L AMOUR
créature semblable à lui, il se donne tout entier. . . or, il se trouve qu'il s'est donné en même temps à la nature. Qui ne connaît les explosions de lyrisme, les larmes versées auprès des fieurs. par les jeunes gens qui s'aiment et prennent tout le monde vivant pour témoin et confident de leur passionnée tendresse.
Parmi les âmes moyennes, beaucoup se détournent par la suite de l'amour pour la Nature, en même temps qu'ils se détachent, hélas, de la femme adorée. En général, au contraire, ceux qui savent conserver leur bonheur et leur amour intacts au-dessus de tous les froissements de la vie Journalière, savent aussi garder pure l'affection une fois inspirée en eux par la splendeur de l'éternelle amoureuse.
Je ne veux pas faire ici de la très profonde psychologie, mais il n'est peut être pas inutile de signaler et d'analyser la genèse probable du sentiment de la nature en une âme d'amoureux.
(( Une heure, dit Renan, où l'être le plus méchant a un moment de tendresse, où l'être le plus borné a le sentiment d'une communion intime avec l'Univers est sûrement une heure divine. C'est parce qu'à ce moment là l'homme entend la voix de la Natuie, qu'il y contracte de hauts devoirs, v prête des serments sacrés, y goûte des joies suprêmes... >)
Eh bien, je pense, il est assez clair qu'à ces heures — • les plus fécondes et les plus riches d'une vie — l'homme est le mieux disposé à jouir
consciemment de l'autre amour qui s'offre à lui. C'est ici la preuve de la noblesse du sentiment de la nature en même temps que de la largeur d'horizons que l'amour ouvre à l'âme. Ceci est une donnée ressassée de la littérature : L'être qui commence à aimer s'initie par là même à tout un monde ignoré; il voit plus grand, plus haut; il grandit à ses propres yeux en dignité, en conscience; il devient tout à coup une personne, une force, un appui. De plus en plus apte à accomplir sa destinée d'homme, il se sent merveilleusement conscient et aussi utile, et donc partie intégrante de l'Univers dont il réalise le dessein, et au sein duquel il puise sa force et son espoir surhumain.
Ainsi, lorsque nous savons sortir de nousmêmes, à une certaine distance de notre moi — centre égoïste des préoccupations inférieures — tout se retrouve, se confond, s'harmonise, parce que, en un certain point, les pensées parties de nous se rencontrent avec celles qu'exprime autour de nous l'âme de l'Univeis. Et toutes les fois que celte rencontre s'opère, une grâce particulière nous ravit et nous émeut, une compréhension insoupçonnée des choses nous vient... En présence de l'amour, de la beauté, de la vie universelle, l'âme qui a conscience d'y participer, éprouve l'extase sainte par quoi elle se saisit comme la fleur consciente du monde, le petit ciûstal vibrant en qui tout se reflète et tout revit — Privilège inégalé !
Que de fois on a noté cette subite éclosion. cette effervescence du cœur qui tout d'un coup devient