‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 120 sur 285 · Toyes U» Mémoireê deFeitquièrêê. {Note de Soitaen · texte numérisé non relu

Toyes U» Mémoireê deFeitquièrêê. {Note de Soitaen

innée pour en profiter. Il voit que la gauche de l'armée française ne peut aller attaquer sa droite; il dégarnit aussitôt cette droite pour fondre sur Ramillies avec un nombre supérieur. M. de Gassion, lieutenant général, qui voit ce mouvement des ennemis, crie au maréchal : « Vous êtes perdu s: « vous ne changez votre ordre de bataille : dégarnissez votre « gauche pou- vous opposer à l'ennemi à nombre égal; faites « rapprocher vos lignes davantage : si vous tardez un moa ment, il n'y a plus de ressource. »

Plusieurs officiers appuyèrent ce conseil salutaire ; le maréchal ne les crut pas. Marlborough attaque : il avait affaire à dei ennemis rangés en bataille comme il les eût voulu poster luimôme pour les vaincre. Voilà ce que toute la France a dit, et l'histoire est en partie le récit des opinions des hommes : mais ne devait-on pas dire aussi que les troupes des allié» étaient mieux disciplinées, que leur confiance en leur chef et en leurs succès passés leur inspirait plus d'audace? N'y eut-il pas des régiments français qui firent mal leur devoir? et let bataillons les plus inébranlables au feu ne font-ils pas la destinée des États? L'armée française ne résista pas une demiheure. On s'était battu près de huit heures à Hochstet, et on avait tué près de huit mille hommes aux vainqueurs; mais à la journée de Ramillies, on ne leur en tua pas deux mille cinq cents : ce fut une déroute totale; les Français y perdirent vingt mille hommes, la gloire de la nation, et l'espérance de reprendre l'avantage. La Bavière, Cologne, avaient été perlues par la bataille d'Hochstet; toute la Flandre espagnole le fut par celle de Ramillies : Marlborough entra victorieux dans Anvers, dans Bruxelles; il prit Ostende : Menin se rendit à lui.

Le maréchal de Villeroi, au désespoir, n'osait écrire au roi

cette défaite : il resta cinq jours sans envoyer de courrier. Enfin il écrivit la confirmation de cette nouvelle, qui consternait déjà la cour de France; et quand il reparut devant le roi, ce monarque, au lieu de lui faire des reproches, lui dit : « Monsieur le maréchal, on n'est pas heureux à notre âge. t Le roi tire aussitôt le duc de Vendôme d'Italie, où il ne la croyait pai nécessaire. »our l'envoxer réparer, »'U est po*

iible, ce malheur : il espérait du moins, avec apparence de raison, que la prise de Turin le consolerait de tant de pertes. Le prince Eugène n'était pas à portée de paraître pour secourir cette ville : il était au delà de l'Adige ; et ce fleuve, bordé en deçà d'une longue chaîne de retranchements, semblait rendre le passage impraticable. Cette grande ville était assiégée par quarante-six escadrons et cent bataillons.

Le duc de La Feuillade, qui les commandait, était l'homme ie plus brillant et le plus aimable du royaume ; et quoique gendre du ministre , il avait pour lui la faveur publique. Il était fils de ce maréchal de La Feuillade qui érigea la statue de Louis XIV dans la place des Victoires : on voyait en lui le courage de son père, la même ambition, le même éclat, avec plus d'esprit. 11 attendait , pour récompense de la conquête de Turin, le bâton de maréchal de France. Chamillart, son beau-père, qui l'aimait tendrement, avait tout prodigué pour lui assurer le succès. L'imagination est effrayée du détail des préparatifs de ce siège : les lecteurs qui ne sont pointa portée d'entrer dans ces discussions seront peut-être bien aises de trouver ici quel fut cet immense et inutile appareil.

On avait fait Tenir cent quarante pièces de canon ; il est à remarquer que chaque gros canon monté revient à environ deux mille éctM. 11 y avait cent dix mille boulets, cent six mille cartouches d'une façon, et trois cent mille d'une autre, vingt et un mille bombes, vingt-sept mille sept cents grenades, quinze mille sacs à terre, trente mille instruments pour le pionnage, douze cent mille livres de poudre. Ajoutez à ces munitions le plomb, le fer et le fer-blanc, les cordages, tout ce qui sert aux mineurs, le soufre, le salpêtre, les outils de toute espèce. Il est certain que let frais de tous ces préparatifs de destruction suffiraient pour fonder et pour faire fleurir U plus nombreuse colonie. Tout siège de grande ville exige cet frais immenses ; et quand il faut réparer *hez soi un village ruiné, on le néglige.

Le duc de La Feuillade, plein d'ardeur et d'activité, plus capable que personne des entreprises qui ne demandaient que du courage , mais incapable de celles qui exigeaient de Vart, de la méditation et du temps, pressait ce ^'ége contre

Page 1