CHAPITRE SEPTIEME
Bouillon de peaux de vipères Laboratoire de Physiologie de l'Ecole de Médecine et Pharmacie
de Clermont-Ferrand
Préparation de DODEL
La Vipère est décapitée, sa peau est séparée du tronc et immergée dans du sérum physiologique. Ebullition, 30 minutes. Filtration sur coton et répartition en ampoules.
Aspect
Léger trouble, nombreux petits « yeux » surnagent le bouillon. Coloration variable, elle est liée à la pigmentation même de la Vipère. Cette pigmentation est en relation étroite avec la nature du terrain qu’elle habite, Le pigment passerait donc partiellement en solution,
Activité
Selon DopEL, le produit est surtout actif en avril-mai. Les principes actifs seraient les lipoïdes, surtout les lipoïdes nucléaires de la peau. Pourtant, les dosages pratiqués par le professeur DASTUGUE et son élève TAKLA n'indiquent, pour un litre de bouillon, qu’une moyenne de 80 mg. de lipoïdes totaux, dont 50 % de cholestérol.
Conservation
Ce produit présente une assez grande instabilité et sa préparation doit être récente.
Indications
Nous l’avons déjà précisé, ses indications sont multiples :
1° C’est un diurétique très puissant ;
2° C’est un analgésique : son action est remarquable, en particulier sur les cancers de l'estomac, favorable sur les cancers de l’intestin, peu actif sur les cancers cutanés.
Présentation
Le Laboratoire de Physiologie le livre sur demande expresse et motivée du corps médical et à titre d’essai, en ampoules de un ou deux centimètres cubes.
Posologie
En général, on injecte une série de sept ampoules, une ampoule par jour.
La voie hypodermique est utilisée.
Le produit ne semble présenter : aucune toxicité : aucune contre-indication ; aucune incompatibilité.
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Conclusion
Nous venons de tracer l'historique du Serpent en matière médicale.
1° Le Serpent est un être dangereux, les premiers hommes nous le disent déjà.
2° Craint, il est respecté ; il a tous les honneurs et toutes les faveurs. Toutes les plus anciennes civilisations évoquent la personnalité de cet animal curieux, La Mythologie et tous les arts nous révèlent son grand rôle,
3° La Médecine qui, au début, est un art, doit ses premières bases à EscuLape. Avec lui, le Serpent acquiert des vertus thérapeutiques. HIPPOCRATE et GALIEN sont les premiers médecins. Le Serpent rayonne alors dans toute la Médecine antique. Les premières formules savantes se font jour. La Thériaque a une vogue immense : elle renferme pour composant essentiel de la poudre de Vipère.
Ici et là, Egyptiens, Chaldéens, Grecs et Romains chantent ses louanges.
4° Les médecins arabes développent cette glorieuse réputation. La Médecine évolue pas à pas, le Serpent contribue à affirmer son succès.
Nous voici au Moyen Age, le Serpent va-t-il s’éclipser ? Nous n’avons que peu d’échos de ses vertus. Néanmoins, il donne lieu à des recettes plus ou moins fantaisistes. Le Serpent guérit toujours.
La Renaissance conservera sa réputation.
5° Un regain de célébrité l’attend. Au xvu° siècle, Moyse CHARAS sait le faire estimer. Les Vipères vaudraient-elles de l’or ? Le Serpent franchit une nouvelle étape, et rentre dans une phase scientifique. CHaras effectue de très nombreuses
expériences, et vante ses qualités. Toute la haute Société les met à profit.
6° Le Serpent atteint son apogée. Aux premiers Codex apparaissent de nombreuses formules qui renferment pour élément capital la Vipère. Ainsi, il a une vie officielle.
7° Il accepte, enfin, de donner son secret. FONTANA découvre la localisation du venin.
8° Les expériences se précisent. L’ère des microbes arrive. Les toxines microbiennes ouvrent l’avenir aux toxines venimeuses. Après tant de siècles, CALMETTE et PHISALIX préparent les premiers sérums antivenimeux. Un traitement spécifique est enfin trouvé.
9° Dès lors, le Serpent intéresse plus que jamais les savants. Des propriétés thérapeutiques, scientifiques, vont s’affirmer. Allopathie et Homéopathie trouvent en lui d’heureux effets.
10° L’Allopathie reconnaît les qualités bienfaisantes du Cobra, de la Vipère, du Crotale.
Le Cobra a des propriétés antialgiques manifestes. Il semble agir sur la régression de certaines tumeurs. Ses effets vasculaires sont réels.
La Vipère est douée d’un pouvoir diurétique et analgésique.
Le Crotale agit dans des cas d’épilepsie.
11° L’Homéopathie use beaucoup des venins.
Le Bothrops, le Crotalus, l’'Elaps, le Naja, la Vipera sont tous à l’honneur. Le Lachesis tient de beaucoup la place la plus importante.
12° Les savants essaient de parfaire les conditions optima de l’activité des préparations mises en jeu.
13° Les venins sont étudiés.
Le prélèvement exige des précautions.
Leur conservation s'impose.
Une purification se révèle nécessaire,
Leur stabilité est recherchée.
Leur titrage est de rigueur.
Leurs incompatibilités pharmacodynamiques sont mises en évidence.
Leurs contre-indications sont envisagées.
Leur posologie est mise au point.
Leur mode d'emploi est indiqué.
Leur législation est établie.
Leur nomenclature, en Allopathie et Homéopathie, est possible.
14° Les venins peuvent être atténués : les anavenins, les paravenins sont créés.
15° Les sérums antivenimeux, eux aussi, occupent une place importante. Leur préparation, leur activité, leur conservation,
leur titrage, leur législation, leur mode d'emploi, leur présensation sont soigneusement étudiés.
16° Les vaccins antivenimeux sont expérimentés.
17° Enfin, nous citerons encore, parmi les préparations à notre connaissance, la Macération de têtes de Vipères, de BILLARD, et le Bouillon de peaux de Vipères, de DODEL.
En résumé, le Serpent a une histoire médicale. Etre dangereux, il sera l'inquiétude constante de l'humanité ; et peutêtre ainsi a-t-il attiré l'attention de tous. Observation judicieuse des Anciens ou heureux concours du hasard, le fait n'est pas moins réel, le Serpent a acquis des vertus thérapeutiques. Ses qualités bienfaisantes suivront pas à pas l’évolution de la Médecine, et mériteront de rentrer dans une phase scientifique qui ne les mettra plus en doute, Les recherches sontelles épuisées ? Nous avons essayé de mettre en relief toutes les difficultés pharmacologiques qui s’affirment pour réaliser des préparations d’une parfaite inocuité et d’un succès certain. A l'heure actuelle, le Serpent peut, d’ores et déjà, rendre de grands services.
Phase primitive légendaire, phase empirique, phase officielle aux premiers Codex, phase scientifique, telles sont les étapes qui, à travers les âges, ont illustré l’histoire médicale du Serpent.
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