CHAPITRE XIII
son armée, ne voulut point exposer son gouvernement au hasard d'un événement décisif; et la gloire de la campagne demeura au roi, puisqu'il fit ce qu'il voulut, et qu'il prit un€ ville en présence de son ennemi.
A regard de Valenciennes, elle fut prise d'assaut par un de ces événements singuliers qui caractérisent le courage impétueux de la nation.
Le roi faisait ce siège, ayant avec lui son frère et cinq maréchaux de France, d'Humiôres, Schomberg, La Feuillade, Luxembourg et de Lorges. Les maréchaux commandaient, chacun leur jour, l'un après l'autre; Vauban dirigeait toutei les opérations.
On n'avait pris encore aucun des dehors de la place. Il fallait d'abord attaquer deux demi-lunes; derrière ces demilunes était un grand ouvrage à couronne, palissade et fraisé, entouré d'un fossé coupé de plusieurs traverses; dans cet ouvrage à couronne était encore un autre ouvrage, entouré d'un autre fossé. Il fallait, après s'être rendu maître de tous ces retranchements, franchir un bras de l'Escaut ; ce bras franchi, on trouvait encore un autre ouvrage, qu'on nomme ?ôté; derrière ce pAté coulait le grand cours de l'Escaut, profond cl rapide, qui sert de fossé à la muraille; enfin, la muraille était soutenue par de larges remparts. Tous ces ouvrages étaient couverts de canons; une garnison de trois mille hommes préparait une longue résistance.
Le roi tint conseil de guerre pour attaquer les ouvrages du dehors.C'était l'usage que ces attaques se fissent toujours pendant la nuit, afin de marcher aux ennemis sans être aperçu, et d'épargner le sang du soldat. Vauban proposa de faire le riége en plein jour : tous les maréchaux de France se récrié rent contre cette proposition; Louvois la condamna. Vauban tint ferme, avec la confiance d'un homme certain de ce qu'il avance: «Vous voulez, dit-il, ménngar le sang du soldat; a vous l'épargnerez bien davantage quand il combattra do « jour, sans confusion et sans tumulte, sans craindre qu'une « partie de nos gens tire sur l'autre, comme il n'arrive que a trop souvent. 11 s'agit de surprendre l'ennemi; il s'allend » toujours aux attaques de nuit : nous le surprendrons en
■ etfet, lorsqu 11 faudra qu'épuisé des fatigues d une veille, il • soutienne les efforts de nos troupes fraîches. Ajoutez à celte « raison que, s'il y a dans cette armée des soldats de peu de « courage, la nuit favorise leur timidité ; mais que, pendant
■ le jour, l'œil du général inspire la valeur, et élève les « hommes au-dessus d'eux-mêmes. »
Le roi se rendit aux raisons de Vauban, malgré Louvois et cinq maréchaux de France.
(17 mars 1677.) A neuf heures du matin, les deux compagnies de mousquetaires, une centaine de grenadiers, un bataillon des gardes, un du régiment de Picardie, montent de wus côtés sur ce grand ouvrage à couronne. L'ordre était simplement de s'y loger, et c'était beaucoup; mais quelques mousquetaires noirs ayant pénétré par un petit sentier jusqu'au retranchement intérieur qui était dans cette fortification, ils s'en rendent d'abord les maîtres. Dans le même temps, les mousquetaires gris y abordent par un autre endroit ; let bataillons des gardes les suivent : on tue et on poursuit les assiégés. Les mousquetaires baissent le pont-levis qui joint cet ouvrage aux autres ; ils suivent l'ennemi de retranchement en retranchement, sur le petit bras de l'Escaut et sur le grand ; les gardes s'avancent en foule : les mousquetaires sont déjà dans la ville avant que le roi sache que le premier ouvrage attaqué est emporté.
Ce n'était pas encore ce qu'il y eut de plus étrange dans cette action. Il était vraisemblable que de jeunes mousquetaires, emportés par l'ardeur du succès, se jetteraient aveuglément sur les troupes et sur les bourgeois qui venaient à eux dans la rue ; qu'ils y périraient, ou que la ville allait être pillée : mais ces jeunes gens, conduits par un cornette nommé Moissac, se mirent en bataille derrière des charrettes; et, tandis que les troupes qui venaient se formaient sans précipitation, d'autres mousquetaires s'emparaient des maisonr voisines, pour protéger par leur feu ceux qui étaient dans la rue. On donnait des otages de part et d'autre : le conseil de ville s'assemblait ; on députait vers le roi : tout cela se failait sans qu'il y eût rien de pillé, sans confusion, sans faire de faute d'aucune espèce. Le roi lit la garnison prisonnière
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de guerre, et entra dans Yalenciennes, étonné d'en AtrelB mattre. La singularité de l'action a engagé à entrer dans ce détail.
(9 mars 4678). Il eut encore la gloire de prendre Gand en quatre jours, et Ypres en sept. Voilà ce qu'il fit par luimême : ses succès furent encore plus grands par ses généraux.
(Septembre 1676.) Du côté de l'Allemagne, le maréchal duc de iiUxembourg laissa d'abord, à la vérité, prendre Philipsbourg à sa vue, essayant en vain de la secourir avec une armée de cinquante mille hommes. Le général qui prit Philipsbourg était Charles V, nouveau duc de Lorraine, héritier de ion oncle Charles iV, et dépouillé comme lui de ses Étati. Il avait toutes les qualités de son malheureux oncle , sans en avoir les défauts. Il commanda longtemps les armées de l'Empire avec gloire : mais, malgré la prise de Philipsbourg, ^t quoiqu'il fût à la tête de soixante mille combattants, il ne put jamais rentrer dans ses États. En vain il mit sur ses étendards i Aut nunc, aut nunqwunf « ou maintenant ^ ou jamais. » "^
Le maréchal de Créqui, racheté de sa prison, et devenu plus prudent par sa défaite de Consarbruck, lui ferma toujours l'entrée de la Lorraine (octobre 1677). Il le battit dans le petit combat de Kokersberg, en Alsace ; il le harcela et le fatigua sans relftche : il prit Fribourg à sa vue (14 novembre 1677); et quelque temps après il battit encore un détachement de son armée à Rheinfeld (Juillet 1678). Il passa la rivière à Kins > en sa présence, le poursuivit vers Offenbourg, le chargea dans sa retraite ; et ayant immédiatement après emporté le fort de Kehl l'épée à la main, il alla brûler le pont de Strasbourg, par lequel cette ville, qui était libre en« Wre, avait donné tant de fois passage aux armées impériales. ainsi le maréchal de Créqui répara un jour de témérité pai «né suite de succès dus à sa prudence ; et il eût peut-être tcquis une réputation égale à celle de Turenne, s'il eût vécu.
Le prince d'Orange ne fut pas plus heureux en Flandre fue le duc de Lorraine en Allemagne : non-seulement il fut
i. V:\ntfing, ririère de Sovabe, qui M jette àêx^ le Rbio, vti-l-Tis de 9txas* kovf.