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ONZIEME LETTRE

Ce C décembre.

te signe de la croii est un trésor qui nous enrichit, parce qu'il est une prière : Preuves. — Prière puissante : Preuves. — Prière universelle : Preuves. — 11 pourvoit à tous les besoins. — Pour son àmc l'homme a besoin de lumières. — Le signe de la croix les obtient : Preuves. — De force le signe de la croix la procure : Preuves. — Exemples des martyrs.

Le signe delà croix est un trésor qui nous enrichit : là se trouve une de ses raisons d'être. Il nous enrichit, parce qu'il est une excellente prière. Voilà, mon cher ami, tu ne l'as pas oublié, le point de doctrine que nous établissons en ce moment.

Déjà la moitié de la preuve est faite. Elle est dans l'antiquité, l'universalité, la perpétuité du signe de la croix. Au milieu du naufrage dans lequel le monde idolâtre laissa avarier ou périr tant de révélations

primitives, on voit surnager le signe de la croix. Que dit ce fait étrange, nouveau pour toi; incompréhensible pour un grand nombre ; mais très-rationnel pour le chrétien habitué à réfléchir? Il dit éloquemment la haute utilité du signe de la croix pour l'homme ; parce qu'il dit sa puissante efficacité sur le cœur de Dieu. Du raisonnement passons aux faits.

Le signe de la croix est une prière : une prière puissante, une prière universelle.

C'est une prière. Qu'est-ce qu'un homme qui prie? C'est un homme qui confesse devant Dieu son indigence : indigence intellectuelle, indigence morale, indigence matérielle. C'est le mendiant à la porte du riche. Or, le mendiant prie par sa voix, mais plus éloquemment par son visage blême et amaigri, par ses infirmités, par ses haillons, par son attitude. Ainsi priait sur la croix l'adorable Mendiant du Calvaire. Danscetétat.

le Fils de Dieu était plus que jamais l'objet des complaisances infinies de son Père.

Lui-même nous dit que cette prière élo-

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quente, plus en action qu'en parole, fut le levier puissant qui attire tout à lui (1).

Que fait l'homme en formant le signe de la croix, soit avec la main, soit en étendant les bras? 11 imprime sur lui-môme l'image du divin Mendiant: il s'identifie avec lui.

C'estJacob se couvrant des vêtements d'Ésaiï, pour obtenir la bénédiction paternelle. Par cette attitude de foi, d'humilité, de dévouement, que dit-il à Dieu? Il dit: Voyez en moi votre Christ, respice in faciem Christi fut. Prière plus éloquente que toutes les paroles : « Elle monte, dit saint Ambroise, et l'aumône descend : Ascendit deprecatio et descendit Dei miseratio. » Tel est le signe de la croix, même sans formule. Il ne parle pas, et il dit tout.

C'est une prière puissante. Lorsqu'un agent de l'autorité, commissaire de police, maire ou gendarme, met la main sur un

(I) Cum cxaltatus fuero a terra, omnia traliam ad i'sum. (Joann.. xn, 32.) Humiliavit semetipsum, anus obediens usque ad mortem... propter quod cxalt;i\il un m, etc. [PhUipp., n, 8.)

LH SIGNE DE LA CROIX

délinquant, il lui dit : Au nom de la loi, je t'arrête. Dans ce mot, au nom de la loi, le coupable voit l'autorité de son pays, la force armée, les juges, le roi lui-même. La peur le prend et il se laisse arrêter.

Quand l'homme, menacé d'un danger, assailli par le doute, persécuté par la tentation, en proie à la souffrance, à la maladie, prononce cette parole de solennelle autorité : Au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit ; et qu'en la prononçant il fait le signe rédempteur du monde, le signe vainqueur de l'enfer: comment expliquerais- tu la résistance du mal ? L'homme n'a-t-il pas rempli toutes les conditions du succès ? Dieu n'est-il pas, en quelque sorte, mis en demeure d'intervenir, et, en intervenant, de glorifier son nom et la puissance de son Christ?

Aussi, l'efficacité particulière du signe de la croix n'a jamais été douteuse, ni pour l'Église ni pour les siècles chrétiens. Les plus graves théologiens enseignent même que le signe de la croix opère par lui-même,

et indépendamment des dispositions de celui qui le fait. Ils en donnent plusieurs preuves : je n'en citerai que deux.

La première, c'est l'usage incessamment répété du signe de la croix. « S'il ne produisait pas, disent-ils, ses effets de luimême, les chrétiens n'auraient aucune raison d'en faire un si fréquent usage. A quoi bon d'y recourir, quand un mouvement de l'âme ou une bonne œuvre quelconque suffirait pour obtenir et pour réaliser ce qu'ils espèrent obtenir et réaliser par le signe de la croix (1)?»

La seconde repose sur des faits célèbres dans l'histoire et d'une authenticité incontestable: en voici quelques-uns.

(1) Dicimus signum sanctissimœ emeis producere suos effectus ex opere operato. (Gretzev, lib. IV, c. lxii, p. 103.) — Ita etiam doctissimi quique theologi sentiunt, ut Grcgorius de Valentia, Franciscus Suarez, Bellarminus, Tyra?us et alii. (Ibid.) Et certe nisi ex. opère operato crux effectus suos ederet, non esset cur tam sedulo a fidelibus usurparetur ; quia bono animi motu et actu, omne illud perficere œque certo possent, quod adhibito crucis signaculo peragunt et se peracturos sperant. [Ibid.)

Le premier est celui de Julien l'Apostat.

Déserteur du vrai Dieu, cet empereur devient, comme cela est inévitable, adorateur du démon. Pour connaître les secrets de l'avenir, il cherche dans toute la Grèce les hommes en rapport avec le mauvais Esprit.

Un évocateur se présente qui promet de satisfaire sa curiosité. Julien est conduit dans un temple d'idoles. Les évocations faites, l'empereur se voit entouré dedémons, dont la figure l'épouvante.

Par un mouvement de crainte irréfléchi ; il fait le signe de la croix, et tous les démons disparaissent. L'évocateur s'en plaint et recommence l'évocation. Les démons reparaissent. Julien s'oublie encore et fait le signe de la croix. Nouvelle disparition des esprits de ténèbres ()).

(I) Ad crueem confugit caque se adversus terrores consignât, eumque quem persequebatur in auxilium adsciscit. Valuit signaculum, cedunt dsemones, pelluntur timorés. Quid deinde? reviviscit nialuni, rur sus ad audaciam redit ; nirsus aggrcditur, rursus [idem icrrores urgent, rursus objecto signaculo dœ-

AT JCU* SIÈCLE.

Ce fait, rapporté par saint Grégoire de Nazianze.par Théodoret et les autres Pères de l'Église, lit grand bruitdans toutl'Oricnt. Le second est plus connu de l'Occident.

Nous le devons au pape saint Grégoire.

L'illustre pontife en commence le récit par ces mots : « Le fait que je vais raconter n'est pas douteux, car il y a presque autant de témoins que la ville de Fondi compte d'habitants (1).

«Un Juif, venant de la Campanie et se rendant à Rome, par la voie Appienne, arriva dans la petite ville de Fondi. Comme il était tard, il ne put trouver à loger et se retira, pour passer la nuit, dans un vieux temple d'Apollon. Cette antique demeure des démons lui fit peur, et, bien qu'il ne fût pas chrétien, il eut soin de se munir du

mones conquiescunt, perplexusque hseret discipulus. (S. Grég. Nazian., Orat. u contr. Julian.)

(I) Nec rcs est dubia quam narro, quia pcnc tanti in ea testes sunt, quanti et ejusdem loci habitatores existant. (Dial., lib. III, c. vu.)

signe de la croix. A minuit, effrayé de sa solitude, il était encore éveillé.

« Tout à coup il voit une troupe de démons qui semblent venir rendre hommage à leur chef, assis au chevet du temple. A mesure qu'ils se présentent, celui-ci les interroge et demande à chacun en particulier ce qu'il a fait pour porter les hommes au péché. Tous lui dévoilent leurs artifices. Au milieu de ces discours, un d'eux s'avance qui raconte la grave tentation dont il est parvenu à faire sentir les atteintes au vénérable évoque de la ville. Jusqu'ici, disait-il, j'avais perdu ma peine ; mais hier au soir j'ai réussi à lui faire donner un petit coup sur l'épaule de la sainte femme qui s'occupe de sa maison. — Continue, lui répond l'antique ennemi du genre humain ; achève ce que tu as commencé, et une si grande victoire te vaudra une récompense exceptionnelle.

« Cependant, le Juif témoin de ce spectacle respirait à peine. Pour le faire mourir de frayeur, le président de l'infernale as-

ltio

semblée, instruit de sa présence, ordonne de s'informer quel est le téméraire qui a osé venir s'abriter dans le temple. Les mauvais esprits s'approchent, le regardent avec une attention curieuse, et, le voyant marqué du signe de la croix, ils s'écrient: Malheur, malheur 1 vaisseau vide et scellé : Vœ, Vœ l vas vacuum et signatum ! A ces mots, toute la troupe infernale disparut.

« De son côlé, le Juif se hâta de sortir.

Il se rend à l'église, où se trouve déjà le vénérable évêque. L'ayant pris à part, il lui raconte ce qui vient d'arriver, comment il a eu connaissance du coup donné la veille, et le but que se propose le démon. Surpris au delà de toute expression, l'évoque renvoie immédiatement la sainte femme attachée à son service et interdit l'entrée de sa demeure à toute personne du sexe. Il consacre à saint André levieuxtempled' Apollon et le Juif se convertit (l). »

Citons un autre fait. On litdans l'Histoire

1) Dial, lib. III, cap. vu.

ecclésiastique de Nicéphore que, sous l'empereur Maurice, leroi de Perse, Chosroès II, envoya en ambassade à Constantinople des Persans, qui avaient tous le signe de la croix marqué sur le front. L'empereur leur demanda pourquoi ils portaient un signe auquel ils ne croyaient pas. « Ce que vous voyez sur nos fronts, répondirent-ils, est le témoignage d'une insigne faveur que nous avons reçue autrefois. La peste ravageait notre pays. Quelques chrétiens nous conseillèrent de graver le signe de la croix sur notre front, comme un préservatif contre le fléau. Nous les avons crus et nous avons été sauvés, au milieu de nos familles moissonnées par la peste (1). »

A la suite de ces faits se place naturellement la réflexion du grand évêque d'Hippone qui paraît décisive en faveur de l'enseignement des théologiens. « Il ne faut pas s'étonner, dit-il, de la puissance du signe de la croix, quand il est fait par de bons chrétiens,

(1) Hist., lib. XVIII, c. xx.

puisqu'il a tant de force lorsqu'il est employé par des étrangers qui n'y croient pas, et cela pour l'honneur du grand Roi (1). »

Afin de rester dans les limites de l'orthodoxie, il fauteependantajouterque le signe de la croix n'opère pas de lui même, purement et simplement ; mais en tant qu'il est utile à notre salut et à celui des autres. Il en est de même de certaines pratiques, telles, par exemple, que les exorcismes, auxquels nulle promesse divine n'atlribue un effet infaillible et sans condition aucune.

J'ajoute encore que la piété de celui qui fait le signe de la croix contribue à son efficacité. Le signe de la croix est une invocation tacite de Jésus crucifié, par conséquent il est d'autant plus efficace qu'il est fait avec une ferveur plus grande. Ainsi, l'invocation de cœur ou de bouche est d'autant plus

(1) Nec mirum quod hœc signa valent, cum a bonis christiania adhibentur, quando miam cum usurpantur ab extraneis, qui omnino suum nomen ad istam militiam non dederunt, propter honorem tamen excellentissimi Imperatoris valent. (Lib. cleSZ quœst., quœst. 79.)

propre à obtenir son effet, que le fidèle est plus vertueux, plus agréable auSeigneur (1).

C'est une prière universelle. En un sens] le signe de la croix peut dire comme le Sauveur lui-même : Toute puissance m' a été donne au ciel et sur la terre. Ici, plus qu'ailleurs, il faut, mon cher Frédéric, raisonner avec des faits. Ils sont tellement nombreux que la seule difficulté est de choisir. Tous, et chacun à sa manière, proclament, d'une part, la foi de nos aïeux, et, de l'autre, l'empire du signe de la croix sur le monde visible et sur le monde invisible. Besoins de l'âme et besoins du corps, il pourvoit à tout.

Pour son âme, l'homme a besoin de lumière, et le signe de la croix les obtient.

Saint Porphyre, évêque de Gaza, doit disputer contre une femme manichéenne. A lin de dissiper, par la clarté de ses raisonnements, les ténèbres dont la malheureuse est enveloppée, il fait le signe de la croix; et la lumière éclate dans cetteintelligence égarée.

(1) Gretzer, ubi supra.

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AU XIX e SIECLE.

Julien, sophiste couronné, provoque à une controverse Césaire, frère de saint Grégoire de Nazianze. Le généreux athlète entre en lice, muni du signe de la croix. A un ennemi consommé dans l'art de laguerre et habile à manier le raisonnement, il oppose l'étendard du Verbe : et l'esprit de mensonge se trouve pris dans ses propres filets (1).

Saint Cyrille de Jérusalem, si puissant d'ailleurs en paroles et en œuvre, ordonne de recourir au signe de la croix, toutes les fois qu'il s'agit de combattre les païens, et il assure qu'ils seront réduits au silence (2).

Dans l'ordre temporel, non moins que dans l'ordre spirituel, les lumières divines sont nécessaires à l'homme : le signe de la croix les obtient. Aussi les empereurs d'Orient, successeurs de Constantin, avaient

(1) L. Greg. Nazian., In laud. Cœsar.

(2) Accipe arma contra adversarios hujus crucis ; cum enim de Domino crueeque contra infidèles quajstio tibi erit, prius statue manu tua signum, et obmutescet contradicens. (Catech,, xm.)

coutume, lorsqu'ils devaient parler devant le sénat, de commencer par le signe de la croix (1).

Comme nous l'avons vu, saint Louis, avant de discuter en conseil les affaires de son royaume, se conformait à cette très-ancienne et très-religieuse pratique.

Si, à l'exemple des plus grands princes qui aient gouverné le monde, les empereurs et les rois du dix-neuvième siècle recouraient eux-mêmes au signe de la croix, penses-tu que les affaires en iraient plus mal ? Pour moi, je suis convaincu, comme de mon existence, qu'elles iraient beaucoup mieux. Les gouvernants d'aujourd'hui ontils moins besoin de lumières que ceux d'autrefois ? Ont-ils la prétention de les trouver ailleurs que dans Celui qui enest la source,

(1) Ipso coronatus solium conscendit avitum.

Atquc crucis faciens signum venerabile sedit. Erectaque manu, cuncto prœsente senatu, Ore pio ha?c orans ait.

(Coripp., De laud. Justin. Junior.)

AU XIX e SIÈCLE.

lux mundi ? Connaissent-ils un moyen plus éprouvé de l'invoquer avec succès, que le signe de la croix ? Tous les siècles ne déposent-ils pas de son efficacité ?

L'Église, qui devait être leur oracle, ne continue-t-elle pas de la proclamer? Est-il un concile, un conclave, une assemblée religieuse qui ne commence par le signe de la croix? Fidèles héritiers de la tradition, les prêtres catholiques parlent-ils jamais du haut de la chaire, sans s'être armés de ce signe de force et de lumière? En cela ils observent les prescriptions des anciens Pères. « Faites le signe de la croix, écrit saint Cyrille de Jérusalem, et vous parlerez, Fac hoc signum et loqueris (1). »

Ce que j'ai dit des rois, mon cher ami, doit se dire de tous ceux qui sont chargés d'enseigner les autres. Le Verbe incarné n'est-il pas le Dieu des sciences, et de toutes les sciences, le professeur des professeurs, le maître des maîtres?

(1) Catech. illuminât., iv.

172 LE SIGNE DE LA CHOIX

Si le signe de la croix présidait à toutes les leçons qui se donnent aujourd'hui, à tous les livres qui s'impriment, crois-tu que nous serions inondés, comme nous le sommes, d'erreurs, de sophismes, d'idées fausses, de systèmes incohérents, dont le résultat incontesté est de faire descendre, à vue d'œil, le monde moderne dans les ténèbres intellectuelles, d'où le christianisme l'avait tiré ?

Pour son Ame, l'homme a besoin de force : le signe de la croix en est la source féconde. Regarde tes illustres aïeux, les martyrs. A qui demandent-ils le courage pour triompher dans leurs héroïques combats? Au signe de la croix. Généraux d'armée, centurions, soldats, magistrats, sénateurs, patriciens ou plébéiens, enfants ou vieillards, matrones et jeunes vierges, tous ont soin, en descendant dans l'arène, de se couvrir de cette invincible armure, msuperabtïis cliristianorum armatura.

Viens avec moi : je t'en nommerai quelques-uns. A Césarée, le généreux martyr

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qui marche au supplice, au milieu d'un peuple immense, c'est le centurion Gordius.

Le vois-tu, calme et recueilli, armant son Iront du signe de la croix (1)?

Quelle est cette ville d'Arménie, assise au milieu des neiges, sur le bord d'un lac glacé ? C'est Sébaste. Voici venir, sur le soir, quarante hommes, garrottés et dépouillés de leurs vêtements, qu'on traîne au milieu du lac, condamnés à y passer la nuit. Quels sont-ils? Quarante vétérans de l'armée de Licinius. Une force surhumaine de résistance leur est d'autant plus nécessaire, que sur le rivage sont des bains chauds, préparés pour les déserteurs. Ils font le signe de la croix, et une mort héroïque vient couronner leur courage (2).

Nous avons vu la jeune Agnès, signe de croix vivant, au milieu des flammes. Voici

(1) S. Basil., Orat. in S. Gord.

(2) Isti autem in uno crucifm signaculo, Christum in se quasi legis loco omnibus prœscripserunt... cruceiii signlfera figura in mente gestabant. (S. Ephrem, Encom. in 40 SS'. Martyr.)

LU SIGNE DE LA CHOIX

d'autres vierges chrétiennes, nées comme elle dans l'âge d'or des martyrs. La première est sainte Thècle, illustre par sa naissance, plus illustre par sa foi. Les bourreaux l'ont saisie; il la conduisent au bûcher; elle y monte d'un pas assuré, fait le signe de la croix et demeure tranquille au milieu des flammes. A l'instant tombe un torrent d'eau qui éteint le feu, et, comme les enfants de Babylone, la jeune héroïne sort du bûcher sans avoir perdu un seul cheveu (1).

La seconde est sainte Euphémie, non moins célèbre que la première. Sur l'ordre du juge, les instruments de supplice sont préparés en un clin d'œil. La jeune vierge va être étendue sur la roue. Elle fait le signe de la croix, s'avance d'elle-même vers

(1) Capta ab apparatoribus, ut in focum jaclaretur, sponto pyram ascendit, et signo crucis facto, virili animo inter médias flammas stetit, subitoque facta inundatione pluviarum, ignis extinctus est, et beata virgo illaosa, virtute superna erigitur. (Ado, in Martyrol., 23 sept.)

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l'affreuse machine, hérissée de pointes de fer, la fixe sans pâlir et d'un regard la fait voler en éclats (1).

Regarde encore ; nous sommes dans un de ces prétoires romains tant de fois rougis du sang de nos pères, tant de fois témoins de leurs sublimes réponses et de leur héroïque constance. C'estau plus fortde la persécution de Dèce : tu sais, ce sanguinaire empereur que Lactance appelle un exécrable animal, exsecrabile animal Decius. Devant le juge est une troupe de chrétiens. L'accusateur vient, suivant l'usage, de les charger de toutes sortes de crimes. Ils sont condamnés d'avance; ils le savent. Que font-ils ? Élevant les yeux au ciel, ils funt le signe de la croix, et disent au proconsul : « Tu verras que nous ne

(\) Postquam autem ipsœ machinas dicto citius fuerunt construetfe et martyr in eas erat conjicienda, validis continue- in se paratis armis, nempe divina crucis figura, et ea signata, adversus rotas processif uullam qu'idem vultu ostendens tristitiam, etc. (Apud Sur., t. V, et Baron., Martyrol., 10 sept.)

LE SIGNE DE LA CHOIX

sommes ni des lâches ni des peureux (1). »

Si je voulais continuer cette nomenclature, il faudrait faire défiler devant toi toute l'immense armée des martyrs. Pas un des valeureux soldats du Crucifié qui n'ait, en allant au combat, arboré l'étendard de son Moi. Qu'il suffise d'en nommer quelquesuns : saint Julien, saint Ponlien, saint Constant et saint Crescenl, saint Isidore, saint Nazaire, saint Celse, saint Maximin, saint Alexandre, sainte Sophie et ses trois filles, saint Paul et sainte Julienne, saint Cyprien et sainte Justine (2).

Pris dans tous les pays et dans toutes les conditions, ils témoignent de l'usage universel, parmi les martyrs, de s'armer du signe de la force avant d'entrer en lice avec les hommes, avec les hôtes, ou avec les éléments.

Bien mieux; dans la crainte que le poids

(1) Oculis in cœlum sublatis, cum se Christi signaculo muniissent, dixorunt : Scias te non incidisse in viros pusilli et abjecti animi. [Apud Sur., 13 april.)

(2) Voir leurs actes.

des chaînes ne les empêchât de former le si<me de la croix, ils priaient les chrétiens leurs frères, ou les prêtres leurs pères, de les armer du signe victorieux. Converti à la foi par le martyr saint Éleuthère, Corébus va lui-même chercher dans l'amphithéâtre la couronne du martyre. « Priez pour moi, dit-il à son père en Jésus-Christ ; et armezmoi des mêmes armes, le signe de la croix, dont vous avez armé Félix, le chef du com-

hat(l).»

Glycérie, noble fille d'un père trois fois consul, est jetée brusquement dans une étroite prison. La première chose qu'elle l'ait en se voyant aux prises avec l'ennemi, c'est de prier le saint prêtre Philocrate de lui faire le signe de la croix sur le front. Le prêtre se rend à son désir et lui dit : Que ce signe du Crucifié comble vos vœux (2).

Ils furent comblés en effet.

(1) Ora pro me, et me arma Iris armis, nempo Cliristi signaculo, quibus ducem exercitus muirivisti Felicem. (Apud Sur., 18 april.)

(2) Signa me Christi signo. Ad luec Plrilocrates près-

178 LE SIGNE DE LA CHOIX AU XIX e SIÈCLE.

La jeune héroïne descend dans l'amphithéâtre. Au moment de cueillir la palme de la victoire, se tournant vers les chrétiens, mêlés dans la foule, elle leur dit avec la fierté du soldat qui meurt pour son drapeau : « Frères, sœurs, enfants, pères, et vous qui me tenez lieu de mère, voyez, veillez sur vous; et considérez bien quel est 1 Empereur dont nous portons le caractère etquel est le signe gravé sur nos fronts (1).» Tu viens de l'entendre; tous les martyrs ont cherché leur force dans le signe de la croix. Et ils auraient cherché un appui dans le néant ! Et ce grand Empereur, pour lequel ils meurent, les aurait laissés dans une incurable illusion ! Si quelqu'un le croit, qu'il donne ses preuves.

A bientôt.

byter: signura, inquit, Christi vota tua compleat ( Und., t. III, et Baron., t. II.)

(1) Fratres, sorores, filii, patres, et quœcumque matris loco roihi estis, videte et vobis cavete, ac diligenteranimadvertite, qualis est Impcrator ille, cuius characterem habomus, et quali forma in fronte signât! sumus. (Ibid.)

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