EMINENCE
Il n’est pas de sacrifice que je ne me sente, avec la grâce de Dieu, capable de faire pour conserver la foi
catholique. Je n’ai jamais craint de rendre témoignage à cette foi devant les hommes les plus irréligieux et “dans les assemblées les plus hostiles. Je veux, de toute mon Âme, rester docile aux enseignements de l'Eglise, -obéissant à l’autorité religieuse des pasteurs légitimes. “Je suis dans la volonté absolue de me soumettre à la discipline catholique et je crois avoir toujours essayé de + le faire de mon mieux. |
| Usant de la liberté que l'Eglise reconnaît à ses enfants -sur le terrain temporel, je m'efforce de travailler avec “mes camarades à propager en France un mouvement républicain et démocratique. Notre succès affranchirait
(x) C’est à cette lettre que renvoie la note de la page 5.
la France de la domination de certains hon plus attachés encore à la haine du catholici l'amour de la République et détruirait l’équivoque rière laquelle les sectaires antichrétiens cachent leu mesures de persécution, qu'ils représentent comme nécessité de la défense républicaine.
Bien que notre action soit directement temporelle. n'ai jamais eu la coupable pensée de la soustraire contrôle de l'Eglise. La politique et la sociologie. tou 4 chent à la morale et l'Eglise est la gardienne no » seulement du dogme, mais aussi de la morale. Je n'ai jamais cessé de répéter partout cette vérité catholiq
Je reconnais bien volontiers que je ne suis, hélas mi infaillible, ni impeccable. Mais je supplie très respectueusement et très filialement Votre Eminence debien vouloir m'indiquer en quoi les camarades qui travaillent avec moi « s’égarent » à ma suite « hors de lavoie droite » et sur quels points la propagande du Sillon compromet la « pureté de la foi et de la doctrine »
Si j'ai pu tomber involontairement dans quelqu : erreur de doctrine ou de conduite, je veux le déplorer avec humilité et éviter avec soin de retomber dans ce: agissements coupables ou ces opinions COndamnées
Je demande donc, avec la plus pressante insistance, à Votre Eminence de ne pas persévérer dans sa résolution de refuser de me recevoir et de me permettre oude me justifier où de reconnaître et de regretter mes erreurs.
Ce n'est pas sans une intime douleur que je songe à l’anxiété de mes camarades qui se voient chassés des œuvres catholiques, auxquelles ïls n'avaient cessé de prodiguer le dévouement le plus ardent et le plus dési ntéressé, et qui se demandent avec angoisse quelles fautes on reproche à ce Sillon qui pour beaucoup d’entre eux
a été le chemin de la conversion ou le moyen dont Dieu s'est servi pour élever leurs cœurs et les rapprocher davantage de Lui.
- Ce n’est pas non plus sans la plus troublante ne
| tude que j'entends les réflexions de cette foule indiffé-
F rente ou irréligieuse qui suivait avec une curieuse sym-
+ pathie l'effort républicain du Sïllon, mais qui ne demande
* qu’à trouver un prétexte pour calomnier à nouveau
1 l'Eglise et prétendre que les catholiques sont des citoyens
diminués et que, malgré leur inflexible volonté d'être et
- de devenir parfaitement catholiques, ils seront rejetés,
» s'ils sont loyalement républicains et démocrates.
+ Vous me pardonnerez, Eminence, de vous avoir ainsi parlé avec simplicité et en toute franchise, comme ïil convient qu'un fils parle à son père.
Puissiez-vous au moins sentir que si je souffre beau-
coup, rien ne brisera la fidélité indéfectible de mon atta/
chement à Jésus-Christ et à son Eglise ; et veuillez agréer l’assurance de mon plus profond respect.
Marc SANGNIER.
DISCOURS PRONONCÉ PAR MARC SANC 3 Président du Sillon
AU CONGRÈS MARIAL, MONDIAL, DANS L’ASSEMBLÉE GÉNÉ DU VENDREDI 2 DÉCEMBRE 1904, TENUE DANS L'ÉGLISE DES SS. APOTRES, A ROME. | 4
EMINENCES, MESSEIGNEURS, MESSIEURS, (1)
L’Evangile nous rapporte que la Sainte Vierge, dès , qu’elle eut mis au monde le Sauveur attendu depuis tant, de siècles, vit accourir de pieux adorateurs empressés à rendre hommage au Messie et à saluer le Fils de Dieu Mais nous savons aussi qu'avant que les Mages eussent incliné leurs têtes couronnées devant cette divine humilité à laquelle les avait conduits l'étoile mystérieuse. et qu'ils jugeaient plus puissante et meïlleure que toute leur gloire humaine, les anges eux-mêmes avaient tenu à avertir tout d’abord de pauvres bergers, comme si les premiers adorateurs de Jésus eussent dû être tout naturel. lement choisis parmi les plus petits d’entre les hommes.h
Je ne m'étonne donc plus du surprenant honneur qui. m'est fait, et je devine pourquoi l’on a tenu à me réser ver une des premières places dans cette illustre assemblée. Ce n’est pas en vain que le Christianisme est venu. briser l’ordre ancien des orgueilleuses préséances, et que le Sauveur du monde, au grand scandale des Juifs qui. rêvaient d’un Messie guerrier et des Païens qui.
(1) Voir sur ce discours la note des pages 108, et 109:
s’effrayaient de tant de bassesse, a tenu à s’entourer de
simples et d’ignorants, de pauvres de corps et d'esprit
auxquels il a donné la sublime mission de vaincre le monde.
Sans doute, l’Immaculée, dont nous célébrons l’admirable privilège que l’Eglise, il y a cinquante ans, définissait solennellement avec l’infaillible autorité que lui a donnée son divin fondateur, accueillera-t-elle favorablement les louanges des jeunes démocrates qui apportent à son Fils non les riches présents des Mages, mais l’offrande entière de leur bonne volonté : eux aussi, tandis que dans la plaine ïls travaillaient tout courbés sur les rudes labeurs qui font vivre les corps, ils ont entendu de célestes harmonies, ils ont compris que les peuples avaient besoin d’un idéal pour les éclairer et les soulever : ils ont suivi la voix intérieure qui les poussait et se sont agenouillés, les maïns jointes, non devant un arrogant sauveur armé d’un glaive et entouré de guerriers, maïs devant le doux salut que les bras bienfaisants d’une Vierge tendaient à leur cœur assoiffé d’amour et de fraternité tandis que les anges chantaient : « Paix aux hommes de bonne volonté ».
Le monde est méchant. La force est maîtresse, et c’est en vain que naissent dans l’âme des hommes de saints désirs, fleurs fragiles que dessèche le vent des discordes. Le pied pesant des rudes destinées écrase tant de vies humaines que l’on veut faire des lois pour que la Justice règne, que l’homme ne soit plus esclave de la machine ou de la terre ; maïs les lois tombent impuissantes si les cœurs d’abord ne sont atteints. Les socialistes prétendent imposer à tous une solidarité qu'ils décrètent
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les intérêts matériels immédiats et égoïstes les di ce qui les rapproche c'est la communauté des biens moraux, richesses immatérielles qui s’accroissent ens donnant, se multiplient en se partageant. ; Quand Dieu décida de sauver le monde, il résolut d’envoyer sur la terre son fils unique pour en faire le sauveur des hommes ; mais il voulut d’abord que l’humanit é marchât comme au devant de cette divine sainteté qui. allait descendre du ciel. I1 lui prépara le corps d’une Vierge Immaculée d'où devait sortir le corps même du . Christ et il demanda à Marie, cette partie la plus augu et comme ce sommet de perfection de l’humanité entière, si elle acceptait le privilège glorieux maïs surhumaine- | ment douloureux aussi de la Maternité divine. Et Marie répondit : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole ». Ÿ C'est le fiat de l'humanité fournissant à Dieu de quoi se faire un corps semblable au nôtre pour le salut di monde. Au jardin de Gethsémani quand le Christ accepta le calice et dit au Père : « Que votre volonté sen de
ainsi consentie deux fois et par la Vierge Marie et we à son divin Fils.
fasse pleuvoir le Juste.
-… Que les nations qui souffrent des crises morale et …. sociale les plus cruelles, sachent bien qu'il y a autre chose au fond des maux qui les désolent qu’une question … d'économie politique, qu’un conflit d'intérêts, qu’il y a - un problème religieux qu’elles peuvent bien parfois ” essayer d'oublier, mais qui n’en demeure pas moins “angoissant, inéluctable. Il faut qu'elles cessent d’avoir des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas |: entendre.
C'est en s'’élevant toujours plus haut, en exerçant leur - élite aux nobles devoirs de la conscience et de la respon- » sabilité civiques qu'elles s’apercevront un jour qu'à elles | seules les forces humaines sont impuissantes à réaliser + le rêve démocratique. Alors dans leur sublime ascension, … elles rencontreront le saint rayonnement de Jésus … Rédempteur et il faudra qu'elles retombent pesamment - dans les ténèbres de la mort ou qu'elles s’abandonnent - aux divins embrassements de leur Christ retrouvé en k criant le Fiat libérateur. Et si le Christ devient l’âme vivante de la démocratie, si c’est Lui qui non seulement Ë fait plier les genoux à l’égoïisme personnel devant le bien commun, mais identifie en Lui-même le bien de chacun L et le bien de tous, étant à la fois l'expression la plus haute et la plus large de l'intérêt général, la plus étroite É et la plus précise de l'intérêt particulier pour chacun de
» nous, comment ne pas voir que, du même coup, ce qui “ était utopie malfaisante chez les socialistes devient aussi- | tôt, grâce à l'idéal chrétien et à la discipline morale du - catholicisme, sublime et féconde réalité ?
4 Et nous, pauvres enfants, qui avons conçu, au seuil 4 du siècle qui commence, la sainte ambition non de briser - les ailes aux espérances mêmes de ceux qui traînent leurs efforts dans les vallées enténébrées du doute et de l’erreur,
pris à votre tendresse et ne l'ont acclamé un instant,
du mal et leur faire partager bientôt la joie fiques victoires, nous croyons, ê Marie, que vou: derez avec affection notre confiance et que vous vo bien que nous portions partout, même parmi les. pervers ou les plus égarés, l’amour de votre fils et nom et la force sociale que nous met au cœur sa ch: divine, puisque vous n’avez pas craint vous-même de le, laisser aller parmi les pièges des sadducéens, les hypocrisies des pharisiens, et les foules méchantes qui Pont.
tandis qu'il les traversait monté sur l’ânesse docile, pacifique triomphe des Rameaux, que pour le crucifier. ensuite ignominieusement entre deux voleurs! r
Et vous avez trouvé, Vierge royale, oublieuse des anciens privilèges de votre race, tandis que votre âm: était magnifiée par la vision égalitaire de l’universel rédemption, les paroles sublimes qui à tout jamais fero tressaillir l’humanité régénérée et dont la hardies effrayera les réformateurs les plus audacieux : Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles. Esurientes implevil bonis et divites dimisit inanes.
© Vierge forte, Vierge prudente, que d’autres se sca
dalisent des mots qui sont tombés de vos lèvres inspi… rées ! Nous, nous les répéterons avec amour et nous le redirons aux pauvres ignorants de vos leçons divines qui s’essayent à balbutier devant les foules trompées des phrases mortes qu'ils ont dérobées à l'Evangile de votre. Fils alors qu'ils ont renié sa foi, mauvais bergers, indignes pasteurs de peuples qui veulent que les moissonss germent sans les semences, que la démocratie naïisse sans le Christ, qui ne jettent que des paroles vaines car ils ne. sont pas les disciples de Celui qui a dit : C’est moi qui, suis le chemin, la vérité et la vie. ;
Tout le peuple chrétien est en joie. On fête un dogme auguste qui, d’en haut, fait tomber de la pureté et de la lumière sur notre terre que tant de sombres hontes déshonorent. Les hommes sont enclins au mal, souillés dans khleur chair, corrompus dans leur cœur ; les plus saints “ cux-mêmes portent en eux le mauvais désir de la concupiscence infâme !.… Courage et relevons la tête : Marie, notre mère est immaculée ! Le mensonge, l’âpre désir du gain, la richesse avare et sordide ont tendu partout leurs filets et leurs pièges ; on raille les naïfs qui croient encore à la loyauté, à la simplicité candide et blanche... Que ces pauvres d’esprits relèvent la tête : Marie est notre mère ; elle est immaculée.
Plus qu'aucune autre patrie, la vieille terre de France est meurtrie d’impiété, flagellée de haïne..…. C’est pourtant votre terre aimée, Ô Notre-Dame de Paris, de Chartres, d'Amiens, de Fourvières et de tant de bonnes villes qui, si longtemps, furent fidèles et pieuses ; c’est pourtant votre jardin choisi de grâces et de miracles, Ô Vierge de la Salette et de Lourdes !…
...Puisqu'’on voulait qu’une voix jeune et humble, s'élevant de la foule de ceux qui vous aiment, vînt réparer les outrages en chantant vos louanges, on a bien fait, n'est-ce pas ? de choisir une voix de France.
L'hiver est rude, la tempête menace les riches moissons d'amour que Marie fit germer sur notre sol, mais dans le sillon ouvert les graines neuves sont déjà tom- » bées. Ayez confiance, Ô Sainte Vierge, votre sourire … fécondera les gerbes nouvelles pour les récoltes futures. … Voyez ! Déjà la rude écorce craque sous une ardente . poussée de vie : c’est la jeune France qui monte !