LE PRINCE ÉCORCE
Tout bavard que je sois, je crains qu'aujourd'hui
vous ne soyez plus bavard que moi.
LE PRINCE CAMBYSE Ah! Prince Écorce ! j'aime assez critiquer autrui, mais je n'aime point la critique d'autrui. Vous voyez que je me rends justice... D'ailleurs je suis venu en conciliateur.. et je vous connais pour un original. ÉCORCE Personne ne fut jamais mieux choisi comme conciliateur CAMBYSE Ma tâche sera douce si vous le voulez. Mais vous baissez la tête comme un Jutteur hardi ou comme un rêveur qui attend ses esprits familiers.
ECORCE Mon échine recevra vos paroles.
LE PRINCE CAMBYSE Cher camarade et cousin, vendez-nous vos mercenaires
et votre clef... Allons, combien le tout
ÉCORCE Il bégaie plus qu'à l'ordinaire.
C'est un gr. grand. honneur vraiment que vous faites au chef des mercenaires de le priver de son seul bien. malheureusement. mes gens refuseraient de me quitter et et souffrez que j'aille les. les. rejoindre.
Fausse sortie.
CAMBYSE Le poursuit. Ils reviennent.
Jérusalem est bercée par les flots, vous n'avez pas de barques. Si vous n’aviez d’autre ennemi que la mer, vous seriez déjà vaincu.
ÉCORCE
Hum !.… parlons d’autre chose. je veux rester poli avec qui m'ose défier.
LE PRINCE CAMBYSE
Parlons d'autre chose, ami! Vous avez là une belle rapière: vient-elle de votre aïeul comme la clef de la Jérusalem Céleste ? Écorce ! voulez-vous être roi ? Nous vous offrons en échange de la clef des compensations territoriales : voulez-vous devenir le roi de la Scythie méridionale ? Vous ne répondez pas ? Écorce | tant que l'ennemi est divisé, point de crainte, mais que toutes les forces se concentrent, quelle espérance reste-t-il
à l'adversaire
ECORCE Nous avons des canons et vous en ignorez l'usage. Prince d’Andrinople, noble Cambyse, allez porter aux deux monarques la réponse du pauvre chef des mercenaires. Pendant douze années, il a assisté aux querelles de trois guerriers qui ne se trouvent d’accord que pour l’'écraser. Dites qu'il résistera jusqu'au jour que la clef ouvrira cette porte.
CAMBYSE Je vous offre des terres.
ÉCORCE La ville mystérieuse confère à celui qui sait y entrer des pouvoirs magiques qui m'attirent plus que toutes les terres de vos royaumes.
CAMBYSE
Des généraux peuvent être ennemis à la tête de leurs
phalanges et des hommes peuvent lever leurs coupes à
une table d'amis. On voit des ennemis entrechoquer joyeusement leurs verres opposés quand le peuple n’est plus là pour s'en indigner. Je désire que vous veniez à une fête ce soir dans les locaux neufs que j'ai fait aménager. Les évêques qui se réunissent en concile demain amèneront à ma fête un étrange moine qui
voyage en ce pays. Ï] parait que vous vous intéressez à
la théologie; vous pourrez vous entretenir avec ces messieurs.
ÉCORCE Je braverai donc ce soir le poignard de vos sbires.
CAMBYSE
On ne dit pas ces choses-là |
ÉCORCE
Fumez-vous ? Voulez-vous du vin ?
CAMBYSE Je ne fume que le tabac d'Egypte en cigarettes.
boirais volontiers un peu de vin d'Espagne.
ÉCORCE
Apportez les vins d'Espagne.
Entrée du cortège des vins d'Espagne.
Bacchus est sur un âne blanc. Des boucs aux cornes d'or mordent des grappes. Des femmes, couvertes de peaux de tigres dansent à l'espagnole avec des femmes travesties en toréador.
Sur un tonneau, assez; grand pour masquer la scène, sont sculptés les mythes de Bacchus et de Noë. Les personnages sont plus hauts que nature.
On boit ; le cortège sort.