OBSERVATION XV
J. C.…., âgé de dix-neuf ans, vient à la consultation de l'hôpital Saint-Antoine le 7 octobre, se plaignant d’une douleur au côté gauche et de fièvre. Le malade tousse.
G. Lauriat 4
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Il raconte que vingt et un jours auparavant, il avait eu un traumatisme an niveau du thorax, chute du haut d’une voiture avec ecchymoses consécutives, mais sans fracture de la cage thoracique à droite et à gauche. Dix jours après cette chute, il a ressenti une douleur fongitive du côté gauche. Il avait en même temps un léger mouvement fébrile. IL est resté chez lui quelques jours et voyant que l’état empirait, il est venu à l'hôpital.
IN l'inspection, on aperçoit des deux côtés du thorax, mais surtout à gauche, des traces d’ecchymose.
De plus, le thorax semble paralysé du côté gauche.
Si on examine les muscles spinaux à droite et à gauche, on voit qu'ils sont également et fortement contractés.
A la palpation, on perçoit à gauche de Fabolition des vibrations thoraciques quand on fait compter le malade. A droite, les vibrations sont conservées.
D'auire part, la palpation montre que les spinaux des deux côtés sont fortement contraclés. On sent leur masse dure qui ne se relâche pas dans l'hyperflexion successive de chaque côté.
A la percussion, il existe de la matité sur une assez grande étendue à gauche, mais à droite on a de la sonorité, sauf au niveau du triangle de Grocco.
Mais ici rien ne devrait nous étonner, puisque souvent ce phénomène existe dans la pleurésie, dans le poumon réputé sain.
À l’auscultation, abolition complète du murmure vésiculaire à gauche. Pectoriloquie aphone.
Rien à droite : le murmure vésiculaire est fort bien perçu.
Le signe des spinaux existe donc chez ce malade dans
RC
— Or — toute son intensité et des deux côtés : signes de la vue et du palper, et aussi le signe réflexe, Le signe visuel est donc très net de part et d'autre. Pourtant, aucun autre symptôme ne peut faire supposer un épanchement à droite. La ponction faite à gauche amène immédiatement du
liquide louche.
À droite elle est faite à plusieurs reprises sans suécès. Enfin,
au niveau de la zone de matité du triangle de Grocco, elle est
de nouveau tentée. Cette fois elle ramène du liquide égale-
ment louche.
Voilà une observation qui est intéressante à plusieurs points de vue, Elle montre, en effet, d’abord. que le signe des spinaux existe aussi dans les pleurésies d’origine traumatique. Nous ne pouvons rien conclure, en présence d’une seule observalion, mais il n’y a pas de raison non plus pour admettre Île contraire. Il n’y a pas en effet d’observations prouvant l’absence du signe dans les pleurésies trauma-
tiques.
D'autre part, cette observation nous montre aussi que le signe des spinaux exisie dans des épanchements très peu abondants, de quelques grammes. Comme le fait justement remarquer Ramond, qui peut prouver que la matité trouvée dans bien des cas dans le poumon réputé sain, au niveau du triangle de Grocco, n’est pas en réalité un début de pleurésie installée sournoisement ? Chaulfard et Ramond ont d’ailleurs montré que la pleurésie trau-
cab + dc
matique est en réalité une pleurésie tuberculeuse (t). Le traumatisme favorise donc l’épanchement mais ne le crée pas. Chez un pleurétique, l’attention se trouve portée vers l’épanchement le plus abondant, la plèvre la plus malade. Le signe des spinaux serait d'un grand secours si toujours il donnait l'éveil et permettail d'examiner le côté réputé sain.
Nous pouvons donc dire pour clore ce chapitre que les pleurésies traumatiques semblent posséder le signe des spinaux dans toute son intensité.
1. Chauffard et Ramond, in thèse Hebert, La Pleurésie traumatique. Paris, 1896. ;