CHAPITRE XXVL
procès dura quatorze mois : il n'y eut de jugement ni pouf ni contre lui; la Voisin, la Vigoureux, et son Irère le prêtre qui «'appelait aussi Vigoureux, furent brûl<^s avec Le Sa;:e, À la Grève. Le maréchal de Luxembourg alla quelques jours à la campagne, et revint ensuite à la cour faire les fouctioiii de capitaine des gardes, sans voir Louvois, et sans que le roî lui parLTt de tout ce qui s'était passé.
Nous avons vu comment il e"» depuis le commandement des armées qu'il ne demanda pas, et par combien de victoire» il imposa silence à ses ennemis.
On peut juger quelles rumeurs affreuses toutes ces accusations excitaient dans Paris : le supplice du feu dont la •'oisin et ses complices furent punis mit fin aux recherches et aux crimes. Cette abomination ne fut que le partage de quelques particuliers, et ne corrompit point les mœurs douces de la nation ; mai» elle laissa dans les esprits un penchant funeste à soupçonner des morts naturelles d'avoir été violentes.
Ce qu'on avait cru de la destinée malheureuse de madame Heni:<îtte d'Angleterre, on le crut ensuite de sa fille Marie- Louise, qu'on maria, en 1679, au roi d' Espagne Charles iL Cette jeune princesse partit à regret pour Madrid. Mademoiselle avait souvent dit à Monsieur, frère du roi : « Ne menez « pas si souvent votre fille à la cour, elle sera trop malheu- « reuse ailleurs. » Cette jeune princesse voulait épouser Monseigneur. « Je vous fais reine d'Espagne, lui dit le roi; que « pourrais-je de plus pour ma fille? — Ah! répondit-elle, < vous pourriez plus pour votre nièce. » Elle fut enlevée au monde, en t68î», au même âge que sa mère. Il pa?sa pour constant que le conseil autrichien de Charles II voulait se , défaire d'elle, parce qu'elle aimait son pays, et qu'elle pouvait empêcher le roi son mari de se déclarer pour les alliés contre la France : on lui envoya même de Versailles de ce qu'on croit du contre-poison : précaution très-incertaine , puisque ce qui peut guérir une espèce de mal peut envenimer l'autre , et qu'il n'y a point d'antidote général : le contrepoison prétendu arriva après sa mort. Ceux qui ont lu les mémoires compilés par To marquis de Dangeau trouveroul
qn# le roi dit en loupanl : « La reine d'Espagne est morte « empoisonnée dans une tourte d'anguille; la comtesse de « Pernilz, les caméristes Zapata et Nina, qui en ont mangé « après elle, sont mortes du même poison. »
Après avoir lu cette étrange anecdocte dans ces mémoire» manuscrits, qu'on dit faits avec soin par un courtisan qui n'avait presque point quitté Louis XIV pendant quarante ans, je ne laissai pas d'être encore en doute; je m'informai i d'anciens domestiques du roi s'il était vrai que ce monarque^toujours retenu dans ses discours, eût jamais prononcé de» paroles si imprudentes: ils m'assurèrent tous que rien n'était plus faux. Je demandai à madame la duchesse de Saint» Pierre, qui arrivait d'Espagne, s'il était vrai que ces troi» personnes fussent mortes avec la reine ; elle me donna des attestations que toutes trois a\aient survécu longtemps à leur maîtresse. Enfin je sus que ces Mémoires du marquis de Dangeau , qu'on regarde comme un monument précieui , n'étaient que des nouvelles à la main, écrites quelquefois par un de ses domestiques; et je puis répondre qu'on s'en aperçoit souvent au style, aux inutilités et aux faussetés dont ce recueil est rempli. Après toutes ces idées funestes, où la mort de Henriette d'Angleterre nous a conduits, il faut revenir aux événements de la cour qui suivirent sa perte.
La princesse palatino lui succéda un an après, et fut mère du duc d'OrK'ans, régent du royaume. Il fallut qu'elle renonçât au calvinisme pour épouser Monsieur; mais elle conserva toujours pour son ancienne religion un respect secret, qu'il est difficile de secouer, quand l'enfance l'a imprimé dans le cœur.
L'aventure infortunée d'une fille d'honneur de la reine, «n 1673, donna lieu à un nouvel établissement. Ce malheui est connu pir le sonnet de l'Avorton, dont les vers ont été laat cités :
Toi que l'amour fit par un crime, Bt que l'honneur défait par un crime à ton Funeste ouvrage de l'amour, De l'honneur funeste ▼ictime... etc. '
I. O <x«iQ«t eat de I. Hcaoault. U t'acit 4« BudenoititUe de (ia*ccbj, fille T. II. 2
SIÈCLt DE LOUIS XIV.
Les dangers attachés à l'état de fille, dans une coor galante et voluptueuse, déterminèrent à substituer aux douze iilles d'honneur, qui embellissaient la cour de la reine, douze dames du palais; et depuis, la maison des reines fut ainsi composée. Cet établissement rendait la cour plus nombreuse et plus magnifique, en y fixant les maris et les parents de ces dames : ce qui augmentait la société • et répandait plus
d'opulence.
La princesse de Bavière, épouse de Monseigneur, ajouta dans les commencements de l'éclat et de la vivacité à cette cour. La marquise de Montespan attirait toujours l'attention principale : mais enfin elle cessait de plaire; et les emportements altiers de sa douleur ne ramenaient pas un cœur qui s'éloignait. Cependant elle tenait toujours à la cour par une grande charge, étant surintendante de la maison de la reine, et au roi, par ses enfants, par l'habitude, et par son ascendant. On lui conservait tout l'extérieur de la considération et de Tamitié, qui no la consolait pas ; et le roi, affligé de lui causer des chagrins violents, et entraîné par d'autres goûts, trouvait déjà dans la conversation de madame de Maintenon une douceur qu'il ne goûtait plus auprès de son ancienne maîtresse. Use sentit à la fois partagé entre madame de Montespan, qu'il ne pouvait quitter, mademoiselle de Fontange, qu'il aimait, et madame de Maintenon, de qui l'entretien devenait nécessaire à son ame tourmentée. Ces trois rivales de faveur tenaient toute la cour en suspens. Il paraît assez honorable pour Louis XIV qu'aucune de ces intrigues n'influât sur les affaires générales, et que l'amour, qui troublait îa cour, n'ait Jamais mis le moindre trouble dans le gouvernement. Rien ne prouve mieux, ce me semble, que Louis XIV avait une âm ; aussi grande que sensible.
Je croirais même que ces intrigues de cour, étrangères & i'Étaty ne devraient point entrer dans l'histoire, si le grand
d'honneur de la reine, et maîtrewe du duc de Vitry. La tage-fer-me chargée de rope'ration la blesia morlellenient; Vitry envoya chercher un prêtre; el quand le prêtre lui eftl donné l'absolution, Vitry la tua. Il •enfuit en Batiere, mus il obtint sa grâce après avoir négocié le mariage de Monsieur avec la princesM bavaroiie.
-C^stz