SCENE XI
IStDOBË, ALEXIS isidore. J’ai rencontré ton messager.
J’avais le même désir, je voulais te parler.
alexis. Que vuulais-tu moi ?
alexis. Te prier d’accomplir une formalité que l’on me dit être nécessaire et qui est sans doute dans tes intentions, de me donner une lettre d’alTrauchissemeut.
alexis. Je te la promets... eu l'auras bientôt.
isidoee. Non pas bientôt, mon frère; dans une affaire de cette importance ne laissons rien dans le vague.
alexis. Tu es bien pressant! te méfiestu de moi?
Isidore. Je me méfie du temps qui peut amener des évéucnieos inattendus... si un malheur... si je passais à tes héritiers, compté parmi les esclave...
alexis. A la bonne heure demain., aprèsdemain.
Isidore, Non, mon frère, aujourd’hui même; il ne faut qu’un instant.
Alexis. Soit, aujourd’hui même, si tu me dis le vrai motif de ton impatience.
isidobe. Je le l’ai dit.
Alexis. Nontu ne l’as pas dit... tiens ! tu rougis! la honte couvre ton front... tu n’entends rien au mensonge... tu aimes, tu bâtis de brillans projets sur cet amour., oui, je l'ai deviné, tu es aimé de la comtesse Emma... ne le nies pas.
Isidore. Pourquoi le nier, si tu le sais?
j'en suis fiché pour loi; tu n’as pas appris par une voie que la loyauté approuve, ce que nous avions le droit et le besoin détenir secrcV.. Nier! dois-je craiudre ton jugement ? oui, je l’aime ; déjà depuis Iroisans nos cœnrs sont unis.
Alexis. Cependant... où te conduira cet amour ?
Isidore. A l’autel... au bonheur!
Alexis. Est-il possible? elle et toi! c’est bien, elle a été faible et tu la punis de sa faiblesse par le dou de ta main.... sais-tu bien où tu es né?
Isidore. Je ne le sais que trop! mais il eût été généreux à toi de l'oublier... c'est l'être peu que de réveiller les fautes d'un père que la terre recouvre.
Alexis. La faute est à lui, mais à toi la honte. Ne lève pas ainsi le front on y roit le signe de ton abjection... il nem’est pas permis de songer à la fille des Cxars; si j'avais cette audace, je serais un traître; car je ne suis pas né sur la pourpre. La naissance règle notre sort; supporter le lien. Personne ne songe à humilier celui qui se tient à sa place. Si tu fais descendre la noble Emma jusqu'à toi, tu l'exposes à la haine de ses parens, au mépris et à la dérision du monde... alors la honte est mille fois plus méritée. Tu es un bâtard dVune et de corps. Subis ton sort.
isidoee. Wolodomir, modère-loi! j’ai supporté l’humeur altière de ton enfance., il y a huit ans de cela... je ne pourrais aujourd'hui supporter les injures de l'homme fait ! Que veux-tu de moi ? La comtesse espère...
Alexis. Elle espère, qu’elle folie 1 elle court à «a ruine. Tu dois la retenir , la préserver d’elle-même, si lu as vraiment de l'amour pour elle.
Isidore. Bn bonheur inespéré me donne
un ange, peut-être en dédommagement de ma naissance, et je le repousserais, non t l’abnégation de soi-même est au-dessus des forces humaines... la vie n'est rien pour moi ci ce n’est avec elle...
Alexis. Sais-tu que je l’aime?
isidoee. Oui, je le sais, je le sais!
alexis. Elle le sait aussi, il faut qua le monde lesache... oui, je l’aime; je n’aimai jamais, je n’aimerai jamais qu’elle:
c’est mon amour qui me donne la vie.
Isidore. Pauvre frère !
alexis. Le suis-je. Ion frère! eh bien !
ne détruis pas mon espoir. Prends pitié de moi... Ton cœur est tranquille, ton àmc est calme; tu peux y renoncer... moi, jo ne puis que mourir.
Isidore. C’est à loi, qui l'aimes à peino depuis aulant de semaines que moi d’années... à toi qui ne l'aimes pas, qai ne peux l’aimer.
alexis. Je ne puis l'aimer 1 pourquoi?
elle est d'une haute naissance ; je suis de la race de Rnorick ; elle est riche, je le suis davantage. Que veut-elle ? de l'éclat :
je puis la couvrir de perles et de diamans comme l’image d'unesaiote... de l’amour...
oh ! qui aime plus ardemment que moi....
[Il s'avance vert Isidore.) Je te supplie , et si je voulais... •
isidoee. Si tu voulais...
alexis. Non, non, frère! lu l'aimes, je le vois bien; je ne le nie pas... je sais aussi que lu veuxses biens, son or.. Prends ia moitié de mon héritage ; prends davantage: laisse-moi le plus pauvre de nous deux; promets-moi seulement , jure-moi que tu ne la verras plus , que tu t'éloigneras, que tu seras mort pour elle... pour toujours.
isidoee. Jeune insensé, qui me croit sans âme parce qu’il me voit sans fureur I Modère- tei, et songes-y: à quoi le servirait que je t’écoulasse? Elle me regretterait ou me mépriserait; mais elle ne t’aimerait pas.
Alexis. Elle m’aimerait! l'oubli entrerait dans son cœur... Au nom de l'amitié fraternelle, Isidore!
isidore. L’amitié fraternelle ne ras pas si loin.
alexis. Tu refuses ton frère?
isidobe. C’en est assez, te dis-je. Je me mépriserais moi-même si je me rendais â tes prières.
alexis. Méprise-toi donc, car tu renonceras à la comtesse.
Isidore. Qui ra’v forcera ?
alexis , s'approchant fièrement. Où est ta lettre d'affranchissement, esclave?
ISIDORE. O ciel!
nuis. Tu pêlis, tu trembles devant ton maître... Serf! entendîmes ordres... n’approche plus d’elle, ne la regarde plus...
Sois aveugle quand elle paraîtra, sourd quand elle t’adressera la parole... ne songe plus àellc , arrache son image de ton cceur.
Je ferai suivre tes pas, surveiller ton sommeil, et si lu me désobéis, même de pensée, redoute la colère de ton maître.
Isidore. Insensé! misérable 1.. si je ne respectais en toi le souvenir de mou père, de ma bienfaitrice... Fuyons, fuyonspour toujours... que cette pensée ne me fasse pas commettre un crime.
Il va s’éloigner; le prince frappe dans ses tuaini.