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HISTOIRE DE LA \01 >I\r. A LA TlORC GRENAT.
Vous avez vu le mari de Joséphine. Monsieur Muldorf est
un homme rempli des nui leurré qualiiés-.sa ligure (st noble et douce; tous deux o::t été élevés ensemble et sont même un peu païens. Avant leur mariage, Monsieur Muldorf fut obligé de faire un voyage dequelques mois. Le pi re de Joséphine, un soir après diner, ne s'eudm mit pas comme de coutume, et avec sa femme quelques regards d'intelligence. Quand les domestiques furent prêts de se coucher, à 1 heure de la prière en commun, ils se réunirent dans le salon. Le pi re ne Jost pbine, d'une voix émue, dit : — Mes anciens domestiques, mes fidèles serviteurs, je veux que vous assistiez à Un des plus beaux momens de ma vie. Huïdorfvb s'jl sen- (erpendsfnl quelque temps, il faut qn'il emporte avec lui une bonne pensée qui l'accompagne partout et bâte son retour. Ces deux eiifans, car "tiuldorf est aussi mon lils, el sou père me l'a légué en mourant, ces deux enfans ont toujours été destinés l'un à l'autre, ma femme et moi nous avons suivi une Mande joie les progrès de l'attachement qu'ils ont l'un pour l'autre ; Muldorf part demain matin , nous allons ce s. ir prier pour leur bonheur.
Il plaça l'une dans l'autre les mains des ji unes gens, et toute la famille pria le i ici de répandre ses bénédictions sur ix époux.
Muldorf partit .. comme on part. Joséphine resta... i resh ; c'est-à-dire que l'un fut un peu distrait de la séparation parle mouvement, tan ..utie resta dans des lieux où loat pat lait de l'absent, ou rien de nouveau ne vemail exciter l'esprit et entraîner l'imagination.
Peu de temps après, une lettre de Muldorf vinlannor.cei '|ue serait plus long qu'il ne l'avait cru d'abord. Joséphine sentit un mouvement d'impatience; elle aimait autant li mariage que son mari. Le mariage pour elle, c'était sortir de la vieille .t triste maison de son père-, le mariage. c'était passer quatre mois d'hiver à la ville dans les dans
les bals, dans les fêtes. El c'était avec un sentiment fort peu bienveillant pour Muldorf, qu'elle voyait que l'hiver allait la trouver encore fille; qu'il n'aurait pour elle que du froid et de la neige, et des jours sombres sous les nuages gris.
Tandis que pour tant de femmes l'hiver est la saison des fleurs, des belles mélodies , des parfums , des danses, des triomphes.
On jour, c'était à la fin de l'automne, elle se promenait seule et triste dans le jardin de son père; les demi feuilles des tilleuls étaient jaunies; celles des vignes étaient parées des plus riches teintes de pourpre; par moment il souillai! un vent d'ouest qui en détachait quelques-unes en tourbillonnant. Le clocher de l'église, que l'on apercevait par-dessus les arbres , déchirait le cul gris de sa flèche aigué; les hirondelles, qui toute la belle saison avaient volautour du cloeVr, avaient fait place aux lourdes corneilles.
Dans le jardin, quelques aster, dernière fleur de l'année, le pied dans les feuilles sèches, ouvraient à un air sans soleil leurs ileurs d'un Violet triste.
Jos-pbine pensa alors à ces longues veillées si monotones, consacrées^ des 1 [dures el à des travaux d'aiguille. Son ima- [ion, par un affligeant contraste, la transportait au milieu d'un bal, et par momens il lui semblait que le vent apportait quelques mesures d'une valse dont son cœur suivait le mouvement
liiente'it les sons devinrent plus distincts, et à travers la grille du jardin elle vit une troupe de musiciens, dont l'un jouait du violon en marchant, tandis que les autres portaient négligemment leurs inslrumens sur l'épaule ou sous le bras.
Joséphine n'était pas la seule qui remarquât ce cortège. Un jeune homme, monté sur un cheval gris, s'arrêta près
SOUS LES TILLeULS.
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des musiciens et leur dil ■ — Pourrait-on savoir, mes braves, j où vous allez, ainsi porter le pi ai sir et la danse ? je m'ennuie, j et suis fort disposé a vous suivre.
— Hélas! monsieu ■, dil le chef de la troupe, nous n'allons nulle pari, nous attendons qu'il plaise à quelqu'un de nous engager; les l'êtes des campagnes sont terminées, et celles de la ville ne. commencent pas encore.
— El, demanda l'étranger, pourquoi les l'êtes tics campagnes sont-elles terminées? il y a encore de beaux jours dans cette saison.
— C'est l'us-.ge, monsieu,-.
— Et combien avez vous de Icmjis à attendre ?
— Deux ou trois semaines.
— Je vous engage pour ir lis semaines. Soyez demain matin chez moi. Voici mon adresse.
A ces mots, l'étranger mit son cheval au petit galop cl disparut à l'angle du jardin.
A deux jour* de à, toutes les personne-; du voisinage reçurent une lettre d'invitation. — Il fallait, disait-on, faire ses adieux .'i l'automne qui Unissait, et proliter du dernier beau joui'.
L'invitation était signée de monsieur Stepben. Monsieur Stepben est une sorte de fou.
— Je le connais, ibère tante.
— Je ne vous en félicite pas, cher neveu.
— Pourquoi ?
— Mon histoire répondra pour moi. Je n'ai toujours pas besoin de nous dire, puisque vous le connaissez, que monsieur Stephen s'ist fait mie sorte de célébrité par de nombreuses extravagances. On trouva d'abord l'invitL-Hon un peu Cavalière, mais la curiosité entraîna les plus r.'calciirantes, et on se donnait pour excuse à ce laisser-aller, que monsieur Stepben n'était pas comme tout le monde, que les règles ordinaires ne pouvaient s'appliquer a lui, que c'était a la campagne, etc.
Il n'y eut tjue Joséphine qui manqua a l'invitation; son père répondit poliment à monsieur Stepben que sa santé ne lui permettait pas de conduire sa lille au bal auquel il avait bien voulu les engager.
Le bal fut assez gai et eut pour résultat plusieurs rhumes de cerveau. Monsieur Stepben fit splendidement les honneurs de chez lui.
Depuis ce jour il ne manqua pas de passer fort souvent devant la grille du j irdin. Un ma tin il vil Joséphine et ariêla son cheval pour U saluer. Joséphine rendit le salul d'une façon assez encourageante pour qu'il descendit de cheval, s'approchât de la grille et lui dit qu'il avait amèrement regretté qu'elle ne voulût pas embellir de sa présence le bal qu'il avait donné
Il parut bien dur a la pauvre Joséphine qu'on crût qu'elle n'avait pas vuulu aller à cette réunion dont la privation lui avait fait passer la nuit à pleurer.
— Je n'aurais pas demandé mieux, dit-elle, que de profiter de voire gracieuseté, mais mon père a craint pour moi la fatigue.
— Il n'y a que l'ennui qui fatigue ; moi, je n'avais donné ce bal (pie pour vous, et j'ai élé bien al triste de ne pas vous y voir.
— Le mensonge est aimable.
— Je ne mens pas. L'idée du bal ne m'est venue qu'en VOUS voyant à cette môme grille devant laquelle je pa«s» dix l'ois par jour, épiant l'occasion que je trouve enfin aujourd'hui de vous parler de mes regrets.
Monsieur Slephen salua, remonta à cheval et disparut.
Le lendemain, un hasard, dont je ne induirais pas la responsabilité, lit que monsieur Stepben, passant précisément devant la grille a la même heure que la veille, y trouva encore Joséphine.
— J'ai beaucoup pensé, lui dit il, à voire réponse d'hier, elle est tOUl-à l'ail évasive, et nie fjil craindre que la vériljble raison que vous ne m'avez pas dite, m' soit blessante pour moi ; vous me donnez le droit d'attribuer votre refus à du dédain.
— Hélas I monsieur, ce refus que l'on a fait pour moi m'a
IF. SIÈCLE. — l\.
élé plus désagréable qu'a vous. J'aime la danse et la mu sique; mais mon père m'a dit que mon promis ..
— Votre promis! dil monsieur Stephen.
— Que mon promis, qui a en horreur ces diverlissemens trouverait luit mauvais que j'eusse profité de son absence pour me les permettre.
— Les païens sont de grands fous, ils se plaignent des folies de la jeunesse, et cependant la seule différence qu'il y a entre eux et nous, c'est qu'ils font d'antres folies, les font plus gravement, et. les font a nos dépens, tandis que ce n'est que sur nous que retombent les nôtres.; voici un mariage dans lequel les goûts sont si différens, si incompatibles, que l'un des ueux époux sera nécessairement la victime de l'autre, à moins que chacun des deux s'iinposant des restrictions et des concessions, ils ne prennent le parti d'être victimes l'un de l'autre et malheureux tous les deux.
■ Mon Dieu! ajouta-l-il, que l'on comprend peu tout ce qu'il y a de douce préoccupation à se charger du bonheur d'une femme que l'on aime, à préparer un plaisir pour chaque heure de sa vie, à écarter devanl elle les ronces du chemin, à ne laisserposer ses pieds quesur la mousse ou sur les sompiueux lapis de Turquie, à remplir de musique et de parfums l'atmosphère qui l'entoure, à faire que son regard ne tombe que sur des fleurs, de riches étoiles, des pierreries; à rassembler autuiir d'elle, dans l'espace qu'elle habile, tout ce (tue la nature et l'art ont disséminé sur toute la terre de richesses et de beautés
Monsieur Slephen se relira. Tous deux restèrent plongés dans une morne rêverie. Joséphine n'avait jamais entendu de semblables paroles ; il lui semblait que tout-à-coup il venait de se révéler à elle ce que c'était que l'amour.
Pour-monsieur Stepben, il était en proie à une de ces sombres préoccupations qui, dit-on, s'emparent de lui au milieu des plus bouffonnes folies dont il se plait à étonner le voisinage ; il fut quelque jours sans reparaître.
Il arrive quelquefois que la nature, sur la fin de l'automne, semble vouloir recommencer les plus beaux jours de l'été, semblable à ces femmes qui, quai d la jeunesse passe, semblent ne faire que changer de beaulé. comme vers le soir ou quitte la parure du matin pour la toilette de I ni.
Ludwig ici regarda madame Rcchleren; illcéla'l un des meilleurs exemples qu'on \ ùi voir de celle théorie qu'elle venait de développer sur la teconde beaulé des femmes. Elliavàil de, cheveu* soyeux ci abondans, une grâce remarquable, des poses naturelles cl nonchalantes, quelque chose de suave dans les contours et de si ai t r. vaut , que les yeux qui s'attachaient sur elle ne pouvaient s'en détourner.
Elle fut un peu emba'rrassée de l'application que Ludwig semblait faire de ses paroles, mais elle ne larda pas à continuer :
Monsieur Stephen trouva Joséphine a la grille, et lui dit :
— Vous le voyez j'ai les musiciens âmes gages, et je ne donne plus de fêtes parce que vous n'y assisteriez pas.
— Hélas! dit Joséphine, il y bien longtemps que je n'ai seulement entendu de la musique. .
Le soir, comme tout le monde était couché dans la maison, et qu'on ne voyait plus que la lueur d'une bougie à la clarté de laquelle li ail Joséphine dans sa chambre, ui.e mu-, sique douce et majeslueuse se fit entendre; Joséphine rjiiilla soi) livre cl se mit à la fenêtre; -a\ joua d'abord une noble et divine symphonie de Beethoven, puis on passa ù des airs plus vifs, et des valses rapides semblèrent presque prèles a entraîner lés arbres et les étoiles dans leur meuvement im-
péi ieux.
La musique se fit ainsi entendre loiigieuii s sans que personne se fit voir; et quand la première surprise fut passée, I. sépbine s'aperçut que les musi, iens étaient en dehors, et même assez loin du jardin. Alors enhardie , elle descendit. La lune éclaiiaii les ailées dé» ouvertes et augmentait par le contraste l'obscurité des allées ombragées ; el e se promena quelque temps, puis ses pieds suivirent involontairement le rhylbme et marquèrent la mesure.
Tout a coup elle jeta un cri.
ALPHONSE KARK.
— N'ayez pas peur, dit monsieur Stephen , e'esl moi qui viens vous demander si ma musique vous pl.it
Joséphine ne répondit pas, elle avait peur, peur de Stephen, peur qu'on le vit (Uns le parc < ncore plus que de lui... mais plusque tout, elle avait peur de son émotion. Elle n'osa cependant pas lui dire de s'en aller, elle le lui aurait dit d'une voii si tremblante, que c'aurait été presque une invitation de n'en rien taire.
Monsieur Steplien eut l'infernale adressa de ne loi parler que r"e nr.isique, de ne pas prononce* un seul mot qui pût acroilreson trouble, ainsi '|iie l'eût fait un Lovelaee vulgaire; il par.;! ne s'occuper que de la prééminence de la musique allemande, si bien que Joséphine ne tarda pas à être honteuse de sa peur, et qu'elle n'eut de soin que pour ne pas laisser voir qu'elle avait redouté un danger dont lacrainte donnerait peut-être l'idée de le faire naître. Elle affecta même une telle confiance, que Stephen en fut un moment embarrassé, et qu'il craignit de ne devoir cet abandon qu'à la froideur et ù l'absence d'émotion.
Cependant de la musique ou passa naturellement à la valse. Stephen lit une peinture enivrante du bonheur de valser avec une femme t;ue l'on aime . .
Ses paroles étaient si brûlantes, ses y. u\ si perçans,ia nuit et la musi.que y ajou aient une si poignante puissent t, que Joséphine recommença 1 trembler. Slephen s'en aperçut et dit négligemment :
— .le ne sais pas valser
Toute la terreur de Joséphine s'évanouit encore complément; la description inquiétante à laquelle s'était livré. Stephen n'avait plus aucun rapport possible a Joséphine et à lui, | uisqu't/ ne savait pas valser. ■
La conUartce et l'abandon de la pauvre tille s'accrurent encore de cette peur sans motif, et lorsque Sle, lien, qui pendant leur promenade avait jusque- à maichôà cûlé d'elle, lui offrit le bras, elle plaça son bras sur ie sien.
— Je n'ai jamais pu apprendre à valser, dit Stephen.
— C'est cependant bien facile.
— Je ne coin, rends pas même le pas.
— Il n'y a qu'ù suivre la musique , les pieds se placent d'eux mêmes
— Nous devriez m'apprend rei
— Que le folie !
— Non, je vomirais devoir à Notre amitié un plaisir dont j'ai été privé toute ma vie.
Joséphine avait tant redouté d'entendre un autre mot , qu'elle ne pensa pas ;i élever la moindre chicane sur le mot amitié, et elle montra a Stephen le pas de la valse; il y eut un moment où l'é.ève fit tout à coup d'incroyables progrès, et," suivant la musique enivrante, il entraîna Joéplrine en tourbillonnant à travers les allées.
Mais chaque fois que les deux va'seurs passaient dans les allées sombres et ombragées, Joséphine sentait une sorte de frisson qu'elle attribuait à la fraîcheur.
La musique continuait; puis enfla Joséphine, épuisée, tomba sur un banc de gazon On était loin des grandes allées; quelques faibles rayons de la lune se glissaient a peine dans bs intervalles des feuilles. Il n'y avait de clarté que pour montrer à Stephen le trouble, la langueur, la btauté de Joséphine, que pour faire voir à Joséphine le feu magnétique qui des yeux de Stephen passait par ses yeux à el'epour lui serrer et lui élreindrc le cœur.
Le lendemain, le soir, Slephen fumait tranquillement chez lui du tabac d'Orient dans une longue pipe de cerisier, lorsqu'une femme entre brusquement chez lui, se débarrasse d'un manlean qui la couvrait, et tombe affaissée et demi-morte aux pieds i'e s ephen. C'était Joséphine, pâle, les yeux hagards, les cheveux en désordre.
— Je suis perdue! dit-elle, et elle tendit à Stephen une lettre froissée.
" Me voici de retour, chère Joséphine, ma jolie promise; à mesure que je m'approche de vous, l*aira une pureté que je n'ai trouvée nulle part depuis qile je vous ai quil ce .levais passer deux jours bien prés de vous, une lieue a peine nous
(séparera el cependant je ne vous verrai qu'après qu deux jours ser ni écoules. I , e mission importante, q li m'a
été coi. liée peut avoir sur notre avenir une puissante influence. Tout sera Uni dans deux jours si j-' reste, et. peutêtre, deux heur, s que je déroberais pour vous voir nous sépareraient 1 1' jie pour plusieurs mois. Je De vous demande pas si vous avei pensé a moi, chèi e lot éphine, dans ces lieux où tout vous parle de moi et de mon amour, dansées lieux où j'ai laissé tout mon bonheur. »
— Eh bien ? dit Slephen.
— En bien ' VOUS voyez que je suis pi idue.
— Pas le moins au m unie, je ne veux pas Être un obsta ele a votre bonheur, niàcelui de Muldorf qui est un de mes meilleurs amis, épousez-le , et je serai enchanté de tout ce qui vous arrivera d'heureux.
— Mon Dieul s'écria Joséphine, mon Dieu' que dH-H donc? ne sait il pas que je suis à lui et que je ne puis p us cire à personne? Hélas ! oui, Slephen, je suis à vous; fait -s de moi ce que vous voudrez . maU j<' i e veux pas vi ir Muldoif; je s is venue à vous pour que vous mesauvîez; si vous me chassez, j'irai , en soriant d'ici, me |el«r dans II ii\ièie.
Slephen réfléchii un moment, puis lui dit . Vous rester avec moi. j" voi. s cacherai dans un asi'e ignoré <ie tous vous ne serez connue et vue que du plus tendre amant.
li calma ensuite son émotion, lui lit r spjrer des se's, la tranquillisa. Joséphine est assez jolie pour que la fàrlreuse impression qu'avait produite sur Stepheh s >n entrée inpi vue ne durât pas longtemps; il possédait, et probablement il possède encore dans un quartier reculé une petite maison isolée, richement meublée, dit on. el conlié.' à la glrde d' nie vieille domestique, qui ne sait même pas son nom.
C'esl 1 1 qu'il coi duisil losé.-hir.e 1 1 qu'il passa prés d'elle 1er. ste de la journée. Le lendemain malin, au point du jour, il monta h cheval et ai riva à "" où était Muldorf; Mul était a déjeuner chez quelques amis ; Steplien fol reçu avec des cris de joie.
— c'est toi que je cherche, Muldorf, dit il; il faut me rendre un soi vice1, prends une plume et du papier, et écrit ce que je vais le dicter.
Muldorf obéit.
Steplien, en se promenant dans la cbambie. c mmença à dicter :
« Infortur.es parens... «
[(s'approcha de Muldorf et dit : —Ton écriture ressemble trop a la mienne. Flenreich \.i In remplacer; rlquand lli'iireich eut pris la plume, il-continua:
• Infortunes parens... ■>
— Où diable veut-il en venir?
— [Ne m'interrompez pas.
» Infortunés païens.
» Votre lille, celant aux hlchrs obsessions d'un odieux séducteur, s'est enfuie, abandonffenl la maison paternelle < I la protection d'une tendre mère... »
— Quel style!
— Taisez-vous donc :
■' d'une tendre mère; êcou'ez une vois amie qui ,
pendant qu'il en est temps encore, vient vous doiitef les moyens de la sauver. Je dis sauver, car. Ildéle aux bons principes qu'elle a reçus de vous, elle a jusqu'ici résisté aux tentatives coupables de l'infâme qui lui a déjà l'ait trahir une partie de se-; devoirs .t qui ne né. Igera rien | la perdre tout a fait. Hâtez vous, il n'y a pas un moment a perdre; voici l'adresse exacte de l'endroit ou le monstre cache sa victime.
i n ami de lu vertu. ■
Un éclat de rire accompagna l'énoncé de celle signai Stephen seul ne rit pas,cai heta la 'ettre el descçn lit la donner à un expics auquel il ordonna de prendre un i heval. Puis il rentra dans la chambre.
— Maintenant, donnez uioi une pipe el 'ailes moi senir à
déjeuner.
SOIS LES TILLEULS
Stephen ne rentra que le soir; il trouva la vieille domestique occupée ;> s'<ariacher les cheveux.
— Ali! monsieur, quel malheur!
— Allons, pensa Stephen, tout va bien.
— \ ous savez, la jeune dame que vous avez laissée ici...
— Eh bien ?
— Bile n'y t st plus.
— Ali !
— Elle n'y est plus, répéta la vieille, croyant, à lin Mertnce.de Stephen, qu'il n'avait pas compris; elen disant ces mois elle s'affaissa sur elle-même comme si elle s'attendait à être é rasée du pied.
— Elle n'y est plus ! on est venu l'emmener, j'ai voulu résister, mais ce quartier est si é'oigné ; il y avait une vieille dame et plusieurs domestiques; la jeune dame s'est jetée en pleurant dans les bras de l'autre, et elles s»nt parties en voilure.
Deux jours après, Muldoil! arriva près de sa (tancée qui le
reçut à merveille, et, liui'. jours après, le mariage se lit a la satisfaction générale.
Depuis ce temps, c'est une maison fort convenable.
\ otla, mon cher neveu, ce que c'est que celte petite femme dont les yeux sont toujours baissés, dont la robe grenat monte jusqu'au col blanc qu'elle semble ne laisser voir qu'à regret.
— Je vous abandonne celle-là, chère tante, mais cette grande brune vêtue de blanc, dont le profil a tant de noblesse et de dignité?. .
— Celle-ci, j'aurais aussi à faire sur elle une bonne histoire, et votre ami, monsieur Stephen, en est encore le hères. Je vous la conterai, si cela i:e vous ennuie pas.
— Non vraiment, chère tante, dit Ludwig en lui baisant la main, et il regarda la main de madame Kerhlrren, qui était fort belle.
C'est une chose bien remarquable qu'une belle main et dont on peut tirer des indii es certains de distinction. Le pied, auquel tant de gens attachent leur attention, est un mensonge, et on ne saurait dire combien, à une certaine lieure.de la matinée, de douleurs, de tortures, de contorsions, de difformités sont cachées sous la prunelle ou le satin; combien il se met de grands pieds dans de petits souliers. Le pied n'a qu'une forme qui ne lui appartient pas toujours ; la main, qui ne peut se dissimuler, a puisqu'une forme, plus qu'une ligure. Ellea une physionomie.
Il y a certaines mains dont une femme de cœur et d'esprit mourrait de chagrin, si une femme de cœur et d'esprit en pouvait avoir de semblables.
Ludwig se rappela qu'Hurleuse avait les mains courlis et les ongles écrasés.
HISTOIRE DE L\ GRANDE BRUNE VET! i: DE ULW:.
— N'est elle pas la femme d'un monsieur Rodolphe A\ ulstein ? demanda Ludwig.
— Oui, mais monsieur Walstein n'est pas son premier mail, et il y a fort peu de temps qu'elle a épousé celui-ci.
Hélène se trouva veuve à vingt-deux ans; son mari, tué en duel, la laissa au milieu d'un voyage, sans amis, sans appui, presque sans argent. Du moins, ce qu'elle avait d'argent ne suffit qu'à peine pour payer le mémoire de Phûteliere! les Irais d'une maladie de trois mois que lui causa le chagrin. Puis presque sans argent, elle vin' a Munich, pour y toucher une lettre de crédit sur un habitant de celte ville, trouvée dai ■• 'es papiers du mort.
! onsteur vint lui-même apporter h réponse; elle était peu favorable. ; 'i ne pouvait donner d'argent que sur un reçu du m 'H d'Hélène, jusqu'à ce que de longues formalités I ussut i consta é >a mort, ainsi que l'étal et les droi:s de la veuve. Hélène fui aliénée; se trouver seule, suis ressources, dans une vill ■ étrangère, sans aucun moyen d'attendre <;i de
s'en aller; c'était en effel une triste et inquiétante situation
Monsieur Walstein s'apTçu! d3 la torpeur ou l'avait jetée cette réponse, et lui offrit de lui avancer de l'argent sur la somme qu'il aurait à lui compter après l'accomplissement des formes légales indispensables.
Hélène ne pouvait pas refuser. Monsieur Walstein demanda la permission de s'informer quelquefois de la sanlé de la Lelle veuve et de se charger de hâter la conclusion de ses affaires.
Il faut d'abord que je vous explique ce que c'est (pue monsieur Walstein.
— Je m'en doute; un petit homme de quatre pieds neuf pouces, toujours tourmenté de la crainte qu'on ne le prenne pas au sérieux, qu'on ne le compte pas pour quelque chose; parlant haut pour forcer l'attention qu'on ne donnerait peuiètre pas sans cela à ses paroles; faisant du bruit en maichant, parce que du bruit ne se lait pas tout seul et que cela prouve que c'est quelqu'un qui passe. Toujours fronçant le sourcil pour se doiiikr un air terrible qui démente a l'avance le* suppositions peu respectueuses que peut faire naître l'exiguilé de sa taille. \"e parlant que de tuer, de briser, de rompn. Déployant, pour prenpre son chapeau, un appareil de vigueur suffisant pour porter une poutre; ouvraui et fer manl les portes avec violence ; jurant chaque fois que le lieu où il se trouve peut rigoureusement le permettre ; se laissant croître au moins tout ce qu'il a de barbe ; en un mot, ue faisant pas un mouvement, n'articulant pas une syllabe qui ne soit une protestation et un manifeste contre les hommes de taille légale, qui ne veuille dire : —Je suis petit, mais fort, mais terrible.
— Je vois, ajouta madame Recbteren, que vous avez observé i'homue et que vous en avez vu tout ce qu'on peut en voir en quelques heures.
l'our peu que i'on ait dans l'esprit de logique et de science d'induction, on devine qu'un homme semblable, s'il arrive par basai d qu'il reçoive une femme quelconque, létale ehei lui, la laisser traîner, en parle à tout le monde, et ajoute à l'indiscrétion un air indiuérent et impertinent qui apprenne à tous que semblables choses lui sont familières, que ce n'est pas par accident qu'une, femme lui écrit ; que bien loin de là, il reçoit tant de lettres de ce genre, qu'il ne sait où il les met et n'a que rarement le temps d'y répondre. Monsieur Walstein se montra fort assidu près d'Hélène ; un jour, la trouvant pâle et souffrante, il lui offrit de la mener faire un lourde promenade au soleil couchant. Hélène hésita d'abord par un sentiment de retenue naturelle ; puis, regardant monsieur Walstein orné de tous ses ridicules, elle pensa que c'était un homme sans conséquence, qui ne prêtait ni à la médisance, ni même, à la calomnie. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pris l'air, elle ne pouvait sortir seule elle accepta.
Dans la préméditation, monsieur Walstein s'était paré comme une châsse ; la crainte de n'être pas aperçu lui donne un grand amour pour ces couleurs éclatantes qui saisissent douloureusement l'œil. Il y avait dans son costume, ainsi que vous avez pu le voir ce soir, au moins toutes les couleurs de Parc-en-ciel.
Hélène se laissa conduire. Monsieur Walstein la mena à la | romenade publique. Ce choix remplissait leurs vues à tous deux. Hélène pensait qu'il n'y a pas de mal dans ce qu'on fait aux veux de tous , et monsieur Wa stein, qu'il ne suffit pas de donner le bras à une belle femme, qu'il faut encore être vu et envié.
Pendant la promena, le, Hélène se laissa aller à la douce el mélancolique influence du soleil couchant, et oubliaut et son cavalier et la foule qui s'occupait beaucoup d'elle, elle repass lit d ins sa mémoire les Iristes circonstances de sa vie, et Noyait avec effroi que de la manière dont se présentait l'avenir, ces jours si funestes déjà écoulés, seraient probablement la belle moitié de sa vie.
Tout-a-coup elle s'aperçut que Walstein l'avait menée dans une 'les allées latérales île la promenade les plus écartées et bs plus sombres : non que le petit homme rival la moindre
ALPHONSE KARK.
audace , mais il n'était pas fâché qu'on l'en crût capable. Hélène se tiAta de rêver ir dans la grande allée ; elle n'avait rien de mystéiieux à dire à son compagnon, ni rien a entendre de lui, et d'ailleurs, elle était assez spirituelle pour comprendre parfaitement que s'écarter ainsi de la foule ce n'est pas se cacher, mais annoncer que l'en ne veut pas être vu. Néanmoins elle ne put empêcher les airs mystérieux de Walstein ; elle rentra fort contrariée.
Les affaires ne se terminaient pas : Walstein lui avança une nouvelle somme imputable tur le paiement de la lettre de crédit
Aux questions que l'on fit à Walstein sur la femme qu'il avait accompagnée, il répondit avec un (00 discret, le plus impertinent qu'il lui fut possible ; au bout de huit jours, il était parfaitement établi qu'Hélène était la mailresse de Walstein, qui ne s'en défendait que bien juste ce qu'il fallait pour donner à la calomnie le degré de consistance qui pouvait lui manquer.
In malin, Walstein vint annoncer à Hélène que son affaire se présentait mal, et que si tout n'était perdu, il y avait au moins à craindre des délais auquel il élait impossible d'assigner un ternie.
Tout en feuilMant devant Hélène les lettres qui lui communiquaient ce fâcheux résultat, il en laissa toaiber une qu'elle trouva après son dép.irt.
Cette leiltre contenait un certain nombre de plaisanteries sur lis amours mystérieux de monsieur Walstein, et sur l'intérêt qu'il portait à la belle veuve
Il y a des lettres qu'un fat seul peut écrire, mais il y a aussi des lettres que l'on n'écrit qu'à un fat.
Hélène se renferma, réfléchit à sa situation et passa le reste du jour à pleurer amèrement. Sa première idée fut de ne plus voir Walstein. Mais elle était sa débitrice d'une somme assez, importante, et sans lui, sans de t.ouveaux secours, elle ne pouvait ni rester ni partir. Elle eut envie de se tuer mais elle pensa à sa jeunesse, à celle part de bonhenr a laquelle chacun croit avoir droit, cl qu'elle avait tout entière à attendre; elle pensa a la solitude de cette mort sans regrets pour personne, et elle s'attendrit sur samallicarcusc destinée.
Enfin elle se détermina à écrire a Walstein.
i Monsieur,
» Je ne vous l'ai pas caché, je n'ai pas d'autre moyen de m'acquitter envers vous que le succès de ma réclamation auprès des autorités de cette ville. Votre intérêt aujourd'hui doit, autant que le mien, vous portera hâter l'issue de mes incertitudes : j'ai reçu de vous déjà la moitié de ma lettre de crédit, je ne ferai pas un nouvel emprunt; je vais prendre un logement plus modeste, diminuer toutes mes dépenses, et avec l'argent qui me reste de votre dernier prêt, je pourrai vivre jusqu'à une solution.
» Je vous ferai connaître la résidence que j'aurai choisie, vous m'obligerez en me faisant savoir par écrit ce qu'il y aura de nouveau; un sentiment de convenance que vous comprendrez facilement m'impose la nécessité de ne recevoir désormais aucune visite. »
M alstein fut de fort mauvaise humeur a la lecture de cette lettre. Il élait amoureux d'Hélène; sa vanité, plus encore que le peu qu'il a de cœur, était intéressée ù la possession d'une femme que lui envieraient les plus beaux cavaliers. Après de longues réflexions, il répondit ■■
" Madame,
» Quelque dur et pénible qu'il me soit de cesser de vous voir, je ne puis qu'approuver l'exquise délicatesse qui dirige toute votre conduite. Je vous avouerai même que quelques aventures dont j'ai été le héros, exilent sur moi nue attention qui peut être dangereuse pour une femme. Vous savez cependant, madame, de combien de respects je vous ai entourée, mais vous êtes la première femme qui m'ayez inspiré des seminietis aussi purs et aussi désintéressés.
» Je vous aime, madame, et si je n'ai pas encore mis à vos
pieds mon cœur, mon nom et ma fortune, c'est ce .que j'ai cru plus convenable d'attendre la fin de votre deuil : cependant il se présente une occasion de terminer en une heure l'affaire si ennuyeuse pour vous rt si heureuse pour moi qui m'a fait vous rencontrer. Le comte "" dont dépendrai sortes d'affaires, s'arrêtera une demi-journée à cinq lieues de Munich : permettez moi de vous présenter à lui.
• Seulement, étrangère, jeune, charmante, votre position éveillera la rigidité du Comte Je ne puis, dans votre intérêt, vous présenter .a lui que sous un litre que je brûle de vous donner et que je vous offre devant Dl u. Si vous acceptez mes propositions, permettez moi de vous présenter comme ma future épouse.
Hélène avait parfaitement icmarqué les nombreux ridicules du petit homme, mais il était riche . c'était un moyen peutêtre unique que lui offrait la Providence de sortie de la cruelle position ou elle l'avait jetée Elle songea qu'ayant perdu un homme quel e aini.nl. un mariage ne pouvait être pour elle qu'une affaire, et qu'aucun autre ni' plairait davantage a son rcrur plein de souvenirs, et que d'ailleurs choisir un homme qui n'avait en lui rien d'agréable, /lait une sorte de fidélité qu'elle gardait à son cher mort. Je ne vous ferai pas le détail de tous les prétextes q l'on se donne à soimême en pareil cas, toujours est-il qu'Hélène accepta.
L« comte promit de s'occuper de l'affaire.
La visite faite, Walstein remercia Hé ène avec ai leur de sa condescendance aux désirs 1rs plus vifs qu'il eùi jamais formés. Maintenant seu'em nt, lui dil-iî, je puis vous avouer les noires calomnies dont vous êtes Pobjet de la pirt des vieilles femmes de Muni h, ennemies acharnée s de tout scandale dont elles ne peuvent plus être les ' ' ussi jaloux que vous-même de. v Ire l. lineur qui doit devenir le mien, je ne pense pas que vous deviez rentrer dans Munich sans être ma femme; il s'écoulera encore quatre mois avant la fin de votre deuil. Allons l'a< tendre dans ww. autre ville. Vous y passerez pour ma femme, et mon nom vous mettra à couvert de toute fâcheuse interprétation.
Hélène lit de nombreuses objections, puis céda encore sur ce poiut, et l'on se mit en route.
Arriva, Wa'stein fut plein d'égards pour la veuve; il prit de nouveaux domestiques pour éviter les indiscrétions des anciens, il h ua une maisou ave : deux appartenons sais aucune communication, puis il mena Hélène au théâtre, dans les promenades, dan- les assemblées. La beauté d'Hélène faisait beaucoup rechercher monsieur <t madame Walslein; ils etaienl de toutes les fêtes, de toutes les réunions ; Hi lène trouvait sa nouvelle situation fort heureuse, Walstein se montrait le pi us respectueux des hommes.
I n jour, ils reçurent une invitation pour la campagne ; le maître rt la mailresse de la maison les envoyèrent prendre dans leur voiture. Le soir, quand il s'agit de retourner à la ville, la cosher vint dire qu'un des chevaux s'é:ait blessé, et qu'on n'en pouvait trouver un autre aux environs. Eh bien ! dit l'hôte à monsieur Wa'stein, vous courberez ici, rien ne vous rappelle a la ville, vous me donnerez enc re la journée de demain, et le soir nous serons- en mesure de vous reconduire convenablement. Walstein accepta. Hélène, un peu embarrassée, ne put cependant refuser une invi'alion m saire.
Elle espérait bien d'ailleurs qu'o i leur donnerait deux chambres séparées. La discrétion ordinaire de Walstein lui garantissait qu'il aurait le soin de faire les choses ainsi, et elle n'osait lui manifester a ce sujet des craintes qui eussent pu faire naître une pensée dangereuse. Elle \it arriver le soir avec une anxiété difficile a peindre. Mais, que de\iul-. quand le maître de la maison, en si ubailant le bonsoir il sou monde, dit à Walstein : — \ ojs connaissez la maison, vous trouverez bien votre chambre.
Hélène devint pâli comme une morte Bl restai -ne tixée au parque t. Pu's i Ile suivit ma liinalem 'iil son in
A la ' la ch imbre, < 1 e s'arrêta et lui • 1 i > : — Mon-
SOLS LES TILLEULS
sieur, c'est une lâche perfidie, je n'entrerai pis dans celte chambre, je passerai plutôt la nuit dans le jardin.
—Chère Hélène, .dit \\ alstein, n'ai-je pas tonj rars été pour vous soumis et respectueux, vous ai-je donné le droit de me manifester la moindre défiance? J'aw.is demandé deux chambres; la maison est petite et il y a beaucoup de monde, on n'a pu me les il mner, mais mon respect vous tiendra plus à l'abri qu'aucune porte de chêne.
Hélène allait répondre, mais on entendu îles pas dans le corridor, w alstein la poussa dans la chambre. Quand ils furent entrés, il prot sta encore d > son respect, puis il s'enveloppa de son manteau et s'arrangea de son mieux dans un grand fauteuil.
Je ne sais si la crainte peimil à Hélène de dormir. Elle repassait dans sou esprit par quelles transitions elle était arrivée à une situation aussi bizarre, et comment chaque pas avait rendu le suivant inévitable.
Peut être par une autre raison Walstein ne dormit-il pas non plus.
Le lendemain, Hélène l'ut un peu honteuse au déjeuner. Dans la journée on projeta une promenade en bateau pour le lendemai.i, Pt il fut convenu qu'on resterait encore cette nuit-là. Hélène, rassurée sur le compte de Wâlstcin, ne lit. aucune représentation.
Le soir, comme la ville, Wâlstcin fit son lit dans un fauteuil, mais à peine. Hélène fut-elle couchée, qn'il se leva et se promena dans la chambre à grands pas. Puis il lui demanda si elle dormait. — Et comment dormirais-je, reprit Hélène, au bruit que vous faites en mari liant?
— C'est dans six semaines que nous pourrons nous marier, chère Hélène, dit-il. — Je serai bien heureuse, dit Hélène, de voir la lin d'une situation aussi embarrassante que la mienne. — Et moi, dit Walstein, il est temps que je voie finir le tourment de n'être votre mari que le jour.
11 prit un fauteuil et s'assit auprès du lit.
— Puisque vous ne, dormez pas, causons.
Et il lui parla de la vie qu'ils mèneraient quand ils seraient mariés. A ce tableau de bonheur conjugal, Hélè. e s'endormit profondément. Mais elle ne tarda pas à se réveiller en poussant un cri.
— Au nom du ciel, Hélène, dit Walstein, ne vôps perdez pas, que penserait-on de vos cris, après qu'au su de tout le monde vous avez déjà, dans cette maison, passé une nuit avec nid, et que celle-ci est plus d'à moitié écoulée?
— Tout m'est égal, dit Ile eue, j'aime mieux passer pour voire maîtresse que de l'être réellement; je vais ciier, appeler.
— Ne sommes-nous pas époux? dit Walstein; les quelques jours qui nous séparent ne nous empêchent pas d'é.re unis par noire consentement mutuel.
— N'importe, je n'écoute rien, aile? vous en fil j'appelle.
— Et moi alors, dit \\ alstein, je serai force de dire que ce n'est qu'un caprice, que ce caprice ne s'i st pas manifesté hier ni bs jours précédens,
— Mon Dieu ! mon tJieu ! dit Hélène, je suis perdue !
— Non, chère Hélène, dit \\ alstein, vous êtes ma femme, mon épouse chérie ; et nom amour et mon honneur vous sont garans qu'aussitôt votre deuil lini, nous ratifierons devant les hommes une union jurée devant Dieu.
Ile eue pleura, supplia, se. fâcha. \\ alstein répondit par des protestations; Hélène céda; elle étail si compromise que si la vérité était connue, personne ne lui tiendrait c mpte de sa résistance, et tout le monde l'accablerait de mépris peur ce qu'elle avait permis auparavant et qui seaJ avait amené la nécessité de cette résistance.
Les jours suivans, elle s'accoutuma à l'idée qu'elle était la femme de Walstein, et elle comment . a considérer sa honte i smme on devoir.
Mais quand les six semaines furent écoulées, Walstein retarda le maria-' sous divers prétextes; tantôt il attendait des ps.vers, pois h nn en tentent d'un vieil on. le. puisses affairt^ke rappelèrent impérieusement a Munich; là, il présenta Hélène encore comme sa femme, et dit qu'il l'avait épou sée dans la ville qu'il venait de quitter.
La malheureuse Hélène passait les jours et les nuits à pleurer.
I n jour Walstein vint lui dire : — Mon ov.ele, dont dépend une partie de ma fortune, refuse son consentement, il est vieux et malade, nous ne pourrons nous marier qu'à sa mort. Il ne apprit peu de temps après que Walstein n avait aucun oncle vivant ', elle comprit alors l'étendue de son malheur; cil' s'y résigna pour n'en rien laisser deviner, mais elle annonça à Walst in qu'elle ne serait plus sa femme qu'aux yeux du monde, et quoi que pût Faire le petit homme, elle tint opiniâtrement sa résolution. On ne tarda pas à concevoir des doutes sur la realité de son mariage; d'autant que \\ alstein ne pouvait se priver longtemps ilu plaisir de se parer d'une scélératesse au-dessus de sa tail e, et qu'il ne déni iiit les médisances qu'avec de perfides restrictions. Ilelène vit sans chagrin qu'on ne l'engageait plus nulle part, elle ne désirait que la solitude et la retraite; un regard lui semblaitun reproche et une insulte, ei elle ne se pouvait pardonner à elle même un égarement qui n'avait pas l'amour pour excuse et pour cause.
Walstein ne larda pas a s'ennuyer de cette solitude, il lui fallait le monde, il avait besoin de spectateurs; il ne pouvait se passer d'étaler magn fiquement toutes les qualités qu'il n'avait pas.
II se trouva un jour au théâtre; il était arrivé tard, et il fut obligé avec quelques autres personnes de se tenir debout. Malheureusement il y avait devant Walstein un homme d'une taille ass /. haute qui l'empêchait de voir le théâtre, et le rendait entièrement étranger à ce qui se passait sur la scène. Le voisin d- Walstein s', n aperçut, ci lui dit poliment : —Voulez-vous passer devant moi?
Walstein répondit sèchement qu'il voyait parfaitement bien.
A dire le vrai, il n'avait encore vu que le dos de son obligeant voisin, mais cette condescendance, cette quasipitié pour sa taille lui semblait insultante. A l'acte suivant, il s'était l'ail un reflux parmi les spectateurs, et W'ulstein se trouva devant à son toar. — Monsieur, lui dit le voisin qui lui avait déjà parlé, obligez-moi d'oter votre chapeau, je ne vois absolument rien.
Deux personnes se retournèrent, et sourirent envoyant que le. chapeau du petit homme n'allait pas au menton de celui qui s'en prétendait si fort empêché. Walstein, enchanté ;'; r quelqu'un, heureux de se trouver t:n obstacle à quelque chose, se confondit en excuses, ota son chapeau, et à plusieurs reprises offrit à monsieur Stepben sa lorgnette et un journal qu'il lisait p ndaal les entr'actes.
Depuis ce jour, quand il le rencontrait, il le saluait avec le sourire le plus gracieux qu'il lui était possible; si l'endroit où la rencontre avait lieu était fréquenté, il y avait dans son sourire quelque chose de plus familier. Il était si heureux d'être l'ami d'un homme de rjrande taille"! On jour quelqu'un dit à Stephen : — Est-ce que vous connaissez monsieur w alstein?— Non, reprit-il.— Tant pis pour vous, sa femme est fort belle. Comme on achevait ces paroles, Walstein, qui faisait un second tour sur la pron.enade. lit un salut de la main à Stephen, qui ci lie luis le lui r use-
nient, que Walstein s'arrêta, et vint lui demander des nouvelles de sa santé. Pour lui, il avait monté a cheval et fait des armes le malin. Cependant il n'était '■'■<• le moins du
monde, il avait des muscles si puissans, une organisation si robuste. En quittant Stephen. il lui tendit la main; Stephen avança la sienne. Le lendemain, une carte de Walstein lut remise à Stephen qui envoya la sienne en change.
In matin, le petit homme vint inviter son ami i un diner qu'il donnait quelques jours après. Stephen accepta il fut présenté a madame Walstein. Celle ci connaissait d'ava . i s ms vu. n monsieur Stephen et les bizarres aven-
tures qu'on lui prête Le moins que puisse rapporter un
: mrs heurenx ai w. omnium - ; : il n d'ailleurs a sut e\ isage une mi lancolie naturelle, une froideur et \\w sévérité qui donnent beaucoup d'inlérétau rare sourire qui i quefbis effleurer ses
lèvres-, sans cire plus spirituel qu'un autre, il a soin de ne
ALPHONSE KARK.
dire que ce < ] u i lui arrive de spirituel ; il lui % ient à l'esprit autant de sottises qu'aux autres, mais il les garde el m,' dit rien quaud il n'a rien a dire, il ne s't las auprès
des femmes; d'ailleurs, pris d'une passion qui absorbe sa vie, il apporte toujours dans une lutte de coquetterie un sang-iroid. un tact, une, justesse de coup d'oeil, i|ue son adversaire, qui n'a i as le infime préservatif ne peu! y mettre de son côté.
— En un mol, chère tante, vous voulez expliquer comment Stephen plut à Hélène. Mais plaît-on pour quelque chose? On pla.i parce qu'on plaii. et je crois que les autres rau6es qu'on en produit ne sont imaginées qu'après coup.
■ L'amour que l'on éprouve est tout dans la personne qui einie : la personne aimée n'est que le prétexte. »
— Vous avez raison Jusqu'à un certain point, dit madame liechleren. mais il l'aut laisser chaque femme admettre une exception. Toujours est-il que, par une influence secrète, magnétique, inexplicable, les yeux de Stephen et ceux d'Hélène s'étaient rencontrés, et Hélène avait senti une pression de cœur ; elle avait voulu éviter ce regard qui la fascinait, et ses yeux n'avaient puni se baisser, ni se détourner.
Stephen it Walstein se rencontraient quelquefois. Walsii in venait toujours bu de battre un charretier, ou de bien arranger un gaillard de cinq pieds huit pouces, ou de dire son fait à un spadassin. S'il sortait le soir d'une maison, il e Taisait donner avec son manteau des pistolets qu'il avait apportés. — Et par quelle forêt passez-vous, lui dit un soir Stephen à la sortie du théâtre, que vous avez bes un d'une semblable artillerie? La famille des Wa'stèin est-elle une nouvelle race de Guelfes contre laquelle s'acharne sans relâche une race de Gibelins ?
« Etes-vous impliqué dans quelque conspiration contre le prince? Allez-vous seul reculer nos frontières del'aulre côté du Rhin ? »
Walstein prit un air mystérieux, el d'une voix basse et bruyante à la fois que possèdent certaines gens qui veulent paraître cacher ce qu'ils brûlent de faire savoir à l'univers, il cria tout bas à Stephen : —Non, c'est une femme !
Il y avait dans la prononciation du mot femme un merve.il leux mélange de toutes les prétentions de Walstein : le mépris pour un sexe faible; le peu de prix que l'habitude donnait pour lui a ces sortes d'aventures; l'emphase destinée à dire que la femme élail jeune, belle, riche, élégante, et une foule d'autres choses qu'exprimait le plus clairement du monde l'aspiration de Walstein, aspiration que nous ije renions qu'à moitié eu écrivant le mol de cette manière ; pkâme.
— C'est à la campagne, je ne reviens que dans deux jours.
Le lendemain, Stephen s'empressa d'aller lui faire une visite chez lui; il ne trouva qu'Hélène; tous deux, après les premiers coinplimens d'usage, s'aperçurent qu'ils n'avaient absolument rien à se dire que ce qu'ils ne pouvaient pas se dire; ils ne pouvaient continuer la conversation muette qu'avaient eu leurs regards. Ils ne pouvaient non plus rester dans l'indifférence d'un dialogue ordinaire. Chacun à son tour cependant cherchait ;i soutenir une conversation générale, mais 01 pouvait empêcher les intervalles de silence;
il vint un moment où leurs regards se rencontrèrent encore comme la première fois qu'ils s'étaient vus ; Hélène pâlit et mil la main devant ses yeux, puis tout -à-coup elle se leva, et d'une voix faiblement accentuée, elle dit : — Venez, emnr nez-moi d'ici, conduisez-moi hors de la ville, dans un endroit on y ail de l'air et de" ces beaux arbres que vous disiez, l'autre jour que vous aimiez. Stephen la regarda avec
clc emenl : elle a\ lit t un gra id cl i c • I un chapeau.
il eiiéii sans répondre, 1 1 une voiture les condi \>\t non loin rf'i i. dans une charmante habitation qui apparlienl a Stephen. On n'cntendail d'autre bruil que le coassemenl des grenouilles sous l»s i:é uphars. La lune, cai dés
nuages auxquels elle donnait n te frange d'argeni répandait une lueur, mais pas de lundi e.
Hélène, oppressée, corn mi pirer p'u librcmenl
- Ecouta moi, èi elle -à Siephen, peut-être dans deux heures, peut-être dans deun jou s, peut-être dans deux mois,
vous m'auriez dit : — Je vous aie e ; j'aurais pu attendre et
vous faire au ndre deux mois encore | r rodre
que ne aussi moi. Si la vertu tsi une négation,
i i il il consister a ne pat faire le mal, mais noua le faire un peu pois tàrJ ; vous m'aimez et j. vous aime je ne Bais quelle puissance vous i errez sur moi, mais du jour où je vous ai i u pour la pn mil . e Fois, je suis à vous.
Elle fui i|uelque temps sans parler, puis se frappant le fronl des deux mains, elle dit: —Mou Dieu, que peui il penser'.' Ecoulez, ajouta-t-elle, ne me croyez pas une femme légère, frivole, une femme qui ferait pour un autre ce que je fais pour vous: Itoveuirvous apprendra que c'est toute ma vie que je vous donne; vous saurez demain le myst're qui n:< tait agir ainsi.
lit comme la lune, sur le bord des nuage-, répandait une lumière plus vive, elle loniemplait Stephen -, elle aspirait avec avidité les parfums incertains répandus dans l'air regardai) la verdure et le feui rbres. fuis ses yeux
se reportaient sur Stephen...
— Voilà, dit Ludwfg, une charmante situation.
l'.n ce moment, la iune au bord d'un nuage éclairait un peu plus le paysage; i se mît a aspirer les vagues pati
delà nuit, et ajouta :
(.'était une nuit comme celle ci.
Madame tlecblercn repril son récit.
— Vous me permeltr i de ne pas entrer dans de grands de! dis sur les transports de- amans.
— Je vous en di , anse d'autant plus volontiers, dit Ludque jamais je ne les ai si bien compris qu'en ce moment.
— Hortense est bien capable de les inspirer, dit madama Rechteren.
— Hortense! reprit Ludwig; ah I diable! je ne pensais pns à Hortense.
Madame Rechteren ouvrit la bouche pour dire : — El a quoi donc pensez vous? mais elle prévit si bien :a réponse, qu'elle ne lit pas la question.
HélènY se leva brusquement, lendit la main à Stephen, le regarda meore, jeta un coup d'oeil sur le cie', sur les arbres qui les entouraient ; ses yeux s'arrêtèrent une, dernière fois sur Stephen, el elle lui dit :
— Adieu, ne me suivez pas. Puis elle partit, remonta en voiture et se lit conduire chez elle.
Stephen resta écrasé. Hélène n'est pas une femme facile, se disail-ii; il y a quelque chose d inintelligible dans sa manière d'agir avec moi. i ne Femme, quelque légère, quelque facile qu'elle fut, ferait quelques simagrées que celle ci n'a point faites.
Le lendi main il reçut la lettre suivante :
« Stephen, je vous aime. Vous êtes le seul amour de ma vie. Je n'aimerai jamais que vous. Ma vie est finie, vous avez le droit de savoir les causes de ma conduite plus quebizarn»; les voici : du moment où je vous ai vu, je vous :.i aime-, j'avais toujours ri de ces passions subites dont parlent les poètes, cela s'esl réalisé pour moi: Il m'a semblé d'abord que cet amour m'ouvrait un nouvel horizon Puis, j- ne sais par quelles transitions, i';.i pensé à ma situation. J'ai réfléchi qu'il ne suffisait pas de vous aimer, qu'il fêlait encore éirv aimée de vous, el que l'amour, dans un bœnr comme le vôtre, devait être un .-i noble sentiment, que la femme qui l'inspirerait était une feu e pur el sans tache, Mon Di ulm'éci iai-je en mon cœur, il ne sail pas encore ce que je suis, mais demaio, ce soir peut-être, on l'instiuirt. I. me prend pour une l, mine bo néie, il saura que je ne suis que la maîtresse oc l'Ii mine qu'il oroil mon mari.
El je vis alors s'e lacer comme une ombre tout ce bonheur dont vous m'inspii iez le rêve, t'.'esi ; lors que je compris loule l'étendue de mon m ilheur ■ t de ma honte, i n voyant loul ce que je perdaii de bonbi i Èlrt ni!
ts fûtes quelques i urssans revenir. Il sa;t loul, me dis-je, et je me mis .1 pleurer, puis :-. > : er à vous comme à un lève fugitif et in. Que il vl --je quand je vous
revis, quaud je resseï lis encore la même impression de ce mène regard qui m'avait de, a si forl troublée! Ah! dis-je,
SOLS LES TILLELLS.
iljie sait rien, il m'aime' Mais ma joie tut de courte durée,
je pensai bientôt que ce bonheur i e re leraiî que le temps
tle le perdre, et que la première rencontre, la première question amenée par le hasard voua apprendrait mon sort; et dans ces momens de silence où nous nous isolions ! un . e l'autre pour penser l'un à l'autre plus librement, je contemplai tout ee bonheur eue je n'aurais pas; j'envisageai avec désespoir ce regret qui ne suivait pas. mais qui précédait celte félicité. Mou Dieul dis je, un moment aimée de lui et que je meure. Puis il vint une subite inspiration : ee moment, je l'aurai aujourd'hui, demain peut-être il ne serait plus temps : et je vous emmenai. J'ai eu deux heures d'un honhe r dont je mécontente pour la paît de toute ma vie. .le voulais mourir, me tuer, je n'en ai pas eu le courage, et puis j'ai trouvé quelque chose de doux à me souvenir pendant toute ma vie de ces deux heures.
» Vous ne me reverrez jamais, je ne gâterai pas ces deux heures si belles. Nous ne pouvez plus m'aimer, maintenant que vous savez tout. — Adieu. »
— Elle a raison, dit Stephen, il ne Tant pas gâter ces deux heures. Même dans une vie en proie à un autre amour, elles ont été belles et enivrantes; je ne la reverrai pas, quelque tentation que j'en puisse avoir; je ne la reverrai pas, malgré la régularité et la noblesse de son visage, malgré la souplesse de sa taille, malgré ses beaux cheveux ; je ne la reverrai pas, malgré le l'eu de ses regards, malgré son amour.
Et Slephen lit une si longue et une si riche énumération des choses malgré lesqitellts il ne reverrait pas Hélène, qu'il ne pensa plus qu'à la revoir.
— Et il fil bien, dit Ludwig.
— Et îl lit mal, dit madame Recbteren.
— Pourquoi, reprit Ludwig, se faire toujours une vie de lutte et de fatigue, accepter la peine sous le nom du devoir, et repousser le plaisir sous le nom de crime? Tout sentiment vrai qui traverse le cœur est légitime.
—Pourquoi, reprit madame Rechteren, quand on a savouré un délicieux breuvage, délayer le fond de la coupe avec de l'eau pour en tirer une boisson insipide qni ne rappelle la premier,' que pour la faire regretter et en gâter même le souvenir?
— Chère tante, dit Ludwig, vous avez le cœur on ne peut plus spirituel.
— Le petit Walstein rc contra un matin votre ami Slephen. VVaistein était fort heureux, il venait de s'a croeber aune des choses sérieuses de la vie II avait un procès, on lui envoyait des assignations comme au premier venu. Il ne sortait pins .-a:, s un portefeuille plein de papiers timbrés, il en étalait dans son salon, il disait mon procès, m rsadi
met juges, mon avocat.
Au milieu de sa joie, il dit à Stephen : — A propos, il y a chez moi un grand changement, ma femme esl à laota-
Walslein avait encore une manière toute particulière de prononcer le mot femme en parlant d'Ile cne : l'expression de sa ligure et de sa voix disait parfaitement : Je suis un séducteur, un scélérat, je dis ma femme par respect humain, mais Hélène n'est pas ma femme; je l'ai séduite, trompée. je suis un homme petit il est vrai, mais horriblement dangereux et entraînant pour les femmes, un tyran féroce/
— Il lui a pris subitement, ajouta-t il, une profonde horreur du séjour de la ville; elle est à cinq lieues d'ici dans une charmante habitation, et j'y vais quelquefois le soir; cela me donne une occasion démonter 9 cheval; je vais partir dans une heure, vous devriez m'aeeompagner un bout de i hemin. stephen accepta avec empressement.
Walstein aurait pris pour un aveu humilhnt, pour une honteuse concession, de prendre un cheval de petite taille, et il se perchait sur un énorme animal dont la comparaison le rendait encore plus petit-, par une foule de raisons qu'en qualité de femme je ne suis pas forcée de connaître, ce grai d cheva ; tir Walstein beaucoup plus difficile à conduire qu'un autre. Dans nue lutte qui ne se serait pas terminée à son avantage sans l'intervention de stephen. il perdit sa cravache et Stephen lui prêta la sienne.
— Ma loi, mon cher ami, dit le lendemain Walstein, j'ai eu beaucoup île peines vous rapporter votre cravache ; femme\& trouvait -i Julie qu'elle voulait absolument la garder.
— Perm II -la 'ni envoyer, mon cher Walsti in.
— Très volontiers, voici son adresse; c'est du reste très facile à reconnaître ; une maison grise, un jardin dont le mur est couvert de giroflées.
— Y allez-vous aujourd'hui?
— Je ne: sais; je vous le dirai après diner.
Après dîner, il lui dit :— Je n'irai à la campagne ni aujourd'hui, ni demain; sans cela je me serais chargé de votre hommage.
Stephen monla a cheval et partit ; il sefit annoncer et trouva Hélène seule.
— Slephen, lui dit-elle, pourquoi venez vous ici ? pourquoi troubler mon repos? le souvenir de deux heures suflit à n 111plir ma vie, je me suis éloignée de toute distraction, et Hélène se mit a déduire toutes les excellentes raisons qu'avait Stephi n de ne pas ve ir; et Stephen répondit n'importe quoi, et Hélène fut persuadée et convaincue. De sorte qu'ils ne se séparèrent que le lendemain. De ce jour, Stephen s'assurait si Walstein allait à la campagne; quand il re.-tait à la villi Stephen montait à cheval, arrivait pies d'Hélène a minuit et repartaU le lendemain avant le jour.
Il y eut en ce,lemps-la une sorte de conspiration politique dont on rechercha soigneusement les complices. Walstein, qui n'y était pour rien, ne manqua pas l'occasion de paraître être quelque chose dans une affaire extrêmement grave. Il coupa ses énormes favoris, et annonça à tout le monde que c'était pour ne pas èlre reconnu et dépister la police qui était à ses trousses,
11 ne s'arrêlail qu'un moment ave, celles de ses connaissauces qu'il renc et, ait dans la me ou dan; un endroit public. — Je me cache, leur disait-il, toutes! découvert, Quclquefois il se livrait à d.-s épam liemens plus intimes ' \ • n'avons pas réussi, il faut attendre une meilleure occasion.
Il ne couchait pas chez lui dans la crainte d'être arrêté : — On veut en lii.ir avec moi, disait -il, nous avons été trahis. Il lit si bien, ii se cacha si bruyamment, qu'on crut un peu plus qu'il ne voulait a sa complicité et a se» forfaits, et il lui fui enjoint de se pendre à la résidence j our expliqi er h s i>i/ u ■ relies d • sa conluite. Cela n'eut d'autre résultat pour lui qu'un voyaj sde quelques jou s dont Stephen prolila i aller s'elahlir pus d Hélène.
lu maiiu, i, in' crut pas astreindre à ses habi-
tudes matinales et Hélène le reconduisit comme de coutume à travei s le jardin.
Le soleil e tmmençail à traverser le feuillage d s arbres de ses premiers rayons. L'herbe <i le- fleurs étaient couvertes de rosée. Les di u\ amans s'arrêtèrent pour respirer ensemble cet air frais et parfumé; ils se regardèrent. C'était la première fo>s qu'ils se voyaient le jour. Hélène vit que Stephen avait les cheveuxmoins noirs qu'elle l'avait cru. Stephen aperçut des lâches de rousseur qui ne paraissent pas à la lumière.
Certes, Hélène n'eut pas cessé d'aimer stephen. parce que la nuance de ses cheveux n'était pas précisément telle qu'elle l'avait pensé;
Slephen n'eût pas cessé de voir Hélène, pour quelques lâches de rousseur, petit inconvénient qui lonstale par compensation la finesse et la délicatesse de la peau ; mais chacun des deux comprit que le petit désappointement qu'il avait ressenti avait été également éprouvé par l'autre, et, sans être fâché de la découverte qu'il la sait, chacun était mécontent d'être l'objet dune découverte analogue, et d'avoir produit un moment une défavorable impression.
Toujours est-il que Stephen, au lieu de revenir le lendemain, écrivit à n i. en- [es lettres devinrent rares, pufa furent supprimi es cl i s ne se sont jamais revus.
— Eu effet, dil I ttdvi I mieux fait de ne pas termim r d'une façon aussi vulgait e une aventure pleine d'un tel,;, que. Pourquoi trder dans sa vie ann sorte de rêve qui se détache de la vie réelle parce qu'il n'a
ALPHONSE KaP.T.
ni commènci menl ni fin. parce qu'il ne lit ni par aucun fil à rien du reste de la vie?
Les femmes ont toujours une marche lixe dans les affaires du cfpur qui ne perm*l jamais ni d'abréger, ni de n:odiiïer les préliminaires; une rupture à s comme le com-
mencement d'une liaison ; chaque mot doit arriver on suii exactement la ca\ i
selle de Scudéri II fal ail s'arrêter au village de petits soins pour arriver au bourg l'inclination sur est me; de II on pa sait à mots galant; ï't lape suivante était aveu timide, etc., etc. Si une femme aime, elle esi à l'homme qu'< Ile aime ; si plien'aimi >l trop de souffrir les soins et les assi-
duités.
i ren inti i rom| il i. ; Iwig : — Avez vous remarqué une j ii 1res jeune ci excessivemi ni gaie qui n'a pas manqué une conlri
— Oli! pour celle-là, (lit ' ge que vous n'au-
rez.a dire coni réelle que des calomnies, elle i i trop irop gaie, trop Insouciante; il ne peui y avoir eu jamais rien de séiieux dans ta vie.
HISTOinr. VV. IV jr.lNF FEMME SI I : M T. , SI INSOUCIANTE, QTJ'TL NE PEUT V WOIlt EU JAMAIS BIEN DE SÉRIEUX
I1ANS sv \ir.
Il y avait (Lus un faubourg de la ville, une grande maison divisée entre plusieurs locataires.
Dans la cour étaient di s escaliers; l'un spacieux, en forme de perron, conduisait aux appartenons; l'autre humide, étroit, tout ver! de mousse et de quelques herbes étiolées, îunntaH ai x jardins.
Lesjard ns, au nombre de six, se composa ienl d'un terrain assez vaste, sa; s contredit, pour en faire un • M icre
grandeur. Chaque jardin était entouré d'u li 'trois
pieds de haut, muraille peu sûre, sorte de dieu Tenue, impuissant n e. mais resaei te par tous, parce que la peine du talL'ii élaii trop imminente pair h s infracleurs, et que d'ailleurs chacun, tout en reculant les bornes rft la vertu ou de la bonne foi d'une manière tout-à-fait arbitraire et incertaine, s'impos dani des limites quelles qu'elles soient Tel homme mi pitié toute propriété non close, t'ai', des bouquets avec les Heurs et des canni s avi ! isiers, qui sera arrêté par an brin de fil •tendu en travers; telle femme a sans scrupule un amant, qui méprise celle qui en a deux, et se croirai; déshonorée s'L lui arrivai! un semblable malheur; tandis que celle qui a deux amans ne parle pas à celle qui en aurait trois.
Cinq de ces jardins appartenaient aux cinq logemens dont se composait la maison; le sixième, par droit de tolérance ou de conquête, était devenu la propriété du concierge; mais il arriva un jour qu'un des logemens fut divisé tn deux, et qu'un sixième jardin devenant nécessaire, le concierge fut obligé d'abandonner le sien; ce qu'il fit de la plus mauvaise grâce du monde, non sans se plaindre amèrement de la tyrannie et de l'ingratitude du propriétaire.
On avait, autant que possible, réparti également entre les jardins, les quelques arbres dits à fruits que le hasard avait disséminés sur le terrain, des abricotiers qui donnaient des feailles, des cerisiers qui se couvraient de cerises qui n'avaient jamais dépassé la grosseur d'un noyau, attendu que les moineaux et les rossignols des jardi ... raient de
primeur,.! des pruniers qui produisaient des chenilles, l.e concierge, qui se laissai! appeler le pue Lorrain, exigea du preneur de son jardin une somme de q s pour lui
abandonner la récoltt de son prunier, à laquelle il avait disait-il, des droits inattaquables. Puis i! s'occupa des soins paternels à donner aux plantes dont .1 a\ait enrichi son parterre, il en vendit la plus grande partie aux locataires qui les lui avaient données. Puis il avisa qu'une allée qui divisait les jardins par Ireis de chaque i ôlé, que l'on appelait
commune et à laquelle on ava Irois pieds de
.r, n'avait pas besoin de singer ainsi le Palais-Royal, rail fort suiiisanle avec une largeur de deux pieds et demi. B'aillenrs, il avait pu se résigner à se sépan r de ses fleurs, parce que les Deurs étaient un objet de igré-
- il n'en était pas de même du persil, du i erfeuille, de a petit ■ chic petits m ;i
remarquable oseille à feuilles rondes attendu qu taux étaiei.! des nécessi es du ménage et de la table du coni. Il prit donc un demi-pied sur la largeur de l'allée commune, bêcha et fuma ses terres qui ne ressemblaient pas mal a celle que les Hollandais ont conquise sur la mer. Puis il les garantit d'un pied distrait ou malveillint par une paiissade (ie huit on dix pouces de hauteur-, ensuite il sema les radis roses devant le jardin du premier, le peisil di vaut le jardin du second, et la préclasse oseille a feuille rondes it le jardin du quatrième.
Il est bon de dire ce qu'était le père Lorrain, après avoir dit cependant ce qu'était son oseil e : «Ue oseille n'a été classée que depuis peu d'aï o es :ous le nom dotéUU a feuilles claquées. \ oiei ce qu'i il pei cur fran-
çais, monsieui Ile a feuilles cloquées est
une. très belle race encore peu répandue. •
Trente ans aupara ; à la ville deuxamis,
(/air t>oi/s, dans l'intention de s'y mettre au service. Ainsi qu'il arrive .ie la plupart des résolutions humaines, Lorrain élair devenu maitre chapelier, et son pays Robert marchand devin. Puis Hubert s'était enrichi et avait fait construire la maison ; puis Li rrain avait fait de mauvaises affaires et était devenu concierge de Robert.
Robert s'était trouvé tr'semban. ; l< monde s'é-
tait soumis au respect que l'on devait à sa tontine, excepté Lorrain, qui affectai! pour lui une amitié beaucoup plus vive et beaucoup plus familière surtout qu'elle n'avait jamais existé entre i u>. auparavant. Robert avait cessé de tutoyer lorrain, mais Lorrain n'avait pas cessé de tutoyer Robert. Celuici avait été jusqu'à di.e : Monsieui Lorrain; mais quand il lui an ivait de dire : « Monsieur Lorrain, obliges-moi de me tirer le cordon' s'il vous plaît, » Lorrain lépondait : « Enchanté de faire quelque chose qui te soit agréable. »
— Monsieur Lorrain, vous me ferez le plaisir de dire que je n'y suis pas.
— Tu peux être tranquille, personnelle montera.
Il y avait dans l'empressement même de Lorrain quelque chose qui voulait dire qu'il était domestique par amitié et portier par dévouaient.
tes façons de monsieur Lorrain n'avaient pas tardé à rendre moins respectueux les domestiques de Robert, qui avait soin de les chasser, mais voyait avec désespoir leurs successeurs tombi r ilans les mêmes erreme
Vingt foi - Robi ri eut envie de i uasser Lorrain. Mais pourquoi? sous quel prétexte? Lorrain était excellent concierge, il n'était que familier et amical, et d'ailleurs, on ne pouvait mettre un pays, u i ancien camarade sur le pave.
I 11 jour cependant que Robert avait du monde à dîner, Lorrain vint sans façon au dessert, prit une chaise, s'empara d'une demi-tasse de café.
Le lendemain, Robert lui dit • ■ Monsieur Lorrain, mettez, je vous prie, l'écriteau pour mon logement, je vais aller demi tnvi sut lé boulevard. Vous serez ici mou homme de confiance. Vous louerez, vous recevrez les h ; di uni rai les quittances, etc. De x mois après. Robert quitta la maison. Lorrain se trouva d'abord un peu isolé, nias il se mit à lire, puis il lit l'important à loisir, ne dit pins que nous, et n'eut plus rien à regretter quand il eut iniariné un moyen de léer la i ie qu'il avait perdue de tutoyer le propriétaire di vaut tout le monde.
Entre les locataires qui habitaient alors la maison, il fallait remarquer celui du premier 1 1 ceux du quatrième.
Celui du premier était un monsieur inconnu qui avait loué . emenl récemment.
Du reste, il disait étudier le droit, et se faisait appeler monsieur Hubert.
Madame A..., la locataire du quatrième, dont le mari étali
ALPHONSE KÀRR.
en voyage, avait deux filles : la plus jeune jouait a la pou- ! pée, l'aînée avait quitté la poupée et ne l'avait encore remplacée par rien.
Elle passait bien déjà un peu plus de temps à lisser ses j cheveux bruns; elle n'allait plus au jardin sans gants pour [ ne pas hAler ses main-. Mais tout cela ss faisait par inMiiict; elle ne cherchait à être belle que pour êire belle.
L'inconnu, qui se faisait appeler Hubert, et que rien ne vous empêehe d'appeler Stephen...
— Encore Siephen? ditLudwig.
— Encore Siephen! dit la laute.
L'inconnu était un matin au jardin. Les abeilles bourdonnaient autour des (leurs, desquelles elles sortaient toutes jaunes d'un pollen odorant; le soleil colorait l'herbe et les fleurs d'un reflet de vie et de bonheur. Le doux murmure du vent dans les feuilles, le bourdonnement des abeilles, les parfums d«s fleurs, tout semblait une céleste harmonie, une hymne qui montait au ciel en s'exhalant de la terre comme une dime volontaire de loute la création offerte au Créateur. Le vent, les oiseaux et les abeilles se mêlaient pour chanter hosanna; les fleurs, comme des catsoletles de topazes, d'émeraudes, de rubis, confiaient au soleil leurs plus douces senteurs.
L'homme alors sent un vague besoin de mêler une voix à ce saint concert, de joindre à cet holocauste ce qu'il y a en lui de plus noble, de plus pur, de plus digne du ciel. C'est alors que son Ame s'exhale en pensées, en rêves d'amour, en élans impuissans vers une insaisissable félicité; c'est alors qu'il semble se souvenir du ciel, et qu'il se rappelle quelques noies sans suite et sans liaison des chants des séraphins et des archanges.
Louise entra au jardin et traversa Vallée commune.
11 sembla a Hubert que ces douces senteurs prinlanières s'exhalaient de ses cheveux, que le frottement de sa robe et le bruit léger de ses pas sur le sable de l'allée, étaient mille fois plus doux que les harmonies qui lui avaient lant troublé le cœur.
La longue robe de Louise s'accrocha aux palissa les qui protégeaient les usurpations de monsieur Lorrain. Hubert s'élança pour la dégager, puis il s'arrêta saisi d'un mystérieux respect; Louise, qui était devenue plus rouge qu'une rose de Provins, leva sur lui un doux regard de remerciaient.
Le lendemain, quand monsieur Lorrain vint voir les progrès de son oseille à feuilles rondes, il vit sa palissade eule vée et sa propriété sous la seule protection de la bonne foi humaine 1 1 du dieu des jardins.
Après de longues et de mûres méditations, monsieur Lorrain décida dans son esprit que le coupab'e ne devait être que Hubert, et il passa une partie de la nuit à chercher les moyens les plus adroits, les ruses les plus fallacieuses pour amener seui ennemi a avouer son crime; et quand, le lendemain, il vit Hubert mouler au jardin, il le suivit de près, l'aborda d'un Ion tout amical, lui offrit du tabac et lui dit :
— Le vent tourne an nord-est, el j'ai de sérieuses inquiétudes pour mes pois de primeurs.
— A propos, père Lorrain, dit Hubert, j'ai arraché vos palissades.
Monsieur Lorrain, qui n'es,érait obtenir cet aveu qu'après de longs ambages, fut un peu aliéné, et eul besoin de laisser écouler quelques secondes avant de dire :
— Et pourquoi avez-vous arraché nies palissades ?
— Parce qu'elles gênaient le passage el ne servaient qu'à accrocher et déchirer les robes.
— Monsieur, dit monsieur Lorrain, les personnes dont les robes étaient déchirées n'avaienl qu'à se plaindre, cl comme, à coup sûr, ce n'est pas voire robe qui a été déchirée, cela ne vous regardait en aucune façon; vous trouverez bon que je les rétablisse.
— Et vous ne trouverez pas mauvais que je les a: raehe de: nouveau.
- Mais, monsieur, dilt s-moi donc une fois ce que vous ont aflt mes malheureuses palissades, quelle robe oni-elles déchirée?
Hubert ouvrit la bouche el la referma sans dire une parole; il ne voulut pas prononcer le nom de mademoiselle A...; il tourna le dos au concierge et continua à se promener dans l'allée commune; puis machinalement il s'arrêta devant le jardin de mademoiselle A...
Mais il fut tiré de sa rêverie par monsieur Lorrain, qui vint se mettre à deux genoux devant le jaidin pour voir si son oseille sortait de terre. Or, il est bon de dire que la graine d'oseille trop vieille ne lève plus, et que. c'était précisément le ras de celle qu'avait semée le concierge.
Il se releva en grommelant et jurant entre ses dents.
— Ohé! père Lorrain, lui dit Hubert, sur quelle herbe avez-vous donc marché aujourd'hui?
— Monsieur, dit monsieur Lorrain d'un ton sec, si je me permetlais de mariner sur de l'herbe, ce ne serait pas sur l'herbe d'aulrui, et vous, vous avez marché sur mon oseille.
Ce jour-là était un jour heureux pour Hubert, aussi ne s'impatienia-t-il nullement quand, le soir, monsieur Lorrain ne lui ouvrit la porle qu'au qualrième coup de marteau; il avait paisé la soirée où madame A... et sa lille allaient d'habitude. Après avoir fait plus d'intrigues qu'il ne lui en aurait fallu pour être roi de France, il avait réussi à s'y faire présenter, il avait causé avec madame A... et adressé quelques paroles à Louise.
Madame A... lui avait offert une place dans la voiture qui devait les ramener, et c'était en compagnie de la mçre et de la tille qu'il attendait au dehors le bon plaisir de monsieur Lorrain.
Monsieur Lorrain ne dormait pas, il préparait le discours qu'il devait tenir le lendemain à l'heureux Hubert.
— Il avait, interrompit Ludvvig, le choix entre l'exorde ex abrupto de la première Calilinaire : Qvousque tandem Catilina... et l'exorde ex intinuatipne de l'oraison pro Milune.
— Je ne puis vous rc'aircir ce point, dit madame Rechteren. mais voici à peu près ce qu'il médita :
« L'allée commune a été instituée pour permettre aux différens locataire s des divers jardins d'arriver chacun au sien sans traverser celui des autres; le jardin d'Hubert est le premier à droite en entrant ; il ne connaît pas les personnes dont les jardins sont plus éloignés: en l'ait, l'allée commune est un trajet et non une promenade ; le trajet est l'espace que l'on parcourt d'un point à un autre. Or, en droit, Hubert n'allant nulle pari, ne peut donc eue <aus l'allée e;.mmune que comme promeneur, ce qui < st entièrement contraire à son institution; c'est pourquoi, au nom du propriétaire de la maison, monsieur Robert, mon intime ami. lequel m'a laissé ses pleins pouvoirs, j'intime à mnsieur Hoberl la défense formelle de ne plus à l'avenir circuler ni vaguer dans l'allée dite commune. »
Armé de cette foudroyante préméditation d'éloquence, monsieur Lorrain devança Hubert dans le jard n, et l'attendit avec impatience; mais que devint-il quan I il vit arriver Hubert, causant familièrement avec madame A..., el que, traversant ensemble l'allée commune, ils entrèrent dans le jardin de cette dernière?
L'argument victorieux était détruit. Hubert allait dans l'allée commune pour se rendre au jardin de madame A... Il n'abusait plus de l'allée comme promenade, il en usait comme passage, comme trajet. Monsieur Lorrain était battu.
Ouel gâteau de miel apaisera Cerbère? le Cerbère de l'antiquité eiait un roquet auprès d'un portier.
De ce jour il arriva ce qui arrive toujours dans les romans comme dans la vie, ou plutôt dans la vie comme dans les romans, car les romans font les mœurs, comme le vaudeville a créé le Français.
Louise a ma Hubert.
il est un âge, l'eitrême jeunesse, où l'on aine le sexe; une femme aime un homme, un homme aime une femme, comme on prend t n breuvage, parce qu'on a soif. Ce n'es! que plus tard qu'on choisit, qu'on aime l'individu, lui parce <;s'il est lui, elle parce qu'elle esl elle.
Dans la jeunesse, on a le cœur ou la ti'le remplie de perfeclions imaginaires, qu'on applique à la première femme de bonne To'onlé, el l'on en fait une de ces madones de plâtre,
ALPHON.-'K K.AIW,
charpi es de colliers de perles ei de bagues d'or, que l'on voit dans 1rs églises italiennes.
rds échangés, douces conversations si pleines d'amour, quoique, l'on ne pariai 'le rien qui t iïi le rapport même le plus indirect a l'amour.
monsieur 1 orrain mania un jour chez madame A..., et demanda à lui parler en particulier pour une affaire importante.
Louise se sentit rougir, pare qu'elle ne savait rien d'importantau monde, si ce n'est l'amour qu'elle rommeneit a ressentir pour Hubert.
Monsieur Lorrain voulut dévoiler a madame A... il dez-TOUS des deux jeunes gens au jardin. ! t leurs longues conversations; mais madame A... réfosa de l'entendre, et le mil .1 la porte.
Monsieur Lorrain est encore battu : malheur à Hubert' malheur à Louise!
Le jour où monsieur Lorrain a semé son Oseille, Louise a semé au pied du treillage qui sépare son jardin do l'allée commune des liserons dont aujourd'hui les longs rameaux enveloppent les treillis de bur feuillage d'un \ ri sombre, d'oii sortent des rlocbts des plus ri. lies nuances, de bleu, de violet, de pouiprc. <> rose et de blanc.
Et Tus ii'.e a feuilles claquées n'est point encore sortie de lerr.'.
Madame A... n'avait pas voulu é outer .les révélations de monsieur Lorrain, mais elle les avait euten lu is : elle y joignit certaines observations qu'elle avait faites elle-même depuis quelque temps ; l'indilléreiif e de sa tille sur tous les plaisirs qui autrefois étaient pour etle-autant de bonheurs, ses distractions fréquentes, son amour tout nouveau pour la solitude.
Ma lame A... se sentit alarmée, et se promit de surveiller les jeunes gens.
A quelque temps rie là, comme Louise cueillait des fleurs au jardin, Hubert vint da. s l'allée commune, tout lùntre la haie de liserons, et ils se prirent, < omine de coutume, à causer iic choses indifférentes. — G' minent iro uvez-vous mon bouquet ? d man !a t-elle à Hubert ; c'est pour ma mère qui s'appelle Jeanne.
— Et moi aussi, dit Hubert, je m'appelle Jean ; c'est un assez vi ain oui).
— Il n'y a pas de noms, il n'y a que d' s p rsonnes. Nous attribuons à un nom les qualité;, les défauts , la branlé ou la lai Juif de la personne qui le pote. On ne pourrait prononci r le nom d'Alice, sans réveiller en moi la pensée d'une jeune fille blanche, élancée comme ma sieur.
— Et comment faites voui quand deux personnes différentes portent le né ce i.om?
— 0!i! vous, quand je pen.e a vous, je vous a, -pelle Hubert. Avez- vous reçu uu bouquet ce matin?
— Non.
— Je veux vous en donn/r on.
Et elle fita du tiouquci une belle rose blanche dont le milieu eiaii légèrement carné; elle la lendit à Hubert.
Perdant qu'ils tenaient tous deux cette même lige de une, une Qamuie é éi UUue el un-- Violente commotion se communiqua de l'un à l'autre par ce conducteur inusité.
A ce moment entrait aujirdin monsieur Lorrain, que suivait d'assez [lés madame A. ..Celle dernière cependant n'avait pu voir le mouvement de sa Site donnant une rose à Hubert, mouvement qui n'avait pas échapp4 1 monsieur Lorrain, non plus que les dernières paroles de Louise.
Madame \... fronça le sourcil en voyant Hubert prés desa Me cependant el'e fut distraite par Louise, nui vin . en l'embrassant, lui ofljrfr son b uquut, et. sans aucun doute', ce léger nuage se IrU dissipé entièrement sans l'intervention de monsieur Lorrain.
— Ma 1 ii; p, oit monsieur Lorrain, permettez-moi de vous onYir mes voeux p tir le jour de voire tête; ainsi qu'à vbu . monsittir Hubert, car vous paraisstz avoir l'un et l'autre le même patron.
Louise- et Hubert rougirent un peu. Madame A.... remarqua la rose que Hubert tenait à la main ; mais cela ne prou-
vait rien, et i • ne siguitlait pas grand'rhose. i y a une foule de jar ! fournissent des rosiers, et uxe fou ■* il
rosiers q i t- i:ruis«eul des roses Manches. SfoDsiei r Lorrain cou inua en s'adressant * ma lame A..
— Mademoiselle s'entend admirablement a faire des bouquets; cela me rappelle qu'il tant que j'en porte un dans quel-
I ques joui . à mon ami Hobert. L'année passée il en f'it en- ! chante, et me dit même avec c< tte familiarité qui a toujours . existe entre nous : — - Lorrain, pourquoi n'est-ce pus ton épouse qui m'offre ee bouquet? — ■ Robert, lui répondis-je I avec dignité, c'est que c'est aux messieurs à offrir des bouquets aux dames et non peint aux dames a offrir des bouquets aux messieurs. — ' errain, me dit il, lu as parfaitement raison »
— Vous avez là, continue monsieur Lorrain, parlant toujours du bouquet sur lequel madame A.... jetait d- s i égards ail' Fictivement et sur sa fille, dont le soin et li mémoire de cœur la touchaient sensiblement, vous avez là des roses blanches; aucun des locataires n'en a de semblables; non, je ne tache même p:s qu'aucun jardin du quartier en possèJede la même espèce.
Cet e pei lide remarque fit porter de nouveau à madame A... les yeux sur 'a rose b anche de Hubert.
Hubert s'occupait en ce moment fort peu de l'improvisation de monsieur terrain, et sous ; r lexlé de respirer le parfum de la rose, il la tenait sur ses lèvn
Madame A... emmena Louise et lui dit: — A l'avenir, lu lierait cras p!u< avec les rotsins.
Celle défense eut le résultai qu'eie devait avoir. Le lendemain, Hubert fit à Louise, qui l'éroiila de fort bonne i^.> une déclaration d'amour qu'i> n'eût osé risquer que trois mois pins lard, sans la pruirn e maternelle de madame A... 11 fut convenu et Ire les deux jeunes gens <?«'<.n obéirait h
madame A qu'n;i ne causerait plus daus le jardin, mais
qu'on s'écrirait; que Hubert mettra res dan; une
touffe de roses Ireraières, où louise placerait à sci lour ses réponses.
Monsieur Lorrain, trio iphantpensaà son oseille à feuilles cl m [u es désormais à l'abri du pied de Hubert.
Cependant, pour être plus certain de sa victoire, il ne manqua plus de monter au jardin aussitôt •; n'il y voyait arriver mademoiselle A...., et jamais H beri n'en'rait dans l'allée commune.
Cependant monsieur Lorrain, qni avait abandonné Boileau et Cicéron pour se livrer tout entier à sa haine, ne croyait pas tout à fiit a l'obéissance des jeunes gers; Mu comme le jardin de madame A.... ci i1 le dernier de l'ai que la porte du jirJin t ouvra l an oomnaeMfemenl du treillage, personne n'avait le m indre prétexte de dépasser celle porte, il imagina un moyen d" déjouer l'intelligence des deux amans.
Il s'habilla et alla trouver sou ami Hobert. Son ami Robert n'était jimaisextrêmemenl natte desa > i > i » -■ : cuire sa redoi t sb e familiarité, il ne venait ^u re que pour demander des réparations locativcs ou autres dépenses toujours désagréables aux propriétaires.
Monsieur Lorrain venait de lui faire observer qu'il devenait nécessaire de faire sabler l'allé; commune, que tous loo.tiiivs le demandaient avec instance, que r'étail une déde six francs pour un tombereau d t saole, rtr.
— Monsieur Lorrain, dit Robett. qu • votre volai faite sur la terre que je vous ai confiée, Faites sabler; Je \ donne encore à ce sujet mes pleins pouvoirs. —Tu le peux sans risque, répondit u oasii ur Loi ain. je n'en abuserai pas. fais-moi donner uv verre de rassis, el je pars.
i - le lendemain, l'allée commune étal sablée; monsieur
Lo: rai ii disait a tout le monde: - Je suis ahé dire à ■
ami Hobert : Robert, il faut s ■ miiun.-; quai I
i pleut, elle est glissante etinabord«blc. A quoi Robertm'a
ndn — Tu sais bien que ti. rs le maître. Présente mes
res<pec S à lein épouse.
Monsii ur Lorrain ratissa lui-même l'allée, et surtout depuis le jardin de madame v..... Le lendemain, U trouva des traces de pieds devant le jardin de madame A...
î>OUS LES TILLEULS.
Comme il venait de faire celte découverte, madame A.... entrait au jardin. Monsieur Lorrain feignit de ne pas la v- ir, et se parlant à lui-même, habitude qui ne s'est guère roirervéé qu'au théà'ie
— A coup turcs pieds n'appartiennent pas au locataire du deuxième étage, qui ne met jamais que dis souliers, ni à celui du troisième, qui ne dépasserait pas son jardin pour l'empire de Trébisonde. Madame A.... ne le dépasse guère non plus, et sa demoiselle ne nirt pas de boites. On ne pouvait guère mieux désigner l'infortuné Hubert. —Il faut, ajouta-t-i!, que l'on en veuille bkn à mon oseille à feuilles rondes, pour venir ainsi marcher jusque sur le jardin de madame A....
Madame A.... emmena sa lille a la campagne. Stephen les surit et se lo^ea à peu de distarie: de leur maison. Louise ne larda pas à connaître sa retraite, (t ils continuèrent à s'écrire. Steph*n, à son insu, commençait à prendre àcelle aventure plus d'intérêt que depuis longtemps il n'en avait 1 lis à aucune autre
Un matin Louise lui écrivit :, — « Je serai dans une heure * mepromener avec une domestique dans le bois, p;csuela maison du garde; je renverrai la dôme: tiqua sous un prétexte. »
Quaud il fut arrivé, elle lui dit : — Mon père veut me marier, il s'est prononcé d'une lelle façon, que je ne pense même pas à lui résister; mais je ne donnerai pas à l'époux qu'il me destine tout cet amour que vous avez fait naître en moi. Il ne respirera pas le parfum des fleurs que vous avez plantées; ce n'est pus le temps de montrer la niai- crie et l'ignorance d'une petite fille : n: m m:iri n'aura de moi que ce que vous lui laisserez En forçant une lil eà ép tu >er un homme qu'elle n'aime pas, on la condamne infaillibb m nt à l'adultère, et même au prix d'un crime, elh ne peut se donner à son amant siMislui imposer les terreurs humiliantes, les ennuis, les in er itades; quelque haine qu'elle ail pour son mari, quelque amour qu'eile ait pour son amant, ii faut qu'elle donne à celui là la meilleure et la première part.it serai adultère comme les autres, mais je ne tromperai qu'un seul homme, quand toutes en trompent deux; et celui que je tromperai, ce ne sera pas mou amant; mon dessein est arrêté, la veille de mon mariage je serai à vous
— El, dit Ludwig, elle a tenu parole?
— Elle a tenu parole, dit madame Recbteren. Le jour du mariage, elle était triste et abattue, puis par momeus eile semblait secouer un poids qui oppressai) sa poitrine, et un sourire ironique passait sur son visage. Stcphen assistait à la noce.
Des amis et des parens chantèrent à table-, on chantait encore à table alors des chansons où l'on félicitait l'ktureuw époux de l'ignorance de la timide épouse. On lit cent allusions au bouquet blani" et a toutes les plaisanteries plus ou moins indécèh'es qu'on ne se permet que dans les familles vertueuses, le jour le plus grave de la vie.
i ne tànté causa une demi-heure en secret avec \z pauvre petite, peur l'initier aux mystères et aux devoirs de sa nouvelle position.
Sieplien disparut alors, et on ne le revit plus dans la mai- BOU.
Monsieur Lorrain s'en réjouit d'abord , mais cependant l'oseille .1 feuilles cloquées ne leva pas, parce que, ainsi que je l'ai déjà dit, la graine qui n'est bonne que pendant trois ans, en avait environ vingt-cinq quaud elle avait été semée. -Mais, dit Ludwig, c'est un héros que Stephen, et de plus un héros fort estimable, qui ne procède ni par sacrifice ni par dévouaient, meUsa gloire dans son plaisir, et exrite autant d'envie que d'admiration ; tandis que dans l'admiration que l'on aceordeaux héros vulgaires il \ a toujours un peu de reconnaissance pour lès corvées donl ils veulent bleu se" chargi 1 ,i ce prix. Néanmoins, 1 b : lante, dans ces aventures, il ya : de sa part quelque chose d'ironique qui ni fait
quitter ta partie à peine gagnée alors qu'aux yeux df beaucoup de joueurs, il semble n'avoir ramassé qu'une partie des enjeux.
— Ah ! dit madame Rechler u, c'est qu'il y a la-dessous un
mystère, il y a une grande passion. On dit que Stephen a beaucoup aimé une tille, et que celle lille s'est mariée ; on dit que, blesséà mort, son cœur sent un perpétuel besoin de vengeanee; mais, par une bizarrerie qui n'étonnera pas un ligateur du cœur humain , Stephen aime naturellement lesfepimes, cl il a élé trompé par une. Eh bien ! sa vengeance s'exerce contre les femmes et tsi un sacrifice perpétuel, un sacrifice de l'amour le plus constant a celle qu'il hait et qu'il a le droit de haïr.
— Et quel est l'objet de celle passion?
— Personne ne le sait précisément, car jamais il n'en parle à personne, quelque familier que l'en se puisse croire avec lui. Cependant on dit que c'est la lille de monsieur Millier.
— Et qu'est-ce que monsieur Huiler?
— Monsieur Millier est un original assez spirituel et assez peu passionné pour avoir unT passion raisonnable , non qu'elle ne soit dans l'occasion aussi injuste, absurde, frénétique, que quelque passion que ce soit; mais c'est une passion qui ne trompe pas, qui dânne au moins ce qu'elle promet, ne blase pas par la jouissance, et au contraire s'accroît des débris de toutes les autres.
— Chère tante, a moins que ce ne soit une passion pour vous, je ne comprends pas.
— Cher neveu , le jeu de mot est misérable. Monsieur Mùller aime les fleurs. Vous m'obligerez de ne pas entrer plus avant dans la voie des fadeurs qt de ne me comparer à aucune rose.
Il n'y aurait cependant rien de si facile que d'improviser trois cents vers sur un semblable sujet. Mais ne savei-vous absolument rien îles premières amours de Stephen?
— Absolument rien. Je ne connais même pas la lille de monsieur Millier ; pour le père, c'est différent. On m'a raconté le seul orage qui ait traversé la vie la [dus calme qui ait jamais été. Mais je vous conterai cela une autre fois. Voit i que la lune descend derrière la maison, il sciait bon de rentrer.
— Pourquoi? nous ne dormirions ni l'un ni l'autre
— Je commence à sentir quelques bouffées d'air plus frais. Encore une heure, et le jour va paraître.
— Voulez-vous vous promener un [.eu?
— Volontiers.
Mais à peine ils avaient fait le tour du parc, qu'au moment où on repassait devant le pavillon, madame Kechteren dégagea son liras de celui de Ludwig et se replaça dans un des fauteuils. Ludwig se remit auprès d'elle, et tous deux restèrent plongés dans un morne sili lice.
Madame Uechtcren avait cru sentir le bras de Ludwig presser doucement lésion, et Ludwig avait cru la sentie trembler. Tout-a-coup madame Recbteren, comprenant la nécessité de rompre brusquement un pareil silence, dit : — \ l'histoire de monsieur Millier.