QUATRIÈME HÉTAIRE
On m'a volé tous mes bijoux.
CARTHAGÈNE
Avec une lanterne violette
En sortant du souterrain Cambyse a réftéchi qu'il était prudent de s’éclipser. Plus je contemple les hommes plus je méprise la petitesse de leurs ruses. L'innocence fait davantage que toutes les machines de la terre si l'innocence a de la sagesse : en se “tirant de notre ouïe, Cambyse avoue trop par sa retraite et pas assez pour gagner notre indulgence.
PERGAME
Je me moque de la main qui agit, mais je coupe la tête qui conspire ! Le confesseur traître à Dieu et aux rois! Le grotesque pirate qui bégaie, où sontils? Fichtre!
CARTHAGÈNE
Vous jurez comme on éternue !
PERGAME
Que ne dis-ttu donc « À vos souhaits ! » Du sang !
il nous faut du sang! c'est de ton sang que le
talapoin envoyé par le diable payera cette nuit
satanique. [Et vous, mes trompettes et mes vaillants
gardes! qu’on nous aïlle chercher notre armée à
notre camp et quon nous démolisse avec le bélier
de l'audace les murailles de cette ville ridicule.
Clairons et Tambours.
CARTHAGÈNE
Il est prudent d'attendre ici les événements.
PERGAME
Je n'aime pas plus l'attente dans le siège d’une ville que la thériaque quand je me porte bien. Tandis que vous méditerez encore ici près de quelque hétaïre, j'aurai la gloire de prendre les tours de cette ville. Quant aux traîtres, mes gens les apporteront pour
que je me lave les bras de leur sang!
CARTHAGÈNE
sont sages, ils sont loin!
PERGAME
Je veux laver mes bras dans le sang de ces traîtres! qui a la tête et les ains ? C ill traitres! qui a la tête et les mains ? Cent mille ! A e® , . = ëcus à qui mapportera ses mains. Je veux les faire sécher et clouer au mur un jour pour m'’ oui séc t clouer au mur un jour pour m'en réjouir la vue. Au surplus, la main de singe porte bonheur ! Cent
mille livres pour un tonneau de son sane.
UN GARDE DE PERGAME Les gardes de Votre Majesté sont réunis et n'atten-
dent que ses ordres pour gagner le camp.
Pergame et le garde sortent.
UNE HÉTAIRE
Ah! je le reconnais ce vieux figuier-là ! N’as-tu pas eu une femme qui s'appelait Julie ? elle était brune, elle avait un grain de beauté au cou! Roi Carthagène, êtes-vous incapable sans stimulants de mener une nuit de plaisirs jusqu’à la fin! On dirait que tu signes ta mort en t’approchant du corps d’une femme, figure de psaume ! te voilà rôdant comme un aveugle et moi je
suis allongée seule. Tu ignores les charmes toujours
nouveaux de l’amour. Tu n’aimes pas les femmes pour
elles-mêmes, aime-les pour les avantages qu’elles procurent. Une nuit de fête ouvre l'octroi de ta pensée ! viens ! je lirai dans ta main quels dangers te menacent et quels sont tes rivaux.
UNE HETAIRE
Jetez-lui des parfums sur les vêtements !
CARTHAGENE Les femmes trouvent toujours le moment de vous
prendre quelque chose. Je suis pauvre comme une pierre
et comme la pierre je tiens aux filons métalliques que je tiens.
L'HÉTAIRE Pauvre et roi ! cela ne se comprend pas ! Allons ! tu me plais malgré que je n'aime pas les hommes velus
+ et les hommes avares.
CARTHAGÈNE
Je te plais ?
L'HÉTAIRE Vieux paillard ! qu’on apporte des fruits et des
liqueurs près de ce divan.
UNE HETAIRE Celle-ci ordonne et commande déjà comme une
favorite.
Le jour paraït. Les Hétaïres dansent en chantant. L'une a une couronne de fleurs, la seconde une couronne d'argent, la troisième une couronne
de fer, la quatrième une forteresse