‹ Le sixième acte du Ruy-BlasChapitre 13 sur 16 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les mêmes, MATALOBOS enlrant suivi des porteurs de civières et des gardes; plus tard le MARQUIS DE SANTA-GRUZ et le COMTE D'ALBE.

Matalobos.

Victoire 1

Le Roi.

Hél c'est Matalobos 1

Matalobos.

La chasse est bonne ; A Votre Majesté j'apporte la personne (Morte ou bien peu s'en faut) qui prenait indûment La qualité de duc d'Olmedo !

Le Roi, s' asseyant.

Quoi, vraiment? 11 s'est donc fait justice?

Matalobos.

On n'en sait rien. — En outre J'apporte aussi le corps roide comme une poutre

Du sieur don Guritan, le vieillard le plus sec Qu'on puisse transporter... On vous l'amène avec Son co-cadavre, là, chacun sur sa civière.

[Il fait entrer des hommes porteurs de brancards sur lesquels sont Ruy-Blas et don Guritan, gardes, seigneurs).

La Reine.

Que va-t-il se passer?

Matalobos.

Faisant à ma manière, J'ai vite découvert la petite maison Qui servait de retraite à Ruy-Blas. — La raison Pour laquelle il aimait à se terrer m'échappe. — Par mes gens je la fis cerner sans bruit; la trappe Ouverte d'une cave attirant mes regards J'y pénétrai, — soufflant, roulant des yeux hagards, Un homme gisait là, par terre, sur la dure. Approchant mon flambeau de sa pâle figure Je reconnus monsieur [montrant Guritan). Je le fis Et d'un! je remontais et cherchais à passer [ramasser. Par dessus le vieux mur du jardin, quand Ignace Goulatromba qui cherche à marcher sur ma trace Et qu'estimant beaucoup j'ai fait mon lieutenant, Goulatromba survint. Je l'aperçus tenant Dans ses bras vigoureux votre premier ministre, Blême, le nez pincé, les yeux cerclés de bistre. Mon Ignace s'était introduit bravement Dans la maison par l'huis aux vantaux simplement

Poussôs mais non fernn's. — El de deuxl — Le faux De Garofa semblait bien mort. [comte

Le Roi.

Bon, c'est le compte Des hommes à trouver; à préscnl, nul besoin De rechercher la reine; elle est là, dans ce coin, Nous allons décider de son sort tout à l'heure. Achève ton rapport.

Matalobos.

En quittant la demeure Où s'étaient accomplis deux crimes^, j'avisais A faire transporter nos morts et je pensais : Ce serait déroger que faire la besogne De portefaix; soldats sommes-nous et je cogne Aux contrevents bien clos des maisons d'alentour : Au nom du Roi! J'éveille et contrains tour à tour Quatre braves bourgeois à faire la corvée. En route Guritaii est resté bouche bée N'exhalant plus un souffle et Ruy-Blas qui d'abord Ne remuait pas plus qu'un pieu, semblant du bord De l'avare Achéron vouloir revenir, bouge A présent quelque peu.

La Reine.

Iluy-Blas vivrait î

Le rouge

Matalobos.

Envahit lentement son visage si blanc Quand nous l'avons trouvé là-bas.

Que sur ce banc On le dépose assis ; qu'on aille quérir vite Mon premier médecin.

PÉREZ, apothicai7'e,un des porteurs, s' avançant.

Sire^ excusez, j'hésite A prendre la parole en si noble congrès... N'envoyez pas chercher de médecin... Tout près De vous voici quelqu'un qui peut tenir sa place Avantageusement.

Le Roi.

Tu semblés plein d'audace...

Pérez.

Qui donc es-tu ?

Pérez, connu dans mon quartier, Apothicaire-expert, logeant au Gros-Mortier D'argent, rue Esteban...

Le Roi.

Ton infime science Peut ranimer cet homme?

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