‹ Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers)Chapitre 59 sur 68 · Schiller. Même ouvrage ; même lettre · texte numérisé non relu

Schiller. Même ouvrage ; même lettre

2l8 LE SENTIMENT POÉTIQUE EN POÉSIE

la joue des mortels ; ils les affranchissaient, dans une éternelle joie, de la chaîne du devoir et de la préoccupation du but, et faisaient du loisir et de Tindifférence les dons de la nature divine, exprimant de la sorte en termes humains la condition d'une existence libre et sublime. » C'est la même idée que Schopenhauer * exprime en termes métaphysiques dans un très intéressant passage, qui mérite d'être cité tout au long : « Vienne «ne occasion extérieure ou bien une impulsion interne, qui nous enlève bien loin de l'infini torrent du vouloir, qui arrache la connaissance à la servitude de la volonté, désormais notre attention ne se portera plus sur les motifs du vouloir; elle concevra les choses indépendamment de leur rapport avec la volonté, c'est-àdire qu'elle les considérera d'une manière désintéressée, non subjective, purement objective... Nous aurons alors trouvé naturellement et d'un seul coup ce repos que durant notre premier asservissement à la volonté nous cherchions sans cesse et qui nous fuyait toujours; nous serons parfaitement heureux. Tel est l'état exempt de douleur qu'Epicure vantait si fort comme identique- au souverain bien et à la condition divine ; car tant qu'il dure, nous échappons à l'oppression humiliante de la volonté ; nous ressemblons à des prisonniers qui fêtent un jour de repos; et notre roue dlxion ne tourne plus. » Ainsi donc, une fois délivrés des obligations asservissantes de la vie pratique, nous goûtons la joie de l'affranchissement, le souverain plaisir de la contemplation, qu'on disait autrefois réservé aux dieux de l'Olympe qui du ciel regardaient se mouvoir le monde, et qu'on promet encore aux âmes des élus qui dans le séjour de l'Eternel verront se dérouler

I. Schopenhauer. Le monde comme volonté et représentation (Irad. Burdeau, t. I, p. 302 et 3o3, Paris, F. Alcan).

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