Le siége de Paris
Pardonnez-moi si je prends la liberté de vous dédier oe volume, sans avoir llionneur d'être connu de vous , nais le souvenir de votre nom est invinciblement lié à jelui du Siège de Paris; et c'est le piemier qui se présente à l'esprit du Français tjui entreprend d'en krire l'histoire.
Ce qui nous a tous profondément touchés, c'est moins a grandeur de vos largesses, qui ont été immenses, rue la bonne grâce spirituelle avec laquelle vous les wez faites. Il ne suffit pas à la charité, quand elle ■'adresse à un peuple délicat, d'être chaude et ingé^ lieuse; il faut encore qu'elle ait grand air. La vôtre entait son gentleman; permettez-moi d'user plutôt lu mot de mon pays : elle était d'un gentilhomme.
Un jour — c'était fan des derniers du siège — un bus prussien tomba sur ces merveilleuses 'serres du
Muséum, qui ont fait F admiration de T Europe . 11 y réduisit tout en poudre^ et ne laissa debout que deux camélias en Heurs, C'est à vous^ Monsieur, que les administrateurs du Muséum envoyèrent ces deux pauvres fleurs, échappées à la dévastation, comme un aimable et doux témoignage de la reconnaissance que vous a vouée la ville de Pans»
Daignez accepter de même ce petit livre qui a poussé ' sur des ruines. J'ignore quel en sera le succès; mais si je souhaite qu'il soit beaucoup lu, c'est surtout afin qu'il répande plus loin le nom du généreux étranger qui, durant ces terribles épreuves, a si noblement secouru nos misères et partagé nos périls.
xJe vous prie d'agréer, Monsieur^ Texpression de ma profonde estime et de ma vive sympathie.
Francisque SARGEY.
PREFACE
Ce n'est point à proprement parler Thistoire du siège de Paris que je prétends conter au public. Cette histoire ne peut guère être écrite que par les hommes politiques qui ont pris, à cette heure solennelle, le gouvernement du pays, et par les chefs militaires qui se sont chargés de la défense de la ville. Elle se fera peu à peu, jour à jour, chacun donnant les renseignements qu'il possède, et apportant son témoignage ; et plus tard il se présentera quelque écrivain, amoureux de la vérité, qui contrôlera tous les récits, les uns par les autres, les coor-
donnera, et en composera cette véritable histoire, que nous ne pouvons ni ne voulons faire aujourd'hui.
Nous ne dirons, nous, que ce que nous avons vu; les tableaux qui se sont incessamment déroulés sous nos yeux, durant cette période qui a été aussi féconde en observations curieuses pour le philosophe, qu'en douleurs et en colères pour le patriote; nous conterons, moins les faits que les impressions diverses qu'ils ont causées dans nos âmes, les accablant tour à tour de tristesse et les soulevant d'enthousiasme.
Ce sera bien une histoire, si vous voulez, mais une histoire purement pittoresque, anecdotique et morale. Morale surtout. Je conterai aussi exactement qu'il me sera possible les émotions quotidiennes qui ont agité l'âme de ce Paris, si nerveux, si prompt aux sensations extrêmes, et qui, dans la même semaine, s'emporte aux résolutions les plus héroïques ou s'abat jusqu'aux plus douloureuses concessions.
Si la vérité des événements qui sont de l'ordre politique et militaire nous échappe trop souvent, à nous autres contemporains, nous sommes en revanche parfaitement placés pour recueillir les impressions qu'ils ont excitées dans le public ; car nous les avons senties nousmêmes, et il nous a suffi, pour les Lien connaître, d'interroger notre cœur.
Peut-être ce livre, si imparfait qu'il soit, car il a été écrit d'une plume bien rapide, et au milieu de préoccupations terribles, peut-être n'en sera-t-il pas moins curieux à lire, et fertile en leçons. Il nous ouvrira, à noué-mêmes, de nouveaux jours sur notre caractère ; c'est dans les grands malheurs que les nations, comme les hommes, se révèlent tout entières à l'observateur. Il nous mettra en pleine lumière nos défauts — nous en avons , hélas ! et qui ont été cruellement punis — il nous instruira aussi de qualités que nous ne savions pas posséder à un degré si haut; il nous fera mieux aimer, en nous apprenant ainsi ce Paris, en qui se rainasse
et se résume la France, notre chère et malheureuse patrie.
Un dernier mot qui a son importance : ce hvre n'est pas un Uvre de parti. Quelles que soient les opinions politiques de l'auteur, il a tâché d'être juste pour tout le monde, et de ne toucher à aucune des questions irritantes qui partagent en ce moment les esprits, et que l'avenir seul peut résoudre.
FRA^cisauE SARGEY.