LIN
CLARISSE
Que faites-vous ici , madcmoi.selle ?
LE PRINCE, à part.
Les autres, maintenant!
CLARISSE, se retournant vers Melbert.
Seule , avec M. de Mell)crt !...
LE PRINCE, s'avancant.
Pardon... j'y suis aussi, madame.
FRIEDl.lN , toujours derrière le bosquet. Bon... les ennemis sont face à face.
CLARISSE
Ah! prince, que ne vous dois-je pas... car c'est votre présence , j'en suis sûre, qui a fait échouer des projets de séduction... dont je vous demande justice.
FRIEnLIN.
Elle s'adresse bien !
LE PRINCi:.
Je vais la rendre à tout le monde.
FRIEULIN.
Voyons un peu.
STELLA
Je n'ai rien à me reprocher, madame ; et quant à M. de Melbert... ce n'est pas lui qui était venu ici dans des intentions coupables.
LE PRINCE, h part.
A merveille ! ( Haut.) Monsieur de Melbert sait à (juelles conditions j avais consenti à lui conserver m.i faveur; il ne sera donc pas surpris si je la lui relire. (A Liebnau.) J'ai appris que le choix de M. de Rimfeld vous serait agréable; je l'appelle dans mon conseil... Et comme je connais tout l'intérêt que vous portez .à mademoiselle, je vous demande sa main pour M. de Kimfeld.
STELLA
O ciel !... oh ! jnmais.
FRIEDI.IN , à part.
Bien ! c'est comme s'il la gardait pour lui.
MELBERT, h part.
Plus d'espoir!
(Fausse sortie.) FRIEPlIN , bas.
Demeure, ce n'est qu'une péripétie; j'ai là un autre dénouement.
MELRERl, le retenant.
Et que veux-tu ?...
1 RIEDLIN.
Tais-toi... ou tu vas rue faire manquer mon entrée. (S'avancant.) Prince...
TOIT I.E MONOF.
Ah!
FRIEDLIN.
Excusez si je vous de'range. Vous avez promis justice à tout le monde... je viens en réclamer une petite part.
LE VRI5CE, l'examinant.
Vous?... Eh ! c'est monsieur Friedlin ? vous arrivez un peu tard.
FRIEDLIN.
Qu'importe, s'il est encore temps.
LE PRISCE.
J'en doute. Vous savez nos conventions ? (Tirant sa montre.) Il ne VOUS reste plus qu'un quart d'heure.
FRIEnLIS.
C'est dix minutes de trop... Les travaux de mon ministère n« m'avaient pas encore permis de voir M. de Liebnau pour la diUiculté en question... (Ici Liebnau lui fait de grands saluls.) Mais puisque ma bonne étoile me le fait rencontrer en ces lieux, je vous demanderai ,1a permission de terminer cette petite affaire devant vous, mon prince, afin que vous puissiez voir... comment j'opère.
LE PRINCE
Il est étourdissant!
LIEBSAU , à part.
Qu'est-ce qu'il veutdouc opérer avec moi ?... serait-ce pour le soixante-quinzième?..
CLARISSE, de même.
Son audace me fait trembler.
MELBERT, à part.
Je n'ai plus d'espoir... et pourtant je reste.
FRIEDLIN , à Liebnau.
Monsieur de Liebnau... c'est votre signature qne vous refusez au soixante-quatorzième protocole, je crois?
LIEBNAU.'
Soixante-quinzième , monsieur. (A part.) J'avais deviné.
FRIEDLIN.
Soixante-quinzième , c'est possible.
LE PRINCE
Le temps s'écoule, et vous n'arrivez pas.
FRIEDLIN.
Patience ! Je suis de l'avis de ce grand géomètre qui pensait , contre l'opinion de ses collègues, que la ligne droite n'est pas le plus court chemin d'un point à un autre... Une légère digression... II y a seize ans, à Berlin...
CLARISSE
Que va-l-il dire ?
FRIEDLIN.
J'eus le bonheur d'être aimé par une dame...
CLARI58E
Ciel!
FRIEDLIN.
Charmante, pleine d'esprit...
LE PRINCE
Ah! s'ilva nous conter ses bonnes fortunes!...
FRIEDLIN.
Une femme enfin capable de tourner la tête du plus humble artiste... comme celle du plus grand seigneur.
CLARISSE, à part.
Oserait-il?...
FRIEDLIN.
'étais donc heureux...
LIEBNAU.
Je vous en fais mon compliment , monsieur...
CLARISSE, bas à Friedlin.
Prenez garde à vos paroles.
LIEBNAU.
Mais je ne vois pas quel rapport le soixantequinzième...
FRIEDLIN.
Ça va venir. Je disais que cette femme ravissante... était folle de moi... à tel point qu'elle me signa un petit écrit où elle s'engageait à ne jamais en aimer un autre... que votre très humble serviteur. J'ai cet écrit.
CLARISSE , à part.
Grand Dieu!
LE PRINCE, riant.
Ah! le bon billet!...
FRIEDLIN.
Comme vous dites, mon prince. Un soir... après... une scène , ( bas à Liebnau.) sur le grand théâtre de Berlin...
LIEBNAU , inquiet.
De Berlin... un soir...
CLARISSE, bas à Friedlin.
Vous me perdez.
FRIEDLIN, de même.
Je l'espère bien. (Haut.) Il faisait un temps épouvantable.
LIEBNAU, à part.
Diable! ceci me rappelle...
FRIEDLIN , continuant.
J'étais chez ma belle, assis tranquille auprès d'un feu pétillant... jamais elle ne m'avait paru
si jolie jamais je ne l'avais tant aimée
Tout-à-coup, on frappe à la porte à coups redoublés.
LIF.BNAU, à part.
Comme moi.
CLARISSE, bas.
Au nom du ciel , taisez-vous !
FRIEDLIN, de même.
Fermez-moi la bouche. Vous savez ce que je veux?...
LIEBNAU.
Après?... après?
FRIEDLIN.
Après... L'idole de mon cœur... tombe à mes genoux., me supplie de me cacher... de lui
permettre d'ouvrir à quelqu'un qu'elle détestait....
LIEBSAC.
La perfide !
FRIEDI.IS.
Mais qu'elle avait le plus{yrand intérêt à ménager... les coups redoublent...
LIF.BSAU , à part.
Bien sûr, c'était moi!...
LE l'RINCE, riant.
Ahîali! ah !je vois d'ici ce pauvre rival, frappant toujours... toujours, et trempé jusqu'aux os.... Et probablement vous avez refusé?... CLAniSSE, bas, vivement à Friedlin.
•l'accorde tout... la main de Stella... la signature de mon mari...
FRIEDLIN , à Liebnau.
.le consentis.
LE PRINCE
Quelle bêtise !
LIEBNAU , avec joie.
Ab!... pour le coup, ce n'est plus moi... car j'ai bien passé toute la nuit à la porte... (Portant la main gauche à son bras droit.) Témoin... CLARISSE, bas à Friedlin.
Monsieur, le traité...
FRIEDLIS , de même.
Avec le soixante-quinzième.
LE PRINCE
Et le lendemain? car j'aime beaucoup les lendemains.
CLARISSE, basa Friedlin.
Ma lettre, monsieur.
FRIEPLIS , de même.
Protocole. ..pour protocole... (Ils font l'écbange.) Enfin!... (Haut.) Le lendemain, mon prince, fiuand je me présentai chez elle... elle était partie.
LE PRINCE
Toute seule ^
Non pas.
CLARISSE, bas. '
Monsieur!...
FRIEDLIN.
Avec un gros (regardant F, iebnau.) avec un
gros brasseur de Silésie.
LE PRIKCE.
Bravo !
LIEBNAU, h part, s'essuyant le front.
Ah! il m'avait remis tout en naje.
LE PRINCE
'l'u as été joliment payé de ta générosité.
FRIEnt.lN.
(3ut,mon prince, car c'est à elle que je dois... peut-être... de pouvoir vous remettre en ce moment...
(Il lui piésenlc le papier qu'il a reru de Clari.ssr.) LE PRINCE.
Coinmeni ! ce que depuis quinze jours mon ministre n'avait pu oblcnii !
cf^
FRIEDLIN.
Enlevé en cinq minutes.
LE PRINCE, à part.
Qu'est-ce que cela veut dire ?... (Examinant Clarisse.) Est-ce que par hasard ?...
FRIEDLIN.
Mais... ce n'est que pour mon ami que je réclamerai vos bonnes grâces... et j'espère que vous vous joindrez à moi, pour lui faire accorder la main de l'aimable Stella...
LE PRINCE
Oh ! pour cela , je n'ai rien promis, et...
FRIEDLIN , bas.
Vous oubliez que la princesse Amélie vous est donnée par ce protocole...
LE PRINCE
Diable! tu as raison... je n'y songeais plus. Approchez, Melbert...
FRIEDLIN, à Melbert, lui prenant la main. Permets qu'à mon tour je te présente.
LE PRINCE
Je vous conserve ma faveur... et je pense que madame de Liebnau ne vous refusera plus celle que vous sollicitez...
FRIEDLIN, à Melbert.
Elle est à toi.
MELBERT.
Ah ! mon ami...
STELLA
Ah ! monsieur, que ne vous doi.s-je pas?
Rien, mon enfant; seulement le jour de votre mariage , je vous demanderai la permission de vous embrasser.
STELLA
Oh ! tout de suite.
LE PRINCE
Mais, dites-nous donc un peu, monsieurFrietllin, quel singulier costume de diplomate vous aviez pris ce matin ?
FRIEDLIN.
C'était celui du pauvre comédien...
LE PRINCE
Qu'entends-je ?
FRIEDLIN.
Qui n'était venu ici que pour obtenir une direction de théâtre, mon prince , et qui y borne ses vœux...
LE PRINCE
Comédien!... Je ne m'étonne plus qu'il ait si bien réussi.
FRIEDLIN.
Vous m'avez tous si bien secondé!
LE PRINCE
Je te nomme intendant de mis Menus-Plaisirs...
J'arrcptc... Promesse d'ami , serinent de mai-
tresse!... vous aurez donc une fois valu quelque chose !