‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 202 sur 285 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

millions de revenu, que son successeur ne Tétait, en 1730, avec près de deux cents millions; et cela est très-vrai, en Tie considérant que les rentes fixes et ordinaires de la couronne. Car cent dix-sept millions numéraires, au marc de vingt-huit livres , sont une somme plus forte que deux cents millions à quarante-neuf livres, à quoi se montait le revenu du roi en 4730; et de plus il faut compter les charges augraenlL'es par les emprunts de la couronne. Mais aussi les revenus du roi, c'est-à-dire de l'État, sont accrus depuis, et l'intelligence des finances s'est perfectionnée au point que, dans la guerre ruineuse de 4741, il n'y a pas eu un moment de discrédit. On a pris le parti de faire les londs d'amortissement, comme chez les Anglais ; il a fallu adopter une partie de leur système de finance, ainsi que leur philosophie; et si, dans un Étal purement monarchique, on pouvait introduire ces papiers circulants qui doublent au moins la richesse de l'Angleterre, l'administration de la France acquerrait son dernier degré de perfection, mais perfection trop voisiue de l'abus dans une monarchie ^

Il y avait environ cinq cents millions numéraires d'argent monnayé dans le royaume, en 40X3, et il y en avait environ douze cents en 4730, de la manière dont on compte aujourd'hui. Mais le numéraire, sous le ministère du cardinal de Fleury, fut presque le double du numéraire du temps de Colbert. 11 parait donc que la France n'était environ que d'un sixième plus riche en espèces circulantes depuis la mort de Colbert. Elle l'est beaucoup davantage en matières d'argent et d'or travaillées et mises en œuvre pour le service et pour le luxe : il n'y en avait pas pour quatre cents millions de notre monnaie d'aujourd'hui, eu 1600; et vers l'an 4730 on exr possédait autant que d'espèces circulantes. Rien ne fait voit plut évidemment combien le commerce, dont Colbert ouvrit tes sources, s'est accru lorsque ces canaux, fermés par les guerres, ont été débouchés. L'industrie s'est perfectionnée,

I. L'abbé de Saiot-Picrre, daiu 'ion Jourtuil pclitiquê^ k Variieit du Système, iit qu'en Angleterre et en Hollande, il n'y a d« papier qu'auUbt qu'il y a 4'e«pèœs; mais il est avéré que le papier l'emportât ["'aucoup, ctue «ubucie quff pur i cauhauce. {SoU d« Yoliain.)

malgré l émigration de tant d'artistes que dispersa la révoc». tion de redit de Nantes; et cette industrie augmente encore tous les jours. La nation est capable d'aussi grandes choses, et de plus grandes encore que sous Louis XIV, parce que les génie et le commerce se fortifient toujours quand on les en-

cou race ^

A voir l'aisance des particuliers, ce nombre prodigieux de maison» agréables bâties dans Paris et dans les province., cette quantité d'équipases, ces commodités, ces recherche, qu'on nomme Iwce, on croirait que l°P" «"/«.f'/'^f' J''" 5lus grande qu'autrefois : tout cela est le fru.t d un travaU C4ux, encore plus que de la richesse. 11 n'en coûte guér« plus aujourd'hui pour Ctre agn^ablcment logé, qu .In en coûtait pour l'être mal sous Henri IV ; une belle glace de ne. manufaclures orne nos maisons à bien moins de fra.s que le. petites glaces qu'on tirait de Venise. Nos belles et paran e. Ses Lt moins chères que celles de l'étranger, qm ne 1«

\ulaient pas. . . .,^^

Ce n'est point en elTel l'argent cl l'or qui procurent une vie commode, c'est le génie. Cn peuple qui n'aurait que ce. métaux terait très-misérable; un peuple qui, sans ces métaux, mettrait heureusement en œuvre toute, les production, de la terre, serait véritablement le plus riche. La France a cet avantage, avec beaucoup plus d'espèces qu il n en fau»

i»our la circulation. ,

L'industrie s'étant perfectionnée dans les tilles, s est accrus dans les campagnes. Il s'élèvera toujours des plamtes sur le Bortdes cultivateurs; on les entend dans tous les pays du monde; et ces murmures sont presque partout ceux des cisifs opulents, qm condamnent le gouvernement beaucoup plus qu'ils ne plaignent les peuples. Il est vrai que, presque en tout pays, si ceux qui passent leurs jours dans les travaui Rustiques avaient le loisir de murmurer, ils sél veraien^ contre les exactions qui leur enlèvent une partie de leur su^ stance; ils détesteraient la nécessité de payer des Uxes quita ne se sont point imposées, et de porter le iardcha de 1 Eta »&ni participer aux avantages des autres citoyens. Il n wt pw i^u rebïorl de l'histoire d'examiner comment le peuple doit

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