‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 154 sur 285 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

forêts produisent de plu» délicieux. Derrière les tables, en demi cercle, s'éleva tout d'un coup un théâtre chargé de concertants. Des arcades qui entouraient la table et le théâtre étaient ornées de cinq cents girandoles vertes et argent qui portaient des bougies; et une balustrade dorée fermait cette vaste enceinte.

Ces fêtes, si supérieures à celles qu'on invente dans les rc>mans, durèrent sept jours ; le roi remporta quatre fois le prix des jeux, et laissa disputer ensuite aux autres chevaliers les prix qu'il avait gagnés, et qu'il leur abandonnait.

La comédie de la Princesse d'Élide, quoiqu'elle ne soit pas une des meilleures de Molière, fut un des plus agréables ornements de ces jeux, par une infinité d'allégories fines sur les mœurs du temps, et par des à-propos qui font l'agrément de ces fêtes, mais qui sont perdus pour la postérité. On était encore très-entêté à la cour de l'astrologie judiciaire; plusieurs princes pensaient, par une superstition orgueilleuse, que la nature les distinguait jusqu'à écrire leur destinée dans les astres; le duc de Savoie, Victor-Amédée, père de la duchesse de Bourgogne, eut un astrologue auprès de lui, même après son abdication. Molière osa attaquer cette illusion dans les Amants magnifiques, joués dans une autre fête, en 1670.

On y voit aussi un fou de cour, ainsi que dans la Princesse SÈHde; ces misérables étaient encore fort à la mode; c'était un reste de barbarie qui a duré plus longtemps en Allemagne qu'ailleurs. Le besoin des amusements, l'impuissance de s'en procurer d'agréables et d'honnêtes dans les temps d'ignorance et de mauvais goût, avaient fait imaginer ce triste plaisir, qui dégrade l'esprit humain. Le fou qui était alors auprès de Louis XIV avait appartenu au prince de Condé ; il s'appelait l'Angeli : le comte de Grammont disait que, de tous les foui qui avaient suivi M. le Prince, il n'y avait que l'Angeli qui eût fait fortune. Ce bouffon ne manquait pas d'esprit : c'est lui qui dit « qu'il n'allait pas au sermon, parce qu'il n'aimai « pas le brailleTy et qu'il n'entendait pas le raisonner.it

(16G4.) La farce du Mariage forcé fut aussi jouée à cette léte : mais ce qu'il y eut de véritablement admirable, ce fut

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la première représentation des trois premiers actes de Tartuffe. Le roi voulut voir ce chef-d'œuvre avant môme qu'il fût achevé ; il le protégea depuis contre les faux dévots, qui voulurent intéresser la terre et le ciel pour le supprimer; et il subsistera, comme on l'a déjà dit ailleurs, tant qu'il y aura en France du goût et des hypocrites,

La plupart de ces solennités brillantes ne sont souvent que pour les yeux et les oreilles; ce qui n'est que pompe ut magnificence passe en un jour : mais quand des chefs-d'œuvre de l'art, comme le Tartuffe, font l'ornement de ces fêtes, elles laissent après elles une éternelle mémoire.

On se souvient encore de plusieurs traits de ces allégories de Benserade, qui ornaient les ballets de ce temps-là. Je ne citerai que ces vers pour le roi représentant le soleil :

J« doute qu'on le preane avec ? oui sur le toa

De Oaphné ni de Fhaéton :

lui trop ambitieuT, elle trop-inhumaine ;| Il n'est point là de piège où tous puissiei donner :

Le moyen de s'imaginer Qu'ose femme tous faie. et qu'un homme tous mène?

La principale gloire de ces amusements, qui perfectionnaient en France le goût, la politesse et les talents, venait de ce qu'ils ne dérobaient rien aux travaux continuels du monarque. Sans ces travaux il n'auraiJt su que tenir une cour, il n'aurait pas su régner; et si les plaisirs magnifiques de cette cour avaient insulté à la misère du peuple, ils n'eussent été qu'odieux; mais le même homme qui avait donné res féfes t avait donn^TÎTî pain au peuple dans la disette de i6H2; il/ avait fait venir des grains que les riches acnetèrent à vil prix, et dont il fit des dons aux pauvres familles, à la porte du Louvre; il avait remis au peuple trois millions de tailles:' nulle partie de l'administration intérieure n'était négligée ; \ son gouvernement était respecté au dehors, le roi d'Kspagne obligé de lui céder la préséance, le pape forcé de lui faire satisfaction, Dunkerque ajouté à la France par un marché glorieux à l'acquéreur et honteux pour le vendeur; enfin toutes ses démarches, depuis qu'il tenait les rênes, avaient

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été ou nobles ou utiles : il était beau après cela de donner / des fêtes. '

Le légat a îatere Ghîgi , neveu du pape Alexandre VU , venant au milieu de toutes les réjouissances de Versailles faire latisfaction au roi de l'attentat des gardes du pape, étala à Ja cour un spectacle nouveau. Ces grandes cérémonies sont des fêtes pour le public: les honneurs qu'on lui fit rendaient ïa satisfaction plus éclatante. Il reçut, sous un dais, les res' pects (les cours supérieures, du corps de ville, du clergé ; il entra dans Paris au bruit du canon, ayant le grand Gondé à sa droite et îc fils de ce prince à sa gauche, et vint dans cet appareil s'humilier, lui, Rome et le pape, devant un roi qui n'avait pas encore tiré l'épée; il dtna avec Louis XIV après l'audience , et on ne fut occupé que de le traiter avec magnificence et de lui procurer des plaisirs. On traita depuis le doge de Gênes avec moins d'honneurs, mais avec ce même empressement de plaire que le roi concilia toujours avec ses démarches altic'^res.

Tout cela donnait à la cour de Louis XIV un air de grandeur qui efl'açait toutes les autres cours de l'Europe. Il voulait que cet éclat attaché à sa personne rejaillit sur tout ce qui l'environnait ; que tous les grands fussent honorés, et qu'aucun ne fût puissant , à commencer par son frère et par M. le Prince. C'est dans cette vue qu'il jugea, en faveur des pairs, leur ancienne querelle avec les présidents du parlement. Ceux-ci prétendaient devoir opiner avant les pairs, et l'étaient mis en possession de ce droit : il régla dans un conseil extraordinaire que les pairs opineraient aux lits de justice, en présence du roi, avant les présidents, comme s'ils no devaient cette prérogative qu'à sa pn^sence ; et il laissa subsister l'ancien usage dans les assemblées qui ne sont pas des lits de justice.

Pour distinguer ses principaux courtisans, il avait inventé des casaques bleues, brodées d'or et d'argent : la permission de les porter était une grande grâce pour des hommes que la vanité mène; on les demandait presque comme le colliei do l'ordre. On peut remarquer , puisqu'il est ici question de petits détails, qu'on portait alors des casaques par dessus un

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