‹ Le serment du Jeu de paume: fac-similé du texte et des signatures d'après le procès-verbalChapitre 24 sur 76 · Histoire de V Assemblée constituante, 1821, t. I, p · texte numérisé non relu

Histoire de V Assemblée constituante, 1821, t. I, p

3. Histoire de la Révolution, par deux amis de la liberté, i79<^, 1. 1, p. 246.

4. Les hommes du 14 juillet, gardes-françaises et vainqueurs de la Bastille, Paris, Calmann Lévy, 1790, in-12, p. 179, note.

5. Les premiers députés nobles s'étant réunis, non au tiers, mais h TAssemblée nationale (22 juin), c'est bien de cette dernière acception qu'il s'ajLjitici. Cela établi, il y a lieu d'observer que si Ton voulait faire une classification des députés de la noblesse au point de vue de l'intransigeance de leurs opinions, on pourrait en faire d*abord trois séries distinctes :

!• Les nobles qui refusèrent de remettre leurs pouvoirs à l'Assemblée nationale, et disparurent sans faire un acte quelconque qui eût ressemblé à une reconnaissance des droits de l'Assemblée. Tels sont : le comte d'Anlezy (Nevers)* le comte de Langhac (Riom); le baron de Noyelles (Lille). On pourrait dire assez exactement d'eux qu'ils « refusèrent jusqu'au bout de se réunir au tiers ».

II» Ceux qui remirent leurs pouvoirs avec réserves et quittèrent aussitôt l'Assemblée (et souvent la France) en donnant ou non leur démission. Tels sont: le président des Innocens de Maurens (Toulouse); le marquis de Montcsson (Le Mans) ; le marquis d'Apchier (Mende) ; le marquis d'Escouloubre (Toulouse) ; le duc de Luxembourg (Poitiers) ;

I1I« Les nobles enfin qui remirent leurs pouvoirs, sans réserves, mais qui semblent cependant n'avoir pris aucune part aux travaux de l'Assemblée : le baron de Poissac (Tulle) ; le comte d'Escars (Limoges) ; le comte de Douzon (Moulins) ; le baron de Coiffier (Moulins); le duc de Mailly (Péronne).

Les autres (et c'est parmi ces derniers que se trouve le baron de Luppé) firent 4 l'Assemblée une opposition plus ou moins signalée, mais ne peuvent être à ce point de vue l'objet d'une classification.

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baron de Luppé est manifestement inexacte, puisqu'il fut rendu compte de la vérification de ses pouvoirs à l'Assemblée nationale, le 5 août 1789, en même temps que de ceux de dix autres membres de la noblesse *. Quant à Martin Dauch, nous ne savons comment M. Victor Fournel a pu concilier le refus de la signature avec Thistoire si connue du mot opposant. L'explication fournie par Louis Blanc est, sous une forme erronée, explicable. Le détail donné par M. Fournel ne se peut comprendre, puisque c'est par sa signature, constatant son opposition, que Martin Dauch appartient à l'histoire.

L'attitude prêtée à Martin Dauch par David et popularisée par son œuvre, n'est pas moins contraire à la vérité et à la justice. A ce moment de la scène, disions-nous dans une précédente étude, Bailly est monté sur le bureau improvisé et il lit à l'Assemblée la formule du Serment. Or, à cette heure, Martin Dauch n'appartient pas à l'histoire ; il est perdu dans la foule, c'est un député quelconque, c'est un inconnu. Pourquoi le montrer environné de ses collègues menaçants? Ils le connaissent à peine ; il ne peut avoir aucun titre à leur colère. Les meilleurs comptes rendus constatent que c'est seulement lors de l'apposition des signatures du procès-verbal, peut-être même après l'achèvement de ce laborieux travail, que le mot opposant signalé par Camus provoqua « un cri général d'indignation ». Mais alors même, lattitude de Martin Dauch fut toute différente de celle que lui prête David. Nous le voyons en effet dans la partie droite du tableau, assis les bras croisés, succombant en quelque sorte sous le poids de la honte et pareil à un criminel qui ne trouve rien à répondre à ses accusateurs. Or, le député de Castelnaudary fut loin d'être en cette journée hésitant et timide. Il soutint son opinion avec la plus grande énergie, ayant en face de lui six cents collègues exaspérés et la foule des tribunes qui le huait.

Le rôle retentissant de Martin Dauch au Jeu de Paume est hors de toute proportion, disons-le, aussi bien avec sa valeur propre qu'avec la portée de son acte. Son indéniable isolement témoigne que son opposition au serment ne pouvait avoir aucune action sur le cours des événements. Quel homme était-ce que ce député du Languedoc, si ardent à faire la leçon aux autres, et, le 20 juin en

I. Jean-Phînée-Suzanne, baron de Luppé, seigneur de Taybosc, était député de la noblesse d'Auch. On pourrait ajouter aux preuves fournies qu'il sollicita de r Assemblée nationale un congé le 15 juin 1790, qu'il ne figure pas au nombre des absents signalés par Tappel nominal du 12 juillet 1791, et qu'enfin il signa treize des protestations et déclarations de la mloorité de l'Assemblée.

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particulier, quels motifs le poussèrent à signer opposant ? Questions qui, jusqu'à ce jour, sont demeurées sans réponse précise. Le nom de Martin Dauch ne figure dans aucune biographie ^ Ses contemporains eux-mêmes semblent l'avoir méconnu*. L'excessive prudence de la presse à cette époque peut expliquer jusqu'à un certain point que l'on ne trouve pas une seule fois son nom dans les feuilles du jour; mais il est étrange que les multiples Z)/V//^;/;ia/r ^5 biogru" phiques publiés dans la suite aient omis de le citer. Il semble qu'il s'est fait sur son nom une ligue du silence. Le procès-verbal de son élection nous apprend qu'il était « célibataire, licencié es lois j> et qu'il exerçait à la sénéchaussée de Castelnaudary la profession d'avocat. Inconnu avant le Serment du Jeu de Paume, il rentre dès le lendemain dans l'obscurité qu'il parait aimer. Sa renommée est de celles qui ne doivent la louange ou le blâme qu'au bruit d'un jour.

Considéré au point de vue de son dévouement au parti de la Cour, le rôle de Martin Dauch au Jeu de Paume ne peut s'expliquer. M. Marius Sepet, dans un récent travail sur ce sujet', arrive à des conclusions qui ne sauraient être acceptées sans réserves. Après avoir déclaré que « par son audacieuse constitution en Assemblée nationale, le tiers s'empare de la direction du mouvement et que, parle Serment du Jeu de Paume, il affiche ouvertement son intention de conserver à tout jamais sa conquête», l'auteur nous apprend que, « représentant unique de la vieille fidélité du peuple de France, un jeune député de Castelnaudary, Martin Dauch, écrivit à la suite de son nom le mot opposant ». Tous les nobles députés du tiers état présents à Versailles, les royalistes les plus éprouvés, Malouet, Mounier, de Flachslanden l'ami intime du roi, Hardy de la Largere dont le fils fut anobli sous la restauration en l'honneur du constituant, Charrier qui, en 1792, souleva la Lozère et paya de sa vie son dévouement à la cause royale, vingt autres enfin dont l'attachement au parti aristocratique est notoire, ont signé le serment et

1. D*aprës le Dictionnaire des parlementaires de Robert qui, le premier, a consacré une notice à Martin Dauch, ce dernier, né à Castelnaudary, le 26 mai 1741, y serait mort le 5 juillet 1801.

2. On ignorait à ce point son nom, que le bruit public attribuait la voix opposante à un député de la sénéchaussée d'Auch. Sentetz, un des députés du tiers de ce ressort, dut écrire 3xl Journal deParis^ pour relever en protestant Terreur répandue : « Le seul, dit-il, qui ait signé comme opposant, se nomme Martin d'Auch. » {Journal de Paris du 27 juin 1789.)

3. Le Serinent du Jeu de Paume. Revue des questions historiques du l'^aTiiliSçi.

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ont ainsi légitimé « l'audacieuse constitution du tiers en Assemblée nationale». Si leur devoir eût été, au 20 juin, de signer opposant, ces hommes l'eussent fait et Ton calomnie inutilement leur mémoire quand on dit que Martin Dauch fut « le représentant unique de la vieille fidélité du peuple ». Quant au jeune député de Castelnaudary, il avait alors quarante-neuf ans sonnés. Le dédaigneux oubli dans lequel il fut tenu par les fanatiques de l'ancien régime prouve jusqu'à l'évidence qu'il fut, non pas un clairvoyant défenseur du trône, mais seulement un courageux exalté qu'une bravade n'effrayait pas*.

Ces faits admis et en considérant même comme un crime de lèse-nation, si l'on veut, l'opposition de Martin Dauch, son attitude courageuse ne saurait manquer de lui attirer le respect. Le comte de Panetiers, député de la noblesse de Conserans, nous apprend dans son compte rendu à ses commettants que « Martin Dauch évita avec peine le poignard qu'on voulait lui plonger dans le sein au milieu de l'Assemblée». Bailly lui-même raconte dans ses mémoires que, pour le soustraire au mécontentement de la foule, il dut le faire sortir par une porte de derrière. Martin Dauch ne modifia jamais son opinion. Dans la visite qu'il rendit le lendemain au président il reconnut qu'il avait manqué d'égards envers ses collègues et qu'il aurait mieux fait de s'abstenir*. Toutes les instances de Bailly, qui avait été touché de sa bonne foi, ne purent l'amener à une rétractation. Il n'était point l'homme des

1 . Divers auteurs ont prétendu que Martin Dauch s*était opposé non au fond du serment, mais à la forme seule, et que sa protestation ne visait que le refus de la sanction du roi pour la constitution jurée. Cette subtile distinction n^apparait pas dans le débat du 20 juin. Appelé à s*expliquer, Topposant déclara seulement « qu'il ne pouvait jurer d'exécuter des délibérations qui ne sont pas sanctionnées par le roi ». Or, il est évident que par ce mot : délibérations, il entendait non la constitution, mais les résolutions mômes du serment. Bailly luimême s'y méprit. Il répondit à Martin Dauch « qu'il était dans le cœur et dans l'esprit de tous les membres de reconnaître la nécessité de la sanction du roi pour toutes les résolutions sur la constitution et la législation ». Les deux interlocuteurs ne s'entendaient pas sur l'objet môme du litige et ils eussent pu converser longtemps sans se convaincre.

2. La convocation des membres des trois ordres pour l'élection des députés aux États généraux, étant alors un acte de l'autorité judiciaire, les procès-verbaux des Assemblées contiennent fréquemment des protestations ou des réserves, mais il était de principe que « la protestation d'un individu ne pouvait y être inscrite qu'après une délibération expresse ». Martin Dauch, juriste, ne pouvait ignorer ce détail. Bailly, d'ailleurs, le lui rappela : « Il pouvait, lit-on dans ses Mémoires, refuser sa signature à un avis qui n'était pas le sien, mais non le motiver sur l'acte du procès-verbal. » (T. I, p. 195.)

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concessions habiles et, à tout prendre, nous Taimons mieux énergrique et résolu, refusant, malgré les pires menaces, de changer de sentiments que fuyant dans le silence la responsabilité de ses actes.

De quelque manière que Ton envisage la question, la scène, telle que D^vid la représente, est donc inadmissible. Le peintre sans doute le savait pertinemment, mais il n'aurait pu, sans soulever le plus vif mécontentement, montrer Martin Dauch sous son véritable aspect. C'était un félon, un nouveau Judas. La foule dans le tableau fameux voulait voir le traitre de mélodrame, qu'elle avait imaginé, conspué comme il convient; David le lui donna. La doctrine n'est pas noble, mais elle est humaine.

Louis Blanc et d'autres ardents défenseurs de la cause de la liberté n*ont pas craint de célébrer l'héroïsme de Martin Dauch, et on ne pourrait, sans abaisser singulièrement le rôle de Thistorien, voir dans cette apologie la défense d'un système, mais ce qu'il importe surtout de relever, c'est la répercussion immédiate de ces fantaisistes erreurs dans des monuments que la foule tiendra toujours pour d'authentiques témoins. N'est-il pas convenu que les antiques inscriptions des temples et des tombeaux doivent être pour nous un enseignement incontesté? On admet en effet qu'aul:une hâte n'a dû présider à leur établissement, et on en déduit qu'elles ont été lobjet d'une étude attentive et sérieuse. Et pourtant les listes murales de la salle du Jeu de Paume sont pleines, nous l'avons vu, des plus singulières inexactitudes. Martin Dauch peut s'ajouter à la série. Son nom a été, à dessein, supprimé de la liste gCénérale. On le trouve, non sans quelque difHculté, à l'aide d'un renvoi^ dissimulé dans l'ombre d'une boiserie, et l'on sent que le décorateur eût fait disparaître volontiers ce nom odieux. Or ce petit feit, incroyable dans sa mesquinerie, est la négation même de rhistoire.

Le procès-verbal de la Constituante ne laisse d'autre trace de l'incident Martin Dauch que la mention de l'unanimité des des voix moins une ', mais nous savons par de bons témoignages,

I. La rature que Ton peut voir à la première ligne de la première planche que nous publions est intéressante à relever. Elle prouve manifestement, en c£Fet, que l'opposition de Martin Dauch fut connue, non au moment de Tacclamation générale (qui précéda la rédaction du procès-verbal), mais seulement lors de Tapposition des signatures, détail conforme d^ailleurs aux récits les plus connus.

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les Mémoires de Bailly, le Moniteur, etc., que, se reprenant dignement après un moment de colère justifiée, l'Assemblée examina la question de savoir si la signature de l'opposant devait être rayée, et résolut de la maintenir « pour prouver la liberté des opinions ». Un tel arrêt, venant de tels hommes^ mérite apparemment quelque considération. Les auteurs de la restauration du Jeu de Paume Vont réformé cependant, et, rectifiant de leur propre autorité, une décision soleanelle, ils n'ont pas craint de frapper d'ostracisme celui-là même dont les Constituants, dans l'exaltation de la première heure, avaient respecté la signature. Martin Dauch (et il importe peu que ce soit à tort ou à raison) exposa sa vie pour défendre une opinion qu'il tenait pour l'expression de la sagesse et de la vérité. C'est un acte de courage civique au premier chef, et il nous déplaît de penser que, sur la terre de France, ces simples choses ne sont pas comprises.

Si Ton jugeait, d'ailleurs, avec cette sévérité irraisonnée l'opposition firanche et loyale de Martin Dauch, quels traitements ne devrait-on pas réserver à ceux qui, moins probes et moins braves, s'eflFacèrent habilement ou même désavouèrent plus tard leur serment? Nous étudierons, dans un chapitre spécial, ceux des députés du tiers qui disparurent à l'heure décisive ; mais le collègue en députation de Martin Dauch, de Guilhermy, qui signa près de lui (n" 1 20) devrait être rayé, comme indigne, de la liste des signataires, si la méthode de Versailles devait être rigoureusement appliquée. Dans une lettre datée du 6 octobre 1789, adressée à Castelnaudary et rendue publique, il exalta la conduite de son collègue et s'accusa lui-même. En juillet 1790, il écrivait à ses commettants: « J'oubliai un instant mes principes; je n'eus pas le courage de passer pour lâche aux yeux de quelques personnes égarées. Je ne sus pas me contenter du témoignage de ma conscience qui me commandait de refuser le serment ^ » De Guilhermy se calomnie lui-même en ce passage. Celui qui, dit-on, fut seul à se découvrir sur le passage de Louis XVI au retour de Varennes et qui jeta son chapeau à la foule furieuse, n'était pas homme à faire passer la crainte avant son devoir. Il eût été vraisemblablement plus juste envers lui-même, en disant qu'au Jeu de Paume il avait cédé à un noble et irrésistible entraînement. De Guilhermy offre encore cette particularité que^ seul des députés du tiers^ il signa 13 sur 15 des protestations et déclarations de la minorité contre les décrets de

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