‹ Le serment de collégeChapitre 21 sur 30 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

FRIEDLIN, CLARISSE ; le domestique lui remet le billet, qu'elle ouvre et qu'elle lit bas.

CLARISSE, après avoir lu.

Que vois-je, Friediin!... mon ancien camarade, ici !... Comment a-t-il appris?... Il veut sans doute me demander ma protection... et peut-être me parler d'autrefois... Non , non !... je ne veux pas le recevoir... je ne le recevrai pas... ( Au domestique. ) Mon ami, vous direz qu'il n'y a point de réponse.

(Le domestique retourne auprès de Friediin.) FRIEDLIN , au valet.

Annoncez le nouv(;nu mini'lr(\

LE DOMESTIQUE, annonranl.

Madame, le nouveau ministre lui-même.

( Il SOI t.)

CLAniSSE, à elle-mime.

Le nouveau ministre... il est donc niomriie... Monsieurde Himfcld sans doute... (En se retournant elle aperçoit Friediin qui s'est iipproehé et qui la salue profondément ) Fri<;diin !... encore!... FRlEni.IN.

Oui, madatne... mais rassurez-vous... cen" est pas à lui... (appuyant.) à l'ancien camarade, que vous accordez audience; c'est au nouveau ininistre,et c'est lui qui présentt'ses hommages... à la femme de l'ambassadeur...

CLARISSE

Vous, ministre?. .

FniEDLIS.

Cela vous étonne... prenez garde, 1 étonnement est contagieux...

CLARISSE

L'autre jour, en parcourant l'almanach des tliéâtres, j'ai encore remarqué votre nom...

FRIEDLIN.

Oh!... je joue totijours la comédie... et vous, madame?...

CLARISSE

Monsieur...

FRIEOLIK.

Oh! pardon... mais revenons h l'objet de l'entrevue que j'ai réclamée... Je vous demanderai d'abord, pour mon ami, monsieur de Melbert...

CLARISSE

Ah! c'est voire ami?...

FRIEIlMN.

Oui, madame... la main de l'aimable enfant à qui vous servez... de mère.

CLARISSE

Je l'ai refusée à lui-même ..

FRIEDLIN.

Ce n'est pas une raison pour me la refuser... à moi... il est bien covq)able sans doute, d'avoir songé à une pauvre jeinie tille en présence de la brillante madame deLiebnau.Ce n'est pas moi...

qui aurais les souvenirs sont encore trop

puissants... Ah! ma foi, au diable la cérémonie et rétiijuette, c'est trop ennuyeux. ..et je ne conprends |)as iMinnnentlu as pu m'écoulersi longtems sans éclater (Icrirc.

claiiis.se.

AlB : L'iiinour ipiICilinond.

Cen est trop, munsieur, et je pense Que vous oubliez qui je suis...

r,n effet , quelle irrévérence!

J'en conviens, je me suis mépris...

Mes p.irolcs sont indisrrétes...

Miiis, entre lions, vous me pardonneriez, .Si , (piancl j'(>id>lie ici ce f|ne vous êies,

.l'oiibliais le que vous ('liez

ef^

CLARISSE

Monsieur.!

FP.IEDLIN.

Par malheurje n'oublie rien du tout. ..au contraire je me souviens parfaitement... et cjuand on a joué enseudjle la traduction de celte jolie pièce française... Marton et Frontin.

CLARISSE

Les temps sont changés...

FRIEDLIN.

Oui, je sais bien... vous jouez maintenant les grandes coquettes... et moi les premiers sujets... autrement dit ministres... Je comtnence à être un peu marqué pour les amoureux... et cependant, en te revoyant... il me semble...

CLARISSE

Monsieur, si vous continuez ainsi... je me relire...

KtlEDLIN.

Tu as raison... revenons d'abord à nos affaires et récapitulons... Je demande pour mon ami la main de le jolie Stella...

CLARISSE

Je la refuse...

FRIEDLIN.

Bien!... continuons toujours... et pour luoi, que tu te rendes ici à neuf heures... la , près de ce bosquet...

CLARISSE

Osez-vous bien ?...

FRIEDLIN.

Oh !... non pas seule... honoi ablement... avec monsieur de Liebnau , dont la présence est nécessaire... en celle occasion...

CLARISSE

Adieu , monsieur...

FRIEDLIN.

C'est là, votre réponse?... elle n'est pas fort aimable... c'est égal... je me rappelluiai toujours avec plaisir un lems où vousne me quittiez pas ainsi... eUjuaiid je raconterai au Frincccerlaines anecdotes... fort amusantes... je suis siir qu'il rira comme ini fou.

cIa RISSE.

J'espère que vous n'aurez pas l'impertinence...

FltlEDLIS.

Défaite rire le Prince? si fait, madame...

CLARISSE

Je ne me laisserai point calomnier impunément... je vous en avertis...

FRIEDLIN.

Oh !... je n'avancerai rien (jue je ne puisse prouver...

CLARISSE, à part.

Que veut-il dire?

FRIEDLIN.

Et vous en conviendriez bientôt... si je incitais sous vos yeux...

CLARISSE, lioubléc.

Voyons, monsieur, vovoiis...

KRIEDLIN.

Inutile, le moment n'est pas encore arrivé oi\ ça pourrait produire quelque effet... Vientlrezvous ici à neuf heures? Oui... tu ne peuxmerefuser...

CLARISSE

Insolent!

FI'.IEDLIN.

Vous y viendrez, madame, si vous tenez à sauver votre tille qui doit s'y trouver avec le Prince.

CLARISSE

Grand Dieu! que dites-vous?

KP.IEDLIS.

La ve'rité! et tu dois réunir tes efforts aux miens... car ce soir, il faut que Stella .-ioit la femme de Melbert... ou la niaîtres>e du Prince.

CLARISSE, avec fierté.

Ki l'un ni l'autre...

{ Elle sort vivement. )

Page 1