‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 88 sur 203 · VAGUES INDICATIONS D 'AVENIR · texte numérisé non relu

VAGUES INDICATIONS D 'AVENIR

est encore plus sobre de détails que l'ancien, d'après lequel il y aura obligation pour tous de travailler, avec un droit égal pour chacun à recueillir de ce fruit du travail commun ce quil faut pour satisfaire ses besoins raisonnables. Le programme d'Erfurt ne contient aucune allusion au règlement du travail collectif, et à la distribution du produit de ce travail : il se tait sur la question de savoir si le temps de travail sera le même pour tous, et si la part revenant à chacun comme résultat du travail commun sera pareillement égale pour tous, ce qui serait essentiel à connaître. Il parle seulement des droits et des devoirs égaux de chacun, sans distinction du sexe et de la naissance. Voilà qui ne satisfait guère notre curiosité. « Nous ne faisons, disent les théoriciens du parti, qu'indiquer les tendances vers la société future ; nous ne pouvons en

moins aveugle pour croire aux merveilles de la société collectiviste). Cette soigneuse élimination du mot État de leur programme vient de ce que les socialistes marxistes tiennent à bien marquer qu'ils n'ont rien de commun avec les socialistes de gouvernement : la démocratie socialiste est la négation absolue de l'État tel qu'il existe, elle accomplira une transformation d'une inconcevable portée. De là leur distinction entre la société et l'État, qui est une pure chinoiserie.... L'État, disent-ils, a été organisé par les classes qui possèdent pour protéger la propriété privée, par les classes dominantes pour assurer leur domination : il est donc destiné à disparaître avec elles. Ils prétendent bien s'emparer de l'État mais c'est pour l'abolir, une fois que la société collectiviste sera établie. Comme d'autre part la société collectiviste exigerait évidemment la contrainte universelle, les socialistes suppriment l'État au moment où il devient plus indispensable que jamais.

« En réalité la Société sans État, idéal des socialistes, c'est-àdiro la Communauté sans Organisation, n'existe que chez les peuplades sauvages, et n'empêche point la domination des castes et l'esclavage. Une société sans classes, sans opposition d'intérêts ne s'est pas encore vue dans le monde et ne se verra jamais, car chaque homme n'est qu'intérêt personnel et désir» personnels... » (Altgemeine Zeitung du 31 juillet 1891.)

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préciser les formes, parce qu'elles seront déterminées par l'évolution économique, à la suite de modes d'organisation intermédiaires et transitoires. Nous ne voulons pas d'ailleurs hypnotiser les ouvriers en Jeur présentant l'image de la société de l'avenir '. » 11 leur suffit de constater d'une part « que la société bourgeoise a des germes de mort dans le corps, et que les morts vont vite », et de prophétiser d'autre part, comme Te fait le nouveau programme, que dans cette société collectiviste de l'avenir dont les contours flottent encore indécis à travers la brume aurorale, régnera le plus grand bien-être, et se produira un perfectionnement harmonique et universel. — Mais qu'en savent-ils?

Ainsi cette première partie nuageuse et vaporeuse n'abandonne rien des principes et des revendications habituelles. Le langage du programme d'Erfurt est même plus vif, plus excitant encore que celui du programme précédent. Il accentue l'opposition des classes et la guerre des classes. Il est de nature à satisfaire les purs collectivistes, les idéologues les plus exaltés, les révolutionnaires les plus audacieux et les plus exigeants.

B. Partie spéciale du programme.

Bien que le programme entier ait été rédigé par les mêmes auteurs, il semble à première vue qu'il y ait entre la partie générale et la partie spéciale une absolue contradiction , un abîme infranchissable *. La partie générale, en effet, est fondée sur la con-

i. C'est pourtant ce que tente Bebel dans son livre die Frau und der Sozialismus, que nous avons précédemment analysé.

2. Le programme du parti socialiste en Allemagne, par Arthur Raffalovich. Journal des Économistes, août 1891.

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