamme de volonté que je lui avais si souvent vue au cours d'opérations trop dangereuses : « Cela devait être. Vous pouvez toujours vous engager à dire simplement, quand elle

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questionnera,

vous m’av

Jui être prononcé, le terrible mot. Pro- -mettez-moi, sur l'honneur, de ne rien préiser. Moi, j’ai un besoin urgent de vous parler. Je ne peux le faire qu’à cette

Jui, Ortègue ! —« Les mourants ont des - droits, Marsal, et je suis mourant... »

. —« Ce n’est pas vrai, mon cher maître, » m'écriai-je, « et je vous as- sure... » |

—« C’est vrai, » interrompit:l :

« Promettez-vous? »

— « Je promets, » balbutiai-je.

— « Merci, » dit-il, avec un évident soulagement. Et, redevenu calme :

«Mon ami, je n’ai pas trois mois à vivre. »

Il m’arrêta du geste : « Vous allez juger vous-même. »

Un divan, destiné aux examens, encombrait un des coins de la petite pièce.

. Il s’y étendit, défit son gilet, releva les

fs

. genoux, et, conduisant ma main :

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