‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 48 sur 203 · II. — LA DOCTRINE POLITIQUE · texte numérisé non relu

II. — LA DOCTRINE POLITIQUE

La période de transition de la société capitaliste à la société collectiviste ne pourrait être, d'après Marx, que la dictature du prolétariat obtenue grâce au suffrage universel, à la fondation de la république démocratique, telle que cette dictature s'est exercée sous la Commune. Cette ardeur révolutionnaire est aujourd'hui singulièrement attiédie chez les chefs du parti, bien qu'elle compte encore des partisans zélés parmi les socialistes berlinois qui font opposition à l'opportunisme de Bebel et de Liebknecht.

Les principes du collectivisme une fois posés, le programme de Gotha s'occupait de la puissance de l'État. Conséquence économique de la démocratie, le socialisme, en effet, implique une série de changements politiques nécessaires à son organisation. Tout en déclarant que le parti, dans sa propagande, n'emploierait que des « moyens légaux », les statuts résumaient les exigences politiques dans une sorte de mosaïque empruntée au programme du radicalisme extrême. Liebknecht, au congrès de Halle, a jeté tous ces articles par-dessus bord : « Le référendum, a-t-il dit, la législation par le peuple existe en Suisse, mais

elle n'est possible que dans les petits États. La décision par le peuple de la paix et de la guerre, c'est la musique de l'avenir. » La justice par le peuple n'est pas non plus d'une application aisée. Il suffirait d'obtenir de l'État actuel « que la justice fût gratuite et que la défense le fût aussi *, ce qui ne serait pas, à vrai dire, le meilleur moyen de diminuer les procès. L'avocat, selon Liebknecht, et le médecin devraient être des fonctionnaires, dç l'Etat, et, de fait, ne venons-nous pas de voir l'État prussien tenter de s'attribuer le monopole d'un remède reconnu depuis dangereux pour les malades. Les députés socialistes viennent de déposer sur le bureau du Reichstag une proposition pour rendra la profession d'apothicaire institution d'État, et transformer M. Purgon en fonctionnaire public. — Enfin le programme de Gotha inscrivait en tête des revendications futures l'État libre démocratique, fréter Volkstaat, en d'autres termes la république. Bebel le déclarait solennellement au Reichstag : -— « Nous tendons dans le domaine économique au socialisme, dans le domaine politique au républicanisme, dans le domaine de ce qu'on appelle aujourd'hui religion, à l'athéisme. » — Très révolutionnaires vers 1869, parce qu'ils ne croyaient pas que les choses pussent durer en Allemagne, éternels apologistes de la Commune, dont ils ne veulent chez eux à aucun prix, Bebel et surtout Liebknecht, doués de cette flexibilité nécessaire aux chefs de parti, se gardent bien de prendre une atlitude nettement inconstitutionnelle à l'égard d'un empereur populaire, dont l'Allemagne ne peut se passer, car l'institution impériale est la clé de voûte de son unité; ils ne mentionnent d'ailleurs presque jamais le nom de l'Empereur, et s'abstiennent prudemment de tout commentaire à son égard : — « Devons-nous déclarer, disait récemment Liebknecht,

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