XVIII' SIÈCLE. KL0SPT0CK WIELAND
s’il conserve une sensibilité vraie tout en essayant d’étre moqueur, le sérieux de son intelligence se porte tout entier sur les choses du coeur, sur les intérêts humains, sur la société; il ne saurait s’en détourner pour s’attacher à la contemplation de la nature. Son style seul le constitue poète en face de tous ces prosateurs, mais non pas l'objet de sa pensée. La nature, qui n’existe pas pour eux, ne reste pas inaperçue de Wieland; si elle ne lui offre pas une occasion de hautes pensées et d’émotions religieuses, elle lui fournit du moins un trésor d’images fermé à Voltaire qu'il admire avec tant de ferveur et qu’il essaye en vain d’imiter.
Dans un esprit tout différent et pleinement conforme aux instincts de la race germanique, l’auteur de la Æ/essiade ne pouvait pas donner plus d'attention au monde extérieur. Les grands sujets qu’il a traités lui interdisaient ce vif coloris par lequel Wieland se rattache au sentiment de la nature. Klopstock est tout le contraire d’un Français du dix-septième siècle ; il réagit contre les importations d’outre-Rhin : c’est un admirateur passionné de cette Muse anglaise qui a trouvé son originalité et sa voie avant sa sœur, la Muse allemande ; c’est un poëte croyant et chrétien formé par la lecture de Milton. Mais en passant du monde biblique à celui de l'Évangile, il s’est fait son domaine dans le pur esprit; il a pénétré plus avant dans la conscience, dans le cœur humain ; il ferme les yeux à ce qui se voit, il n’a rien à faire du terrestre Éden. Toute la part de son drame qui n'a pas pour théâtre le rocher nu et sanglant du Calvaire, s’accomplit dans l'immatériel, dans le sein même du Dieu invisible. Il est le poëte de la rédemption et de la grâce, ne l’interrogeons pas sur la nature.