‹ Le sixième acte du Ruy-BlasChapitre 11 sur 16 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

LA REINE, ouvrant une forte secrète avec précaution ^ DON CÉSAR, endormi.

La Reiine.

Santa Virgen ! m'y voici — saine et sauve ! Je vais pouvoir sans bruit regagner mon alcôve. Nul ne se doutera, demain, à mon lever, Que cette nuit le roi n'aurait pu me trouver Dans le lit conjugal, s'il eût pris au brave homme Le peu fréquent désir d'y venir... faire... un somme. Quelle horrible journée et quel événement Affreux... Ce pauvre Ruy-Blas. — Mais, en ce moment, Le plus pressé n'est pas de pleurer sur sa perte. Gagnons ma chambre.

{Elle aperçoit don César.)

Ciel! me voilà découverte Et perdue. Un homme est là. Sur ce siège... il dort, 11 dort! — Ah ! je respire un peu. — Sur ma croix d'or Je fais vœu si j'échappe à l'embûche nouvelle, De brûler au Pilar une énorme chandelle. Tâchons de passer tout doucement. — 11 remue ! Non!... C'est un beau garçon!. . Mon âme est bien S'il allait s'éveiller... C'est un jeune veneur |émue, De la chasse du roi. sans doute, ce seigneur?

Je ne l'ai jamais vu... Sa moustache est soyeuse. Il a l'air noble et fier... Serai-je assez heureuse Pour passer près de lui sans troubler son sommeil? Ses cheveux sont bouclév, son teint frais et vermeil... Du courage, avançons.

[Elle heurte un tabouret.)

Don César, s' éveillant en sursaut.

Qu'ai-je entendu? Qui vive?

Qui valu?

La Retne.

Moi, seigneur, et plus morte que vive.

Vous m'avez fait bien peur. — Je venais de par là.

[Montrant la -porte,)

Et je ne savais pas trouver quelqu'un...

Don César.

Holà!

La belle enfant, qui donc êtes-vous bien?

La Reine.

Suivante De la Reine, Seigneur, de plus votre servante... Mon nom est... Cassilda...

Don César.

Le maladroit conscrit Qui veille à cette porte, à qui l'on a prescrit

De ne laisser entrer personne sans un signe Emanant du roi même, a mangé la consigne Pour vous, pour vos beaux yeux?

La Reine.

Pardonnez-lui, seigneur. C'est... c'est mon fiancé.

Don César.

Vraiment, sur mon honneur!

Vous êtes trop jolie et trop appétissante Pour un simple soldat.

La Reine.

Oh I Seigneur!

Don César.

Ravissante Enfant blonde aux grands yeux d'azur si langoureux, Vous auriez pu trouver un tout antre amoureux Parmi les grands d'Espagne ou parmi les beaux pages?

La Reine.

Oh ! je suis d'un pays où les filles sont sages !

Don César. '

Avant que de faiblir, ma belle, on l'est toujours. Mais, croyez-moi, le temps est bien court des beaux

[jours !

Il faut en profiter. — Comme font les abeilles

Qui s'en vont butiner aux corolles vermeilles,

Pour y puiser le suc d'un miel suave et doux.

Nous, d'amours en amours, volons! — préparons-nous

Un savoureux régal pour le soir de la vie :

Le miel des souvenirs... La morale, ma mie,

Ma morale, du moins, la voilà !

La Reine.

Comme il parle A mon cœur comme il chante ! Ah ! je plains le roi

[Charle !

Ruy Blas, auprès de lui, m'eut semblé comme un dieu ; Mais celui-ci ! Qu'il est beau! Ses yeux pleins de feu, Son organe enchanteur. — L'autre semblait de glace En me parlant... et puis... sa dernière grimace Etait si lamentable!... Allons, vais-je oublier ! Si tôt! ce serait mal...

Don César.

Vous songez?

La Reine,

Comment vous nomme-t-on ?

Cavalier,

Don César.

César.

Quelle coïncidence

Qui vous déplaise?

ou —

La

Reine.

Ohl

c'est

étrange !

Don

César.

Ai-je un nom,

mon

cher ange,

La

Reine.

Non.

Don

César.

Pourvu que son porteur De vous plaire un petit moment ait le bonheur, Il sera comblé...

(// prend la reine par la taille et r embrasse y celle-ci le repousse vivement.)

Bah! Point de plaisir sans peine !

Redoublons! [il recommence.)

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