Histoire de la Révolution ^ par Deux amis de la liberté
Edme Champion.
INTRODUCTION
NÉCESSITÉ DES TEXTES AUTHENTIQUES. — LES DEUX MINUTES DU PROCÈS- VERBAL DE l'assemblée nationale. — LE TEXTE CAMUS AUX ARCHIVES NATIONALES. — LE CDOUBLE» AUX ARCHIVES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — ÉTUDE COMPARATIVE DES SIGNATURES. — NOMBRE TOTAL DES SIGNA- TAIRES DU SERMENT.
Le serment du Jeu de Paume, si noblement respecté par ceux qui ont donné à la France sa première Constitution, a été, depuis un siècle, l'objet des interprétations les plus singulières de la part de ceux qui, annalistes ou commentateurs, ont eu à s'en occuper en détail. Nous laisserons à dessein de côté tout ce qui ne touche pas directement aux textes mêmes que nous reproduisons : l'histoire de ces textes, que nous voulons raconter, montrera par plus d'un exemple l'évidente nécessité de recourir en ces matières aux sources incontestées. C'est faute d*y avoir recouru qu'on est tombé dans tant d'erreurs au sujet du Jeu de Paume : nous voudrions pouvoir dire qu'à l'avenir de semblables erreurs n'auront pas d'excuse.
Nous avons deux documents authentiques du texte et des signatures du serment. L'un a été écrit par Camus lui-même, secrétaire de l'Assemblée nationale ; il est conservé aux Archives nationales, et c'est lui que nous reproduisons dans sa partie la plus intéres-
X INTRODUCTION
santé ; l'autre minute, d'une main inconnue, est confiée à la garde des Archives de la Chambre des députés*. Userait oiseux de rechercher lequel de ces deux textes offre à l'étude les éléments de la plus sûre critique ; nous devons dire cependant que le texte Camus contient un plus grand nombre de signatures d*adhésion au serment que le double ; cette circonstance eût sufR à lui faire accorder la préférence pour le fait d'une reproduction, s'il n'était pas très intéressant aussi de voir le second député de Paris directement associé à une aussi éclatante manifestation.
Il nous a été permis, grâce aux épreuves photographiques, de rapprocher les deux textes, celui de Camus et le double qui étaient à l'origine destinés, l'un aux archives, l'autre au service des secrétaires*.
Ce que Ton peut constater tout d'abord, c'est que, le 20 juin, les députés signèrent les deux minutes simultanément'. Plusieurs preuves s'en trouvent. On peut suivre, en effet, par les ratures, la fortune de ces deux textes, dans la journée du 20 juin. La matinée fut remplie, comme l'on sait, par un premier procès-verbal dressé à . neuf heures à l'Hôtel des Menus par Bailly et les deux secrétaires, relevant en quelques lignes l'inqualifiable outrage fait à la représentation nationale. La seconde partie du procès- verbal commence au Jeu de Paume, à dix heures et demie *. Dans la rédaction du procès-verbal de neuf heures, Camus a fait un certain nombre de renvois et de ratures; nous ne les retrouvons pas^ dans le double, qui ne contient au total que quelques mots rayés et un renvoi dans les deux fragments qui précèdent le texte même du serment. Dans la
1. Pour abréger les explications qui vont suivre, nous désignerons le procèsverbal conservé aux Archives nationales sous le nom de Texte Camus et celui de la Chambre des députés sous celui de Double.
2. « Une des deux minutes originales du procès-verbal sera pareillement déposée aux Archives ; l'autre minute demeurera entre les mains des secrétaires pour leur usage et celui de TAssemblée. » [Règlement adopte par VAssembïée nationale le aç juillet lySg^ ch. viii, art. 3.)
3. Nous avons émis une opinion différente lors de la publication d*un premier travail sur le serment (V. la Révolution française des 14 mai et 14 juin 1891), mais il ne nous avait pas été permis à cette époque de consulter le double ; M. le Secrétaire général de la questure a mis récemment une extrême bonne grâce à nous faciliter ce travail.
4. Nous reproduisons en tète des planches de signatures ces deux procèsverbaux.
5. Une de ces ratures est à noter. Elle témoigne, en effet, que Camus ne savait pas à ce moment où se trouvait exactement la salle du Jeu de Paume. 11 a écrit à deux reprises : Jeu de Paume de la rue Saint-Pierre et deux fois il a rayé rue Saint-Pierre pour mettre: rue du Jeu-de-Paume.
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seconde partie de la séance, au contraire, les ratures deviennent identiques dans les deux minutes; le renvoi concernant les députés de Saint-Domingue, en particulier, est indiqué de même dans le texte Camus et dans le double \
Ces détails prouvent avec évidence que le procès-verbal, d'abord rédigé par Camus seul, *a été transcrit au cours de la séance du Jeu de Paume, antérieurement à la décision relative aux députés de Saint-Domingue.
Il nous sera aisé d'établir de même que les deux minutes ont été signées simultanément. La première preuve, et la plus probante, se tire du fait que les deux textes présentent les signatures dans un ordre identique, à trois exceptions près*, et c'est là, sur six cents noms, une exception négligeable. — De Champeaux Palasne ^ député de Saint-Brieuc, a signé par erreur le texte Camus deux fois ; or, au double, cette erreur se retrouve, les signatures occupant dans les deux versions une position relativement identique. Il est, du reste, impossible d'admettre que, surtout dans l'état de trouble matériel dans lequel se trouvait alors l'Assemblée nationale, on ait pu recueillir ultérieurement, dans un ordre semblable, les signatures primitivement données. Et de ce désordre que nous invoquons, nous trouvons dans les textes eux-mêmes un frappant exemple. Plusieurs signatures, en effet, que Von relève au texte Camus ne sont pas au double et vice versa.
Nous diviserons, pour la commodité de la discussion, les signa* taires du serment en trois séries distinctes, correspondant aux trois parties du procès- verbal et comprenant savoir : i* les député» titulaires (ou admis comme tels*), qui, les premiers, opt signé; 2* les députés suppléants, non jugés, etc., qui, par décision spéciale, ont été autorisés à signer le même jour; 3® les adhérents du 22 juin.
Pour la première série, nous trouvons, au texte Camus, trois