‹ Le serf et le boyard drame en trois actes imite de l'allemandChapitre 7 sur 33 · EMMA , ISIDORE · texte numérisé non relu

EMMA , ISIDORE

IU entrent en parlant.

euma. Oui, j'ai compté les secondes, mon ami, et l'aiguille divisa-t-elle le temps en moindres parties , mon cœur impatient les eût aussi comptées.

Isidore. Si j’avais pu prévoir que je vous trouverais ici, je n’aurais pris aucun repos.

emma. Votre dernière lettre m'arrivait à peine , lorsque j'appris que votre père n’était plus. J'accourus aussitôt ici, pour qu’auprès d'un grand chagrin vous trouvassiez un peu de joie.

•Isidore. Un peu de joie! Oh! vous m'apparaissez comme un ange consolateur auprès du tombeau de mon père.

emma. J’acquitte ainsi une sainte et ancienne dette, car vous avez aussi essuyé mes larmes lorsque je perdis ma mère à Rome... Que ne sommes-nous toujours restés dans cette belle contrée qui vit naître notre amour!

■si dose. Il manque là beaucoup de choses qui nous charment ici. Comme les souvenirs de mon enfance se présentent à moi, au milieu de ces huttes couvertes de mousse) La lumière plie du soleil, les nuages grisâtres, me plaisent même en me rappelant mes premiers jours.

emma. Oui, nous sommes dans la patrie, mais aussi il faut songer aux soins de la vie; ce que vous désiriez, je l’ai fait. Mon bon oncle l'a promis, il vous employera dans les ambassades, et mettra à profit votre connaissance des langues étrangères, Isidore. Merci, aimable amie.

euma. Puissé-je ainsi assurer votro bonheur!

Isidore. Qui s'y oppose?

emma. A l’étranger, vous avex vécu à votre gré, pendaut huit années, libre de toute dépendance; pourrez-vous vous ac-

coutumer à la contrainte, dans votre pays, supporter la dure réalité? Ici, rien n’est encorcmûr, c'est l'hiver de la civili-atioo, l’artiste n’y est pas honoré comme il doit l'étrc ; en Italie , il n'en est pas ainsi.

Isidore. Oh! que de fois j'ai réséqué les beaux-arts nous donnaient l'éclat delà gloire...' liais cela ne peut-être... la rie est triste et froide, il faut s’assujettir et supporter... Moi, surtout, né dans une condition obscure...

emma. Isidore, vous avez appris de quelle façon inconcevable votre père vous a oublié... Il n'a pas même laissé un acte auquel nous ne songeâmes jamais, mais qui devient aujourd’hui indispensable , une lettre d’affranchissement.

Isidore. Une lettre d'affranchissement!

en ai-je besoin? ne suis-je donc pas libre, n’«i-je pas été élevé en homme libre ?

N'est-ce pas assez de la tache de ma naissance, suis-je donc encore né esclave?

emma. Je ne croyais pas moi-même que cette formalité fût nécessaire ;,mais votre mère était esclave, et vous portez son nom; pardonnez, mon ami, si je m'occupe d'un sujet aussi pénible pour vous, un seul doute sur votre liberté détruirait tous nos projets, tous nos plans.

Isidore. Mon frère me donnera cette lettre dès que je le voudrai.

eh». Veuillez-le donc aujourd’huimême , à l’instant, s’il est possible.. . carje crains...

îsiDoaz. C’est une ame noble.

ehhz. Oui, mais il est esclave de scs passions. Toujours entouré de serfs courbés devant leur maitrç futur, comment aurait-il appris ù se mailriser lui-même!

Non, non , je ne me fie pas à lui... car, hélas!., il m'aime.

Isidore. Lui , grand Dieu!. Voilé donc ce secret qu’il semblait vouloir me confier, qui remplissait son cœur , et paraissait prêt à s’en échapper !

emu*. Jusqu’à la mort dd votre père, nous ne nous étions vus que rarement; je vins ici, je le trouvai abattu par la douleur... Il me parut sc plairedans mon château, où je lui offris des consolations

Pouvais-je agir autrement avec lu frère de mon ami?Peu à peu son but changea , et lorsque je songeai à me montrer plus réservée, il se montra tout-â-coup avec toute la violence de sa passion... Cachezlni bien notre amour, jusqu’à ce qu’il est signé cet acte !

isidorz. Cacher notre amour!., me tairel... Oui, je me tairai, s’il n’est pas

trop tard , s’il ne m’interroge pas... N’exigez pas de moi une bosse dissimulation.

rm». Obtenez promptement celte lettre, alors cesseront mes craintes, alors nous pourrons espérer un bonheur que nous promettait ma mère, elle avait reçu nos avœux... à son lit de mort, sa mainabéni notre union.

isidork. Rassure -toi, chère Emma, rien ne mettra obstacle à l’accomplissement de ses vœux... Je vais demander cet acte....

comment résister à tes désirs... Qu’elle soit libre au moins la main qui presse la tienne !

emma. Adieu, j’attends arec impatience le résultat de cette démarche... Adieu!

Elle sort par le fond , Isidore la reconduit, pois rentre à droite.

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