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CHAPITRE XXIII

pératrice et ses troupes, devenues inutiles en Catalogne, «raient transportées sur des vaisseaux anglais. En effet U Catalogne avait été évacuée; et Staremberg, en partant, s'était démii de son titre de vice-roi. Mais il laissa toutes les semences d'une guerre civile, et l'espérance d'un prompt secours de la part de l'empereur, et môme de l'Angleterre. Ceux qui avaient alors le plus de crédit dans cette province se flattèrent qu'ils pourraient former une république sous une protection étrangère, et que le roi d'Espagne ne serait pas assez fort pour les conquérir, ils déployèrent alors ce caractère que Tacite leur attribuait il y a si longtemps : o Nation intrépide, dit-il, qui « compte la vie pour rien qu^nd elle ne l'emploie pas A « combattre. »

U Catalogne est un des pays les plus fertiles de la terre, et des plus heureusement situés; autant arrosée de belle» rivières, de ruisseaux et de fontaines, que la vieille et la nouvelle Castille en sont dénuées, elle produit tout ce qui est nécessaire aux besoins de l'bomme, et tout ce qui peut flatte? ses désirs, en arbres, en blés, en fruits, en légumes de toute espèce. Barcelone est un des plus beaux ports de l'Europe, et le pays fournit tout pour la construction des navires : ses montagnes sont remplies de carrières de marbre, de jaspe, de cristal de rocbe; on y trouve même beaucoup de pierres précieuses. Les mines de fei*, d'étain, de plomb, d'alun, de vitriol, y sont abondantes; la côte orientale produit du corail. U Catalogne enfin peut m passer de l'univers entier, et ses voisins ne peuvent se passer d'elle.

Loin que l'abondance et les délices aient amolli les iiabitants, ils ont toujours été guerriers, et les montagnards surtout ont été féroces ; mais, malgré leur valeur et leur amour extrême pour la liberté, ils ont été subjugués dans tous les temps : les Romains, les Goths, les Vandale*, les Sarrasins, les conquirent.

Ils secouèrent le Joug des Sarrasins, et se mirent sous la protection de Chariemagne ; ils appartinrent à U maison d'Aragon, et ensuite à la maibou d'Autriche.

Nous avons vu que sous Philippe IV, poussés à bout par le comte duc d'Olivarès, premier ministre, ils se donnèrent A

liOuis xni, en <640*. On leur conserva tous leurs privilèges; ils furent plutôt protégés que sujets. Ils rentrèrent sous la domination autrichienne en 1652, et dans la guerre de la succession, ils prirent, le parti de l'archiduc Charles contre Philippe V. Leur opiniâtre résistance prouva que Philippe V, délivré de son compétiteur, ne pouvait seul les réduire. Lous XÏV, qui, dans les temps de la guerre, n'avait pu fournir ni soldats, ni vaisseaux à son petit-fils contre Charles, son concurrent, lui en envoya alors contre ses sujets révoltés. Une escadre française bloqua le port de Barcelone, et le maréchal de Berwick l'assiégea par ferre.

La reine d'Angleterre, plus fidèlo â ses traités qu'aux intérêts de son pays, ne secourut point cette ville. Les Anglais en furent indignés; il se faisaient le reproche que s'étaient fait les Romains, d'avoir laissé détruire Sagonte. L'empereur d'Allemagne promit de vains secours. Les assiégés se défendirent avec un courage fortifié par le fanatisme ; les prêtres, les moines coururent aux armes et sur les brèches, comme s'il s'était agi d'une guerre de religion. Un fantôme de liberté les rendit sourds à toutes les avances qu'ils reçurent de leur maître. Plus de cinq cents ecclésiastiques moururent dans ce siège les armes à la main. On peut juger si leurs discours et leur exemple avaient animé les peuples.

Ils arborèrent sur la brèche un drapeau noir, et soutinrent plus d'un assaut. Enfin, les assiégeants ayant pénétré, lôs assiégés se battirent encore de rue en rue; et, retirés dans la ville neuve tandis que l'ancienne était prise, ils demandèrent encore en capitulant qu'on leur conservât tous leurs privilèges : ils n'obtinrent que la vie et leurs biens ()2 septembre 1714). La plupart de leurs privilèges leur furent ôtés; et de tous les moines qui avaient soulevé le peuple et combattu contre leur roi, il n'y en eut que soixante de punis; on eut même l'indulgence de ne les condamner qu'aux galères. Philippe V avait traité plus rudement la petite ville de Xativa dans le cours de la guerre : on l'avait détruite de fond en comble' pour faire un exemple; mais si l'on rase une petite

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