PAR
Victor WATTEYNE
Ingénieur en chef Directeur à TAdministration centrale
des Mines, à Bruxelles.
Directeur du Service des accidents miniers et du grisou.
Le Service des Accidents miniers et du grisou a pour mission l'étude spéciale des accidents en vue de la recherche des moyens d'en prévenir le retour.
Les accidents miniers sont, en Belgique, l'objet d'investigations très complètes de la part du Corps des Mines. Tout d'abord il est procédé par les soins de l'Ingénieur du district, assisté, quand l'accident a une importance exceptionnelle, par l'Ingénieur principal de Tarrondissement, à
une enquête au cours de laquelle les lieux sont visités et tous les témoins de l'accident entendus. Procès-verbal et rapports sont dressés de ces constatations.
L'Ingénieur principal de l'arrondissement, s'il n'a déjà lui-même collaboré à l'enquête, étudie ces do<5uments, en fait un résumé, et le tout est soumis à l'examen de tous les Ingénieurs de l'arrondissement réunis chaque semaine en un comité technique. Pendant ces séances de comité, ch^'Qùri yeJi. Ingénieurs présente les observations qu'il juge .•eppertttnçs/,er •.signale, le cas échéant, les perfectionne- ' m'énts 'qtfffa Vu, appliquer ailleurs ou qu'il a imaginés, et qui lui paraissent susceptibles d'améliorer les conditions de la mine. Procès-verbal est dressé de cette séance par l'Ingénieur principal.
L'Ingénieur en chef Directeur de l'arrondissement examine spécialement ces documents et formule ses observations, tant sous le rapport des suites judiciaires éventuelles que sous celui des mesures à prendre pour éviter le retour de ces tristes événements. L'Inspecteur général examine à son tour le dossier et formule ses observations dans le même ordre d'idées.
Gela fait, d'une part le procès-verbal, avec les avis des autorités administratives, est transmis au pouvoir judiciaire, d'autre part tout le dossier, avec copie conforme du procès- verbal, est transmis au Ministère de l'Industrie et du Travail, où siège le Service spécial des Accidents miniers et du grisou.
Celui-ci possède donc, pour chacun des accidents, un dossier complet et dispose ainsi d'une véritable mine de documents concernant les dangers auxquels sont exposés les ouvriers.
Mais il ne suffit pas que ces documents existent, il importe de les porter à la connaissance des personnes à qui incombe le soin de veiller à la sécurité des ouvriers,
aux Ingénieurs du Corps des Mines et aux Directeurs et Ingénieurs des Exploitations minières.
C'est ce que le Service des accidents miniers et du grisou a entrepris de faire en étudiant à part les diverses catégogories d'accidents, en recherchant quels sont, tant en Belgique que dans les autres pays, les moyens imaginés pour les éviter, et le cas échéant, en en proposant d'autres, que l'étude des accidents aura pu lui suggérer.
Quelques-unes de ces études ont déjà été publiées; ce sont d'abord : Les inflammations de grisou dans les mines de houille de Belgique et Les dégagements instantanés de grisou, par notre prédécesseur feu l'Ingénieur en chef Roberti-Lintermans. Plus récemment, Les accidents survenus dans les puits (Watteyne) et Les Accidents survenus dans les cheminées d'exploitation (Watteyne et Denoël). Nous avons abordé dans ces derniers temps une catégorie très importante d'accidents et dont l'étude est des plus instructives; c'est celle des Plans iticlinés. L'étude de la catégorie la plus meurtrière de toutes, celle des Eboulem£ntSy viendra ensuite.
La première des études mentionnées plus haut ayant mis en lumière ce fait, déjà reconnu d'ailleurs, que l'emploi des explosifs était de beaucoup la cause principale des inflammations de grisou, M. le Directeur général des Mines Arnould nous avait chargé, en 1894, de dresser la statistique de cet emploi dans les mines de houille de Belgique.
Cette statistique, que nous avons continuée pour les années suivantes, lorsque la Direction du Service des Accidents miniers nous a été confiée, et que nous avons publiée soit seul, soit en colloboration avec M. l'Ingénieur Denoël (*), nous a donné l'occasion d'étudier de plus près
(i)Ces statistiques ont été dressées jusqu'ici pour les années 1888, 1898, 1894, 1895, 1897, 1898, 1899 et 1901 et continuent à l'être de deux en Heux ans.
les moyens de réduire dans la mesure du possible l'emploi de ces dangereux auxiliaires et d'approfondir l'importante questions des Explosifs de sûreté.
Cette dernière question comportait plus que des études théoriques. Des études expérimentales s'imposaient,de même d'ailleurs que pour l'éclairage des mines, où des perfectionnements récents attendaient la sanction de l'expérience.
Ayant obtenu, d'une part du Gouvernement belge le crédit nécessaire et l'adjonction d'un collaborateur spécial, M. l'Ingénieur principal Stassart, d'autre part l'aide de la Compagnie des Charbonnages belges dirigée par M. Isaac, qui a bieuTOulu mettre à notre disposition les réservoirs de grisou que renferment ses travaux d'exploitation, nous nous sommes mis à l'œuvre et nous avons installé Tan dernier le Siège d'expériences de Frameries dont le but, les dispositions principales et les résultats acquis jusqu'ici sont indiqués dans les pages qui vont suivre.
Mais auparavant nous croyons devoir mentionner un autre genre d'expériences auquel le service du grisou s'est livré au début de son institution et alors qu'il était dirigé par M. l'Ingénieur principal Schorn.
Les résultats de ces expériences ont été publiés, en 1887, sous le titre : Premières Recherches et Expériences (Schorn, Watteyne et Macquet). Elles oqt porté notamment sur la pression des gaz et leur répartition dans les couches très grisouteuses ;
Tandis que d'une part notre collègue M. Macquet procédait au charbonnage de Beaulieusart à des essais fort intéressants sur les variations de pression que les dégagements instantanés amènent dans les massifs de charbon voisins, nous recherchions, avec M. Soupart, au charbonnage de Belle- Vue (Ouest de Mons), qu'elle était cette pression dans les tailles en exploitation et dans les couches
non encore mises à nu. C'est dans ce dernier cas que nous avons trouvé les pressions les plus élevées ; elles ont atteint le chiffre énorme de 42 1/2 atmosphères (625 livres par pouce carré) dans la couche Mouton, à la profondeur de 670 mètres.
Ces expériences, destinées à jeter quelque lumière sur la question toujours un peu obscure des dégagements instantanés, pourront être reprises un jour quand nos recherches les plus urgentes sur les lampes de sûreté et sur les explosifs seront terminées.
Revenons à notre station d'essais.
Nous ne pouvons naturellement donner, dans cette courte notice, qu'un aperçu simplifié des importantes questions auxquelles se rapportent nos expériences, nous en référant pour plus de développements et pour des détails plus techniques aux travaux que nous avons, soit seul soit en collaboration avec MM. Stassart et Denoël, publiés précédemment sur ce sujet (*).
Le tableau exposé dans le compartiment belge donne quelques vues photographiques de l'installation.
(i) Voir notamment les diverses notes que nous avons publiées depuis 1896. dans les Annales des Mines de Belgique, sur la question des Explosifs, ainsi que le travail que nous avons présenté au Congrès des mines et de métallurgie, à Paris, en 1900, et qui a été publié dans le Bulletin de l'Industrie minérale.
Le Siège d^Expériences de Frameries