L.V BAKONNK
Allez, allez.... 'Vous me la donnerez une autre fois... J'entends des pas dans l'escalier....
LE GENTLEMAN, le picil SUT \c rebord de la fenêtre.
La première fois que monsieur votre mari s'absentera pour de bon, ne manquez pas de me prévenir. J'imaginerai, madame, (juelque moyen de vousvenir voir, quisoitencore plus extraordinairecpieceiiiique j'employaiaujourdhui. Adieu... mabien-aimée (Il s'en va par la fenêtre au moment où l'on frappe à la porte.)
LA BARONNE, à la fenêtre.
Retirez votre planche.
(On voit la planche disparaîti-e.)
(la baronne, referme la fenêtre, (ioups prolongé.^ à la porte.) LA BARONNE, à la porte.
Qui est là?
Moi.
Oui ça, vous?
LE BARON
LA BARONNE
LE BARON
Moi, Octave.
LA BARONNE, ouvrant la porte.
Comment, vous n'êtes donc pas parti?
LE BARON
Non, et vous savez pourquoi je suis revenu.
L\ BARONNE
Non.,.. Je ne comprends rien à ce que vous voulez dire.
LE BARON, désignant le personnage qui l'accompagne.
Monsieur le commissaire de police.... Écoutez, madame, ne perdons pas de temps en dénégations inutiles. Un homme s"est introduit ici tout à l'heure. (La liaronnc tressaille.) Le groom a vu Julie introduire un homme par cette porte. (Il montre la porte du fond. La baronne le regarde avec ctonnement; puis elle pousse un soupir de soulagement.)
LA BARONNE, le prenant de haut.
Ah! il est entré par la porte de cette chambre. Vous êtes bien renseigné, monsieur. Ils vous ont donné de bonnes indications. Ah! vous venez me surprendre. Mais commencez vos recherches, messieurs! Ou'attendez-vous donc? Il est là, mon amant. Il est caché. Il est dans cet appartement. Oui, j'ai un amant, monsieur. Je ne suis pas fâché de vous le dire devant monsieur. Il est jeune, il est beau, il est cent fois plus élégant que vous. Il a de la race, il a de l'allure. Mais cherchez-le donc. Où peut-il bien être? Ne serait-il pas sous le ht? Non, il est plutôt dans ce cabinet à robes. Voilà la cachette des amants. Allez-y donc.
LE BAUON
Voyons, Ilermance, me serais-je trompé? M'aurait-on trompé?
LA BAIiONNE
Mais non. On ne vous a pas trompé. Puisque je vous dis qu'il est là. (Au commissaire, en lui désignant la porte du cabinet.) Ouvrez cette porte, monsieur, puisqu'on vous dit qu'il y a un homme là.
LE COMMisSAmE, allant au cabinet à robes et ouvrant la porte. Eh effet, il y a un homme là !
LA BARONNE, frappée de stupeur.
Il y a un homme là !
LE BARON
Ah! femme perfide!... Sortez, monsieur! Sortez, godelureau! gandin musqué !
(Arsène sort du cabinet. Stupéfaction prolongée.)
ARSÈNE, à ravant-scèiie, à lui-même.
Je ne sais pas si, d'après la loi, le fait d'être trouvé dans une maison habitée, la nuit, peut entraîner une poursuite pour vol, du moment que le vol n'est pas consommé. Je voudrais bien être renseigné là-dessus.
LE BARON, à la baronne, avec une rage sourde.
Ainsi donc, c'est avec cet homme... Mais ce sont des mœurs du t)as-empire!... (La baronne recule elTarée, au commissaire.) Je suis absolument écrasé. Mais tout de môme, j'aime encore mieux ça. Le fait de choisir un individu pareil correspond évidemment à un état morbide... Je ne suis pas r(*poux d'une femme coupable, mais d'une malade.
LA BARONNE, entendant ces derniers mots.
Monsieur, de pareils soupçons sont horribles, sont aiîreux. Je ne connais pas cet homme. (.Vu commissaire.) C'est un voleur qui s'est introduit là.
LE COMMlSSAmE
Oui, c'est là votre système de défense.... Je pense que monsieur l'adoptera également, comme la galanterie lui en fait un devoir. (A Arsène qui s'est tenu à l'écart.) Vous êtes un voleur, paraît-il, monsieur ?
ARSÈNE, vivement.
Pas du tout, monsieur. Je ne suis pas un voleur... Les apparences sont contre moi. Mais je ne suis pas un voleur. Si je me suis introduit ici.... (Illuminé d'une idée subite.) C'est une histoire de femme !
LE BARON ET LE COMMISSAIRE, ensemble.
Ah! le goujat!
LE BARON
Voilà ce qui arrive, madame, aux lemmes qui, comme vous, vont chercher leurs amants dans les bas-fonds de la société. Voilà les délicatesses qu'elles y trouvent. (Au commissaire.) Laissez-moi châtier cet homme.
LE COMMISS.\IRE
Non, monsieur, je regrette, mais je ne peux pas. Ne vous emballez pas, d'ailleurs..., Je crois que vous laites fausse route.... Cet homme doit être un voleur, puisqu'il se défend d'en être un. S'il était autre chose qu'un voleur, il dirait qu'il en est un. C'est irréfutable...
ARSiiNE, à lui-mC'ine.
En somme, je n'ai rien volé, je n'ai encore commis aucun crime. Ah! si j'avais un code dans la main. On devrait toujours avoir un petit code sur soi. Il y a des éditions minces comme ça, du Code pénal, qui coûtent soixante-quinze centimes.
LE COMMisSAmE, OU baron.
Voulez-vous un bon conseil, monsieur? Faites vos excuses à votre dame.... Et arrangez-vous pour que nous puissions étouffer cette affaire-là. La présence de cet homme chez vous, l'excuse qu'il en donnera, tout cela ferait courir dans le village des fables ridicules.
LE BARON
Tenez, voilà mille francs. Donnez-les lui. (Le baron va à la baronne el lui tend la main. Elle la lui donne après une hésitation.)
LE COMMiSSAmE, à Arsène.
Ecoutez ceci : Comment vous appelez-vous?
ARSKNE
Arsène, c'est mon polit nom.
Et votre autre nom?
Aussi Arsène.
LE COMMISSAIRE
ARSENE
LE COMMISSAIRE
Quels sont vos moyens d'e.xistence ?
ARSENE
Marchand de confetti d'occasion.
LE COMMISSAIRE
Écoutez. Il y a un train à minuit trente pour Paris. Je vais vous y conduire. Voici mille francs que vous donne monsieur, ici présent, pour quitter le pays sans retard. Et tûchez que je ne vous y repince pas; sans ça je vous fais coffrer.
ARsiiNE, au baron-
Merci, monsieur.... Vous êtes bon. Mais je ne suis pas un ingrat. Je vais vous donner un conseil. Ne laissez pas dans votre coffrefort les papiers qui s'y trouvent. Ils ne sont pas en sûreté.
LE BARON
Comment savez-vous?
LE FiEUL BANDIT DU VILLAGE.
ARSENE
Ne cherchez pas à comprendre.... Il se passe depuis dix minutes des choses où je ne comprends rien. (Avec stMiMiib'.) Hé bien! vous voyez, je ne cherche pas à comprendre... Vous me donnez mille francs, ça me suffit.... (Au jiublic.) (lest très moral ce qui m'arrive là. Si j'avais été canaille, j'aurais louché trois cents francs. Je reste honnête (d'ailleurs, malgré moi!) et ça me rapporte mille francs. C'est une leçon que je n'oublierai pas tant que durera... ce billet de mille francs.... (Allmii vers le fond.) Au revoir, monsieur; au revoir, madame. J'ai déchiré mon paletot à un clou dans votre cabinet. Mais je ne vous réclame rien.