‹ Le siècleChapitre 158 sur 216 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Vue salle du château.

Entrent HAMLET et HORATIO.

HAMLET

Assez sur ce point, mon cher; passons à l'autre, lu te rappelles bien toutes les circonstancesi'

non\Tio.

Je me les rappelle, monseigneur.

HAMLET

Mon cœur t'Iait en proie à une sorte de lutte qui ne me permettait pas de dormir ; j'étais plus mal à l'aise qu'un mutlH mis aux fers. Adoptant tout-à-coup une résolution téméraire,—et grâces soient rendues à la témérité; rappelonsiious que parfois notre imprudence nous vient en aille, alors que nos profonds calculs sont impuissans ; et cela doit nous apprendre qu'il est une Providence dont la main façonne nos projets, que nous n'avio:is qu'imparfaitement ébauchés.

HORATIO

Rien de plus vrai.

HAMLET

Je sortis de ma cabine, et couvert de ma robe de voyage, je les cherchai à talons dans les ténèbres; je parvins à les trouver, fouillai dans leur porte-manteau, et retournai à ma chambre: là, le péril me faisant écarter tout scrupule, je n'hésitai pas à décacheter leurs dépêches; sais- tu ce que j'y trouvai, Horaiio? — O royale scélératesse! — S'appuyant sur divers motifs, tels que le salut du Danemark et de l'Angleterre^ et le danger qu'il y aurait à me laisser vivre, le roi y ordonnait expressément qu'après avoir lu cette lettre, sans y mettre le moindre relard, pas même le temps d'aiguiser la hache, on me fit iraiichcr la tète.

HORATIO

Est-il possible?

H\MLET.

Voici la lettre; tu la liras ù loisir. Mais veusfu savoir ce que je Ils alors?

HORATIO

Diles, je vous prie.

HA31LET

Ainsi pris dans les rets d'un infâme guet-apens, je fis un appel aux ressources de mon cerveau; mon plan fut bientùt dressé : je m'assis, rédigeai une dépêche, que j'écrivis en beaux caractères. Autrefois, à l'exemple de nos hommes d'état, je regardais comme une honte d'avoir une belle écriture, et tu ne saurais croire combien je me suis donné de peine pour perdre ce talent ; mais, en ce moment, il me fut d'une merveilleuse uiililé. Veux-tu savoir la teneur de ce que J'écrivis ?

HORATIO

Oul.msnseigneur.

HAMLET

S'adressaat au monarque anglais comme à son fidèle tributaire, s'il voubit qu'entre «ux la palme de l'affection conliBuàt à fleurir, la paix à porter sa couronne d'épis, et à resserrer les nœuds d'une union durable, le roi de Danemark demandait instamment qu'aussitôt après la lecture de celte lettre, sans autre examen, sans leur donner le temps de&econfeser, Its porteurs de la dépèche fussent mis i mort.

HORATIO

Comment avez-vous scellé cet ordre ?

HAMLET

Id encore la Providence m'a servi : j'avais dans ma bourse le cachet de mon père, reproduction exacte du sceau du Danemark. Je ployai celle dépêche dans la même forme que l'antre ; j'y mis la suscription et la scellai, puis je la plaçai à l'endroit où j'avais pris celle-ci, et l'on ne s'aperçut point de l'échange. Le lendemain eut lieu notre combat : et tu sais ce qui est arrivé depuis.

HOBATIO.

Ainsi Guildenstern et Resencranlz vont subir leur sort.

HAMLET

Ils ont recherché cette mission; ils ne pèsent point sur ma conscience. Ils ne devront s'en prendre qu'à eux-mêmes de leur mésaventure. C'est un malheur pour de vils subaliernes de se trouver engagés entre les glaives irrités de deux puissans adversaires,

HOR.VTIO.

Quel roi est-ce là, bon Dieu !

HAMLET

Mon devoir, maintenant, ne te semblet-il pas clairement tracé? Celui qui a tué mon roi, qui a déshonoré ma mère, qui s'est interposé entre le choix de la nation et mes espérances, qui a tendu à ma vie de tels pièges , et avec tant de perfidie , n'estil pas juste que mon bras le punisse? et ne serait-ce pas un crime digne de damnation, de laisser ce vivant ulcère poursuivre ses ravages?

HORATIO

Il ne peut tarder à apprendre d'Angleterre le dénoûment de cette affaire.

HAMLET

Il l'apprendra bientôt. Le temps qui doit s'écouler jusquelà m'appartient , et la vie d'un homme peut être tranchée en moins de temps qu'il n'en faut pour compter jusqu'à deux. Mais, mon cher Horaiio, je suis désolé de m'êire oublié visà-vis de Laèrte ; car, par ce que j'éprouve moi-même, je juge de ce qu'il doit éprouver. Je ferai toujours cas de son estime; mais l'emphatique exaltation de sa douleur m'avait mis hors de moi.

HORATIO

Chut! qui vient ici?

Enlre OSRIC.

OSRIC.

Je me réjouis de voir votre altesse de releur en Danemark.

H.AMLET.

Je vous rends grâces, seigneur. — (A Horaiio.) Connats-tu cet insecte?

HOR.ATIO.

INon, monseigneur.

HAMLET

Tu n'en es que plus reoral ; car c'est un vice de le cônnat» tre. Il possède beaucoup de terres, et des plus fertiles; qu'un sot animal commande à d'autres animaux, il est sûr d'avoir sa crèche mise à la table du roi : ce n'est qu'un nigaud ; mais, comme je l'ai dit, il possède une vaste étendue de fange. osnic.

Mon doux seigneur, si cela ne dérange pas votre altesse, j'auraig quelque chose à luicommuniquerde la part desamaj^sié.

Ki

SHAKSrEARi:.

BAMLET.

Bien ! ma seigneurie est prêle.

Ob a fait ce chapeau pour vous couvrir la tête. Monsieur.

GULDENSTERN.

Non I cela m'est plus commode, en honneur 1 — Laerte est récemment de retour, monseigneur. Ah! c'est un gentilhomme étonnant, admirable, De langage charmant, et de mine adorable ! A le considérer enfin sous son vrai jour, On pcul dire— qu'il est le phénix de la cour !

IIAULET.

Oui, ce signalement, monsieur, est aulhenli'iue, An point que la mémoire avec l'arithmétique

Se brouillerait bientôt à compter ses vertus ; Car c'est un cavalier comme l'on n'en voit plus ! Un esprit rare ! étrange! unique! inimitable! Et dont son miroir seul peut offrir le semblable !

GIILDK.\STEK\.

Comme vous l'exaltez avec conviction !

ILVJILET.

Je Tembaume, avec vous, dans l'admiration. Mais arrivons au fait dont les mots sont l'écorce.

GVILDE\STEn\.

Depuis longtemps, seigneur, vous connaissez sa force. Je parle de sa force aux armes seulement, Où nul ne le dépasse, incontestablement !

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