SCÈNE IX
MATHIEU, MULOT, FERDINAND, OfFfciERS.
( Ferdinand est en simple grenadier.)
MATHIEU , à Mulot.
Dis-lui que j' l'attends ! ( àpart.) Renoncer à la vie I quand tout semblait devoir m'y attacher ...
FERDINAND , en entrant.
Me voici , Monsieur. . .
MATHIEU
Deux mots suffiront. Hier , vous étiez mon supérieur , vous m'avez insulté , j'ai été forcé de dévorer mon injure ; maintenant vous allez m'en rendre raison.
AIR : Comme il m^ aimait.
Je suis soldat , (^"O
Comment réparer mon offenes ?
Parlez. . , je suis prêt au combat.
■MATHIEU
Ou doit être égaux quand oii s' bat, Mais , pour assurer mr» vengtaacc , En ire nous, j' détruis la distance ;
( Jr tachant ses galons. ) Je suis solilat. \^bis.)
MULOT , à parti Ils vont s' battre.
' s ' FERDINAND.
Je suis prêt ?;"i"> ''^'
MATHIEU, à Mulot qui va se retirer»
Reste , j*ai besoin de toi.
MULOT , à part.
Il a besoin d' moi ...
MATHIEU
J'ai ët^pfévôt quinze ans 5 à Te'pée ou an sabre , j'aurais l'avantage; nous nous battrons au pistolet; une seule arme sera chargée; et celui à qui le sort la donnera, tirera sans
hésite.
PERDINAND.
J'y consens! ^i /■ A 1
MATHIEU , à Mulot.
Soldat! approche cette caisse! ( Mulot apporte une caisse de tambour au milieu de la scène. ) Tn as des cartouches ! déchire-les , et donnes-en les balles.
MULOT
Oui, Sergent! (à part, en mettant dans son schako les halles qu'il retire des cartouches, ) Je n* sais pas pourquoi , j'ai plus peur qu'à l'assaut.
MATHIEU , prenant une poignée de halles , et étendant la main
fermée devant Ferdinand.
J'attends! Monsieur, parlez! !o: ! ; i)- rr
r ERDI NAND.
Impair !
MATHIEU , laissant tomber les halles sur la caisse. Sept! j'ai perdu. Cette arme vous appartient, usez de vos droits !
( Bruit de tambour.)
TERDINAND.
Oci el ! le général !
( .Vathicu cache le pistolet.)
( Gi )
SCÈIVE X.
LES MÊMES, LE COMTE D'ESTÈVE, LINA , M»»^ DE LASALLE, ÉVELINE, Soldats.
ÉVELINE
Les voilà, M. le Couite, de grâce!
LE COMTE , à voix bfisse.
Silence, Mademoiselle! (haut.) Mes braves compagnons d'armes! votre séjour à Neumarck ne sera pas de longue durée j notre division va rejoindre l'armée dans les plaines de Wagram ! j'espère que tous , nous nous y retrouverons. (s' avançant près de Ferdinand et de Mathieu.) Si quelqu'un de vous nourrissait dans son cœur des projets de liaine et de vengeance, je lui dirais : souvenez - vous que vos jours n'appartiennent qu'à la patrie.
FERDINAND
Oui, Général, nous nous rappellerons tous ce devoir sacré; et si un jeune insensé , n''écoutant que ses passions , avait offensé un vieux soldat qu'il devait respecter , après avoir fait d'avance le sacrifice de sa vie , il s'estimerait heureux que le sort lui eut donné le moyen de réparer sa faute. 11 s'approcherait de lui, et lui tendant la main, il lui dirait : «En présence de son Général, je fais des excuses » au plus brave et au plus loyal soldat de l'armée. »
( Mathieu fait un geste d'hésitation.)
LE COMTE, /e rega rda n t fixe m en t. Le vieux soldat devrait alors oublier tout ce qui s'est passé, et tendre la main à celui qui répare si noblement ses torts.
MATHIEU, tendant la main.
La voilà, G énéral !
LE COMTE , Saisissant la main de Ferdinand , et l'unissant à celle de Dîathieiu Sur le drapeau de voire régiment , Ihonneur est satisfait. { à Ferdinand.^ So\i\ixi , obéissez toujours à votre Lieutenant.
( 62 ) MATHIEU
Quoi ! mon Général ...
LE COMTE
Oui, ta vas honorer ce nouveau grades et vous, Monsieur, songez à reconquérir le vôtre dans les plaines de "Wagram.
Final de M. Doche.
CHOeUIl GÉNÉRAL.
Puisque la gloire nous appelle.
Par des succès répondons-lui ; I.a victoire est toujours fidelle Lorsque, sans peur, on marche à l'ennemi.
( pendant ce chœur , Lina a conduit Eveline près de Ferdinand , et les unil. Mathieu presse dans ses bras Ferdinand et Eveline ; embrasse sajille, et va reprendre son rang. Roulement ^ etc. A un ordre du Général, tout le monde se met en marche.)