‹ Le siége de Paris (volume 4)Chapitre 34 sur 36 · FORTIFICATIONS DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS DE STRASBOURG

Le Journal de Gejiève a publié, au mois d'octobre 1870, une série d'articles fort intéressants sur le siège de Strasbourg. Deux de ses articles contenaient sur les fortifications de la ville une étude faite de main de maître. Nous reproduisons une partie de ce travail, qui, à la suite de notre récit, présentera, pour ainsi dire, le résumé de l'histoire militaire de ce siège mémorable :

« La place de Strasbourg a toujours été considérée en France comme une forteresse de premier rang. Elle passe avec raison pour le chefd'œuvre de Vauban. C'est une œuvre correcte qui n'est attaquable que par trois points. Ses solides remparts sont entourés d'innombrables ouvrages noyés datis de larges fossés remplis d'une eau profonde qui forme devant les courtines de véritables étangs. La citadelle, enfin, est à elle seule une seconde place séparée de la ville par tout un

système d'ouvrages qui s'élèvent du sein des eaux, et dont la prise suppose un second siège. L'aspect de cet ensemble de fortifications rasantes :|ui s'étendent à perte de vue dans la plaine est piofondément imposant. Vauban a pu ici donner libre carrière au développement de son principe rpi'en multipliant le nombre des ouvrages on multiplie d'autant les difficultés d'un siège, et après avoir contemplé son œuvre, il a dû se dire qu'elle était bonne. Mais, aujourd'hui, en face des inventions modernes, la place de Strasbourg avait cessé d'être ce qu'elle était jadis, et elle offre quatre points profondément défectueux qui devaient la faire tomber rapidement devant un siège bien conduit.

« V Elle ne possède aucun ouvrage avancé, soit fort détaché, dans le but de tenir l'ennemi à distance, d'étendre et d'affaiblir d'autant sa ligne d'investissement, en sorte que, dès le premier jour, l'artillerie ennemie pouvait atteindre de ses projectiles jusqu^'au centre de la ville.

« 2° Elle n'offre pas déposition dominante ; elle s'étend dans une plaine à peine ondulée ou l'assiégeant se défile partout sans aucune difficulté contre l'artillerie de la place.

« 3° Elle est située beaucoup trop près du Rhin et de la fronlière, puisque aujourd'hui on peut la canonner du territoire badois, et que la citadelle a été foudroyée par des batteries établies sur la rive droite du Rhin.

« Avant rinvention de l'artillerie moderne, celte proximité du Rliîn et les ramifications du fleuve qui occupent Tespace situé entre la citadelle et son lit principal étaient plutôt un élément de force pour la place, et ce n'est probablement pas sans intention que Vauban a placé la citadelle à l'entrée de la ville, de manière à couvrir de ses ouvrages tout Tespace qui s'étend entre elle et les îlots qui sont souvent inondés par les hautes eaux. Le Rhin couvrant les abords de Strasbourg, il n'était pas facile d'ouvrir la tranchée dans les terrains humides, en sorte que l'angle le plus saillant et le plus vulnérable de la place se trouvait ainsi fortement garanti. Mais aujourd'hui la position de la citadelle ne fait que rapprocher la place du territoire ennemi en l'allongeant vers le Rhin; elle la met encore plus à la portée des canons des asségieants. Le fleuve, de protecteur qu'il était, n'est plus aujour* d'hui qu'un fossé infranchissable, derrière lequel les batteries ennemies peuvent foudroyer tout à leur aise la citadelle, à l'abri des sorties de^ assiégés,

« 4® Les ouvrages de fortification de Strasbourg sont aujourd'hui à peu près ce qu'ils étaient il y a un siècle et demi. 11 y manque, à l'intérieur comme à l'extérieur, tout ce qui fait la force de la fortification moderne, un vaste système de casemates destiné à mettre en sûreté, pendant un siège, la garnison et le matériel de guerre. La citadelle

elle-même ne contient que des casemates capables de loger 5 à 600 hommes, ce qui est insuffisant, d'autant plus qu'en cas de siège elles se trouvent déjà en partie remplies de munitions et transformées en magasins divers.

« Les travaux récents qu'on a continué à faire dans les fortifications sont d'une insignifiance notoire; ce sont de petites casemates à munitions pour les ouvrages avancés, des travaux d'entretien, quelques traverses, etc.

« La place de Strasbourg apparaît donc aujourd'hui presque comme un vieux vaisseau du siècle de Louis XIV où l'on a de temps en temps changé quelques caronades, quelques voiles et recloué quelques planches, et qui, fort de ses trois rangées de canons, mais sans avoir reçu ni cuirasse ni machine à vapeur, continue à tenir la mer en se croyant le maître de l'Océan. Certes, si on la compare aux grandes forteresses allemandes telles que Rastadt et Goblentz, et même à la grande place française de Metz, on reste confondu du contraste.

« Pourquoi donc Strasbourg a-t-il conservé jusqu'à ces derniers jours la réputation d'une place de premier ordre? Sans aucun doute, pour la même raison que la France a conservé jusqu'au bout ses illusions sur l'excellence de son organisation militaire, parce qu'à foi ce de répéter depuis un siècle une vérité qui fut vraie un jour, mais qui ne l'est

plus, elle a fini par passer à Tétat d'axiome reconnu et de lieu commun.

a Jusqu'à la bataille de Frœschwiller, on vivait à Strasbourg dans la plus parfaite quiétude, on ne songeait pas à armer la place, on était trop occupé de l'étude du plan de Berlin. Mais, un soir, arriva la nouvelle de la défaite de Mac-Malion , et déjà quelques fuyards échappés à la poursuite se présentaient aux portes de la ville. Ce ne fut bientôt, dans tous les quartiers, qu'un remue-ménage indescriptible. On fit battre la générale dans les rues, et une sorte de panique courut dans les rangs de la population. Il fallait organiser la défense en toute hâte. Les arsenaux renfermaient douze cents pièces d'artillerie. Ordre arriva d'en placer huit cents sur les remparts. Mais les journées s'écoulaient et les remparts ne se garnissaient pas. 11 se perdit ainsi une huitaine de jours*, on avait Fair de douter que l'ennemi osât se présenter sous les murs de la place. Enfin l'artillerie sortit cependant de ses hangars et alla se placer fièrement dans ses embrasures ; mais des huit cents pièces ordonnées on n'en braqua pas la moitié, et, en parcourant les remparts après la reddition de la place, on reste frappé d'étonnement à la vue du manque d'unité qui règne dans cette artillerie. Entre des pièces de 24 et de 12 rayées, on rencontrait une multitude de pièces lisses dont le tir sur les tranchées ne devait pas être bien efficace, tandis que, dans les cours de l'arse-

nal,au centre de la ville, on apercevait des centaines de canons montés, rangés en longues files et qui n'avaient pas quitté le parc; dans le nombre beaucoup d'anciennes pièces lisses, mais aussi beaucoup de belles pièces rayées entièrement neuves et ({ui ne semblaient avoir, de leur vie, tiré que quelques coups d'essai.

" Aussi les remparts étaient-ils fort incomplètement armés. Là où se trouvaient six embrasures ne figuraient que deux canons ; les pièces étaient en nombre suffisant, sans doute, pour battre la campagne dans toutes les directions, à supposer qu'on n'eût à combattre qu'un ennemi visible; mais leur nombre devait être complètement inefficace contre les travaux d'un siège régulier. Aucune de ces grajides batteries armées de pièces de gros calibre faites pour contre -battre celles de l'ennemi, et que sur des remparts tout préparés, il est si facile d'établir autour des points vers lesquels se dirige l'attaque; aucune de ces batteries formées de mortiers nombreux qui seuls auraient pu inquiéter sérieusement le travail des tranchées. Aussi les batteries ennemies ont-elles relativement fort peu souffert, et c'est à peine si les parallèles portent quelques traces du feu des Français.

« Comment expliquer ces faits? Nous supposons qu'il faut en chercher la cause dans l'insuffisance de toutes choses qui s'est manifestée à Strasbourg, comme partout ailleurs en France, au moment de

la surprise inattendue que réservait à ce pays Tinvasion allemande. Il fallut beaucoup de temps pour vérifier T inventaire des arsenaux et se rendre compte de ce qui pourrait être utilisé. On manquait avant tout de fusées pour les obus ; et lorsque le général Uhrich en fit demander, déjà les Badois cernaient la ville ; le courrier fut pris, diton, puis relâché, mais les fusées expédiées vinrent tomber dans la souricière des assiégeants. Ou nous a assuré que ceux-ci en donnèrent avis à la place, en ajoutant qu'ils les gardaient en dépôt. Cet accident imprévu des fusées, qui, sans doute, n'a pas été le seul à paralyser la défense, nous semble indiquer qu'il y a eu nécessité de varier, autant que possible l'artillerie des remparts afin d'utiliser les munitions plus diverses qu'abondantes dont disposait la défense, d'enfiler les fossés avec des pièces de campagne, et de recourir même à des pièces lisses.

« La garnison de la ville n'était pas mieux organisée que le reste. Après que l'on eut retiré de Strasbourg les troupes destinées à renforcer le corps de Mac-?Tlahon , il n'y restait qu'un régiment de ligne, auquel vinrent se joindre les débris de divers corps échappés à la déroute de Wœrth, troupe sans unité et sans cohésion, composée des éléments les plus disparates, et entièrement démorahsée par la défaite. Les canonniers étaient en nombre insignifiant pour une place comme Strasbourg. Il fal-

lut faire servir les pièces par des compagnies de pontonniers, corps qui, en France, est classé dans rartillerie. On y joignit tous les artilleurs civils, anciens soldats, qu'on put réunir dans la ville, puis des soldats de toutes armes qui pouvaient au moins être employés à porter les munitions et aider à la manœuvre. Le corps du génie était représenté par dix-sept sapeurs et, nous voulons le croire, aussi par quelques officiers, tandis que les assiégeants conduisaient leurs travaux d'attaque avec trente compagnies de pionniers, dirigées par un nombreux corps d'ingénieurs. A ces faibles conlingents venaient s'ajouter les douaniers, les gendarmes, les magasiniers, les non-valeurs des temps de paix qu'on chercha à utiliser, ce qui ne conduisit pas bien loin; puis 8 à 10 mille gardes mobiles* qui formèrent le fond de la garnison, mais qu'il fallait instruire à la hâte ; enfin, la garde nationale de la ville. Mais à l'égard de celle-ci on resta fidèle aux vieux errements; tandis qu'elle demandait des armes à grands cris, et que l'ennemi menaçait déjà la place, on hésitait à l'armer, toujours par crainte de Fennemi intérieur qu'on semblait redouter plus encore que l'ennemi extérieur. On finit cependant par lui fournir des fusils à piston ou à tabatière, tandis qu'on laissait deux mille chassepots sauter dans la citadelle.

1. Ce chiffre est erroné; il n'y avait que quatre à cinq raille gardes mobiles à Strasbourg.

« C'est avec cette garnison de fortune clonl le chiffre pouvait s'élever à 16 000 hommes, sur lesquels 4 à 5000 tout au plus pouvaient passer pour des troupes proprement dites, quelegénéral Uhrich eut à soutenir contre 50000 hommes le siège d'une place qui, pour se défendre sérieusement, aurait du renfermer une garnison de 25 000 hommes de troupes régulières. Il en tira tout le parti qu'il était possible d'en tirer, en ayant recours aux expédients les plus variés. Mais avec une armée ainsi composée, les sorties vigoureuses, qui sont le sine qiia non d'une bonne défense, étaient impossibles, faute de troupes en nombre suffisant, faute de soldats expérimentés et disciplinés.

« Aussi les travaux de siège ont-ils suivi fatalement leur marche régulière comme le veut la théorie, sans avoir été troublés par aucun de ces incidents imprévus que peut faire naître le génie inventif d'une habile direction de la défense. La place n'a fait que deux sorties sérieuses durant le cours du siège, avec 800 hommes seulement. Ces sorties ont été facilement repoussées avec des pertes regrettables', la première était appuyée par de l'artillerie; mais s'exécutant sans aucune reconnaissance préalable, elle alla tomber en ligne directe dans une embuscade; les chevaux de l'artillerie furent tués en un clin d'œil, et trois pièces restèrent aux mains de l'ennemi. Les deux premières parallèles furent établies presque sans avoir été

canonnées par la place, sans doute par suite de la nécessité de ménager les munitions.

« Les parapets des remparts ne semblent pas avoir été souvent réparés pendant la nuit; les pièces démontées n'étaient guère remplacées ; enfin on ne s'est pas servi de la mine pour inquiéter les assiégeants. Il existait, il est vrai, des galeries de mines dans les glacis, mais les eaux trop hautes des fossés paraissent en avoir empêché l'emploi, parce qu'on n'avait pas établi de batteries électriques pour les faire sauter. D'ailleurs, les galeries furent toutes coupées à la gorge par les pionniers des assiégeants, et Ton pouvait voir depuis, dans la troisième parallèle, deux fourneaux qui avaient été déterrés par la voûte. Les soldats prétendaient qu'on en avait extrait la poudre, mais nous n'oserions affirmer qu'ils eussent été réellement chargés. On s'étonne aussi que rien n'ait été fait pour arrêter sérieusement l'ennemi dans les lunettes 52 et 53. Des mines nombreuses et habilement dissimulées en communication avec des batteries électri- (jues auraient bien retardé la sape, toujours si difficile à conduire dans la plongée des ouvrages ; et il semble qu'avec de grandes batteries de mortiers établies derrière le rempart on aurait pu couvrir ces lunettes de bombes et les rendre intenables à l'ennemi ou, pour le moins, retarder singulièrement ses travaux.

« En revanche, un temps précieux et des forces

coQsiderables ont été gaspillés en pure perte à palissade! tout le pourtour du chemin couvert des glacis, dont le développement est immense ; on reste confondu à la vue de ce travail colossal qui n'a pu être achevé et dont il est impossible de deviner le but, de la façon dont il a été exécuté. La palissade se compose de pieux prismatiques, faits au moyen de poutrelles refendues à la scie suivant la diagonale de la section. Ils ont été plantés contre le mur du talus intérieur du chemin couvert, faisant, pour ainsi dire, corps avec ce mur qu'ils dépassent à peine d'un pied. A quoi devait servir ce palissage qui a exigé un travail immense? A protéger des tirailleurs ? Mais un enfant de douze ans le sauterait à pieds joints. Arrêter des colonnes d'as«saut? Mais il ne saurait rien arrêter; d'ailleurs un ennemi ne se jettera jamais dans le chemin couvert sous le feu des ouvrages noyés qui le dominent à petite distance, à moins que les approches n'aient déjà atteint le bord des fossés, et dans ce cas les palissades, aussi bien que le mur, auraient été coupés par les cheminements. Tout au plus semblable barricade eùt-elle été utile si elle avait été placée à 2 ou 3 mètres en arrière du chemin couvert au lieu d'être incrustée contre son mur de soutènement.

« On sent là un manque de direction évident, résultat de la confusion qui a régné, dès le début, dans la place. Il n'y avait, en effet, pas même un

général d'artillerie à Strasbourg au commencement du siège; celui-ci était déjà fort avancé lorsqu' arriva enfin le général Baral, qui réussit à pénétrer dans la place à la faveur d'un déguisement et en traversant les fossés à la nage ; mais à ce moment il était déjà trop tard.

« Pour compléter le tableau de Tinfériorité de la défense, il n'est peut-être pas inutile d'ajouter ici quelques mots sur les inconvénients du système adopté dans l'artillerie de position française. Nous avons vu que les pièces allemandes sont montées sur des affûts assez élevés pour tirer en barbette par-dessus un parapet à hauteur d'homme, en sorte que les canonniers restent parfaitement à couvert. Il n'en est pas de même des pièces françaises. En France, on a persisté systématiquement dans le système des canons se chargeant par la bouche, [ce qui nécessite des aff'ùts bas pour la manœuvre de récouvillou. Il résulte de là que, dans les batteries, les canonniers ne sont plus à couvert, lorsque la pièce est placée en barbette ; il faut donc avoir recours au système des enibrasures, c'est-à-dire que si le parapet est élevé à hauteur d'homme pour mettre les hommes à couvert il faut entailler le parapet pour y faire passer la bouche de la pièce. Mais k's embrasures sont des entonnoirs qui conduisent les projectiles ennemis tout droit sur les artilleurs de service. En outre, pour charger et refouler le boulet, les canonniers sont

obligés de se découvrir plus ou moins et de s'exposer aux coups.

•<■ Le tir est, du reste, moins précis et moins puissant avec les pièces chargées par la bouche, car l'obus, pour s'enfoncer dans l'âme de la pièce, ne peut pas joindre exactement; il force bien au sortir, grâce à un artifice particulier qu'il serait trop long de décrire, mais il a toujours un certain vent, assez même pour permettre Tinflammation de la fusée. L'obus allemand, au contraire, est enveloppé d'une chemise de plomb qui se force dans les rayures du canon d'acier aussi exactement qu'une balle de carabine, en sorte qu'à des distances prodigieuses, il met tous les boulets pour ainsi dire dans les mêmes trous. On demandait à un officier français comment il se faisait qu'en France on eût persisté dans le système du canon chargé par la bouche. « Il est <c si pittoresque devoir tourner récouvillon, répon- « dit-il, qu'il eût été vraiment dommage d'y renonce cer. » Ajoutez à ce qui précède que la fusée de l'obus français n'est graduée qu'à 6 points, c'està-dire que, durant le trajet du projectile, celui-ci n'éclate qu'après le l*"'", 2*^, 3% 6^, etc., de son parcours, tandis que la fusée allemande gradue à 80 points, offrant ainsi une précision treize fois plus grande pour le moment de l'explosion du projectile. On comprend d'après cela pourquoi les obus français éclataient presque toujours trop près ou trop loin.

« L'artillerie allemande, disait un officier, a tiré « avec beaucoup de bonheur. >» On s'étonne en effet que si peu de temps ait suffi pour dévaster entièrement les remparts des points d'attaque et tous les ouvrages qui les flanquent. Les parapets n'ont plus de forme, le gazon a disparu ; de loin ils ressemblent à des monticules de terre profondément creusés par les eaux, et, au milieu de ce chaos, gisent les affûts brisés, les pièces démontées et parfois défigurées par des coups qui ont été frappés en pleine bouche.

« Dans la citadelle, où tous les bâtiments sont en ruine, la dévastation est complète. Au milieu de la cour des casernes, on voit un parc de mortiers chargés sur leurs chars qui ont été brisés suï place sans avoir atteint leur destination. Dans le bâtiment le plus avancé du côté du R.hin, était un dépôt de munitions qui a sauté. Le sol était couvert en cet endroit de débris des coffrets de tôle, de boulets ronds de 4, de biscaïens de diverses grosseurs. Que faisaient ces coffrets de munitions dans ce lieu si exposé, et à quoi devaient servir ces boulets de tout petit calibre? Nous l'iguorons.

« Par une sorte de hasard qui contraste fortement avec les ruines des remparts, on voyait sur l'esplanade un très-bel équipage de pontons qui était resté intact, encore chargé sur ses chars ; on y lisait une adresse indiquant qu'il était expédié de Besançon à une tout autre destination, mais que,

par suite des vicissitudes de la guerre, il iétait venu échouer à Strasbourg.

« Sous les glacis , entre la porte des Juifs et la porte de Pierres, on rencontrait de même un matériel de chemin de fer immense qui n'avait pu être retiré à temps, mais qui était réduit en esquilles.

«< Il est facile de juger qu'avec tous les éléments d'infériorité qui viennent d'être exposés, la défense de Strasbourg pouvait être héroïque, mais non prolongée, malgré tous les efforts des officiers pour se multiplier.

« Le général Uhrich y a illustré son nom ; mais il serait injuste d'oublier qu'en fait d'héroïsme c'est aux habitants que doivent revenir les plus grands éloges. La reddition de Strasbourg ne pouvait plus être évitée, et le Conseil de défense l'a votée à l'unanimité.

« La capitulation était des plus honorables, la garnison devait sortir avec les honneurs de la guerre ; mais aussitôt l'événement connu, une indiscipHne indescriptible s'empara des troupes; il devint impossible d'en faire façon et d'y maintenir l'ordre qui seul aurait pu assurer une sortie honorable. Les soldats s'enivrèrent, bon nombre déserta, les troupes sortirent dans un pêle-mêle complet de tous les corps , les soldats brisant leurs armes ou les jetant dans les fossés. Les officiers allemands dépeignent cette scène de l'évacuation de

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la place comme ayant produit sur eux une impression très-pénible.

« Le général UhricVi et les ofRciers qui le désirèrent furent laissés libres sur parole. Le général se rendit à Tours, où il fut justement félicité et où on le sollicita de reprendre du service. Il est superflu d'ajouter qu'il s'est loyalement refusé à violer ainsi la parole donnée, et qu'il a conservé intacts jusqu'au bout sa réputation de général et son honneur de soldat. »

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