CHAPITRE XIV
depuis qu'il régnait, n'ayant assiégé aucune place qu'il n'eût prise, supérieur en tout genre à ses ennemis réunis, la terreur de l'Europe pendant six années de suite, enfin son arbitre et son pacificateur; ajoutant à ses États la Franche-Comté, Dun^ kerque, et la moitié de la Flandre; et, ce qu'il devait compter pour le plus grand de ses avantages , roi d'une nation alors heureuse, et alors le modèle des autres nations. L'hôtel de ville de Paris lui déféra quelque temps après le nom de Grand avec solennité (1680), et ordonna que dorénavant ce titre serait seul employé dans tous les monuments publics. On avait, dès 1673 frappé quelques médailles chargées de ce surnom: l'Europe* quoique jalouse, ne réclama pas contre ces honneur»; cependft t le nom de Louis XIV a prévalu dans le public sur celui d«- Grand. L'usage est le maître de tout, Henri, qui fut Burnoma;é le Grand à si just3 titre après sa mort, est appelé communément Henri IV; et ce nom seul en dit assez. M. le prince eb- toujours appelé le grand Condé , non-seulement à cause de ses actions héroïques, mais par la facilité qui se trouve à le distinguer, par ce surnom, des autres princes de Condé. Si on l'avait nommé Condé le Grand, ce titre ne lui fût pas demeuré. On dit le grand Corneille, pour le distinguer de son frère : on ne dit pas le grand Virgi!e , ni le grand Homère, ni le grand Tasse. Alexandre le Grand n'est plus connu que sous le nom d'Alexandre : on ne dit point César la Grand. Charles-Quint , dont la fortune fut plus éclatante que celle de Louis XIV, n'a jamais eu le nom de Grand ; il n'est resté à Charlemagne que comme un nom propre. Les titre» ne servent de rien pour la postérité ; le nom d'un homme qui a fait de grandes choses impose plus de respect que toutes les épithètes.