SCÈNE XI
FRIEDLIN , LE PRINCE.
LE PRINCE, avec empressement.
Quelle réponse?
FRIEDLIN.
Réussite complète !... la jeune personne viendra ici, ce soir, à neuf heures...
LE PRINCE
Elle viendra!... ah! mon ami, je suis d'une joie !... Elle m'a donc compris?... elle est donc sensible à mon amour?... un pareil service mérite toute ma reconnaissance... parlez , demandez... il n'est rien que je ne sois disposé à faire pour vous!
FRIEDLIN.
Rien, mon prince?.-, c'est beaucoup. (A part.) Ma foi, puisque c'est lui-même qui m'y engage, je serais bien bête... (Haut.) M. de Melbert doit présenter un de ses amis à votre altesse pour la place vacante... dans votre conseil...
LE rRI>CE.
Eîi bien ?...
FRIEDLIN.
Eh bien , mon prince, vous me seriez extrêmement agréable, si vous daigniez approuver son choix...
LE PRINCE
Vous vous intéressez donc bien à cette personne?
FRIEDLIN.
Oh! beaucoup, mon prince.
LE PRINCE
Nous verrons... et quand je la connaîtrai...
FRIEDLIN.
Vous la connaissez, mon prince, vous la connaissez ; elle a eu le bonheur de se trouver là , à point nommé, il n'y a qu'un instant, pour vous rendre un léger service...
LE PRINCE
Comment, ce seiait?...
FRIEDLIN.
Moi-même, altesse!... vous voyez que j'avais quelque raison de m'intéresser...
LE PRINCE, à part, riant.
Ah ! ab ! ah ! ah ! je ne m'attendais pas à celle-là, par exemple. Voilà un plaisant original... ( Haut.) C'est tort bien... vous m'avez renilu service, il i;sl vrai ; mais pour .nrriver au ministère, il faut une position dans le monde... et le CDSlume sous Ictpiel je vous ai vu d'abord...
rniEDLis.
Ob !... liabit de voyage... d'ailleuisj'en thniige souvent...
LE PlUNCE.
En nn mot... il faut des titres... j'attends que vous Hie fassiez connaître les vôtres.
FRIEDLIN.
C'est un titre que vous me demandez ?
LE PniJiCE.
Oui, vos services...
FRIEDUN, à part.
Si je lui pariais de mes quinze ans de lliéàfre!... non, à cause du préjuge... Que diable répondre!... Eh! parbleu, mon titre à moi, c est la promesse de Melijcrt... je n'en ai pas d'autres...
LE PRINCii.
Eh bien ! vous ne re?pondez pas...
FRIEDLIS , fouillant dans sa poclie.
Pardon! c'est que je cherchais...
LE PRINCE
Ali ! si vous avez en poche ce que je vous demande...
FRIEDLIN.
Comme vous dites, mon prince.. J'aurais bien pu vous parler de mon intelligence, dont j'ai donné tant de preuves au public; de la finesse avec lacjuelle je sais rendre toutes les nuances les plus délicates; de la manière large avec laquelle je conçois et crée :
Air du Baiser au Porteur.
Soiqile, adroit, mais ferme, énorgique, Je possède plus d'un talent.
Et dans ninint acte politique D'un peuple nombreux j'ai souvcul .Su niériler l'assenlimenl.
Parmi vos courtisans , je gaj^c , Il n'eu est pas , dans le plus haut emploi , Qui soutienne son personnage Avec plus d'agrément que moi.
Mais toutes ces hautes facultés ne sont peut-étie pas de rigueur dans le nouvel emploi auquel j'aspire. (Lui remettant un papier.) Daignez jeter les yeux là-dessus... j'aime mieux que vous sachiez tout de suite...
LE PRINCE, après avoir In.
Que vois-je?... quoi ! Melbert a pu...?
FRIEDLIN.
Vous le voyez : l'amitié d'un grand bofume, c'est-à-dire d'un ministre...
LE PRINCE
Cet écrit a près de quinze ans de date... alors vous n'étiez fpie des enf.ints.
FRIEt>LIN.
Simples étudiants à l'université d'ileidelberg, mon prince.
LE PRINCE
Et VOUS êtes si'ir que votre ami , pour tenir b.i parole, a l'intention de vous ])roposer...
FRIEDLIN.
Oh ! très sûr... il ne peut pas faire autrement...
LE PtlINCE.
Ainsi , M. de Melbert ose me mettre en tiers dans une plaisanterie d'écoliers...
IRIEDLIN.
Ah! ce sont les bonnes, altesse, et je suis persuadé que vous vous rappelez toujours les vôtres avec plaisir.
LE PRINCE, à pan.
Jj'assurance de cet homme est vraiment divertissante... j'ai bien envie... oui, je dois... il fiiut que je prenne ma revanche... Ah ! M. de Melbert, vous nous Fournissez des armes contre vous... vous nous permettrez de nous en servir, et de nous amuser un peu à vos dépens... (A Friedlin. ) Monsieur, comment vous nommezvous .•'
FRIEDUN.
Friedlin.
LE PRINCE
Monsieur Friedlin, donc, j'accepte vos services... oui, je vous accorde le haut emploi que votre ami... (avec ironie.) scrupuleux observateur de sa parole, se dispose à demander pour vous.
FRIEDLIN.
Vous me nommez!... me voilà ministre!... Eh bien ! qu'est-ce que je sens donc? on dirait que la joie va m'étouffer... j'ai un portefeuille!...
LE PRINCE
Je ne mets (pi'uiie condition à votre élévation... une seule...
FRIEDLIN.
Vous êtes trop bon... Laijuelle?
LE PRINCE
C'est que, dès ce soir, vous m'apporterez la sif;naiurc de l'envoyé de Bade.
l'RIEnLIN, un peu étonné.
La signature de l'envoyé de Bade ?
LE PRINCE
Ne m'entendez-vous pas?
FRIEDLIN.
Parfaitement,., il paraîtrait alors que l'en vové de Bade n'a pas signé... (Comme in.^piré subitement.) iittendez donc... il ne vous faut que cela ?...
LE PRINCE
Pas autre chose.
FRIEDLIN.
Ah ! lenvové de Bade n'a pas signé!... Tiens! tiens ! il ne sait peut-être pas écrire, lenvové de Bade !
LE PRINCE, rianl.
Oh! un ambassadeur!
FRIEDLIN.
Ces choses-là se voient... Ces iliplomates sont parfois malins comme des chais; mais alors on a une grilfe, et on ap[)osc sa griffe, et l'envoyé de Bade lapposera.
KiWEDLIN , bas.
.. agréé!... ce que c'est que d'é-
MEI.BEllT.
Votre alte.sse [.iaisante , sans doute?...
LE PRI^CE
Pourquoi donc?... On m'avait bien parlé de M. de Rimfeld... (avec malice.} mais monsieur
Friedlin est beaucoup plus convenable !
heureux de faire quelque chose pour vous, et de vous voir compter un ami de plus dans le conseil.
FniEDI.IN.
Remercie donc son akesse !...
MELUEIIT, bas à Friedlin.
Mais je ne |>nis consentir... et à supposer que le prince parle sérieusement, ce qui est impossible demain, après demain, on s'apercevra...
FI'.IEDMN, l'inlcriompant.
De mon mérite? sois tranquille.