Le 23 décembre, on reproduisait cet avis avec les
Mais il y avait émulation (sinon concurrence), car imniédiatemcnt après on pouvait lire :
Banquet religieux et social, présidé par le citoyen Chatel *, fondateur de TKglise française, en iiicmoirc de la naissance de Jésus-Christ, le grand a|)ôtrc du socialisme. Cette solennité étant la fête de la fraternité universelle, les dames y sont admises ainsi que tous ceux qui veulent communier en Dieu et en l humanité, quelles que soient d^ailleurs leurs opinions politiques ou religieuses. Prix : 1 fr. 25. On se procure des billets, chez Soyez, marchand de vins; Petit-Jean, concierge, etc., etc.
Apres avoir annoncé ces banquets, en rendaiton compte dans les journaux? Assurément! Ainsi le Peuple y qui blâme « le mysticisme » des dames socialistes, organisatrices de Tune de ces réunions, veut cependant bien dire :
La lecture d'un discours sur la Montagne a ouvert dignement In séance; Thymne à la fraternité, chanté avec recueillement, a précède les toasts dont nous donnons la liste.
Au Christ^ père du socialisme ! par une dame dont le nom nous échappe.
varinnteH suivante!) : a Chœurs avec solos. — Pierre Leroux, Proudhon, les principaux aocinlistes et les représentants de la Montagne assisteront ù ce banquet. »
1. Ou Chnstel. Il s'agissait de l'abbé Chastel, ancien évèquc, qui. ayant prêté le serment constitutionnel, avait été exclu (les cadres, mais se flattait de faire des évoques à son tour, en usant, pour son église, de son droit de consécration. Il avait été pendant plusieurs années l'associé d'un nommé Auzou. (|ui tenait une épicerie. Des témoins très f<érieux de l'époque m'affirment qu'il n'était pas fou.
200 LE SOCIALISME CHRRTIKN.
A Caçè/tement de Dieu sur la terre! par Mme Jeanne Déroîn, etc. *.
Notre ami Pierre Leroux, qui est toujours prêt à répondre aux appels de ses frères et amis, a repris et commenté le discours sur la Montagne, et salué ravênemcnt d*une religion nouvelle basée sur la solidarité, réunissant Taflirmation du cœur à la snncde la science. Cette improvisation, dite avec effusion et enthousiasme, a été accueillie par les plus vifs a|>plaudis8ements.
Suivent les toa^sts :
A Noël! par Mme Brazicr.
A Saint' Just, martyr de Thermidtir I par Hervé.
Au Christ vivant, à la France! par Bernard. /
11 faut croire que ces banquets eurent Ju succès, car on chercha tout de suite à les développer; et, dès le 28 décembre, on en annonçait un nouveau pour le jour des Rois. I/annonce vaut encore la peine d'être transcrite :
Banquet égalitaire du Jour des Rois. Des travailleurs de toute profession, tous attachés au dogme de Fassociation, ont résolu de célébrer en famille le Jour des Rois, comme vient d'être célébrée la fêle de Noël, par un banquet égalitaire. Une commission a été formée et a offert aux citoyens Pierre Leroux, La Chambaudie cl Vinçard de présider collectivement ce banquet, qui aura lieu le dimanche 7 janvier, à la Chaussée du Maine, à onze heures précises,
1. Cette Jeanne Déroin eut alors un instunt de célébrité dans les clubs et dans les journaux. Elle faisait partie de ces agitateurs politiques qui furent les bienfaiteurs — sinon de la France ou de rhumanité — tout au moins du (harivari cl du Journal pour rire, auxquels ils ouvraient une source intarissable de plaisanteries et de caricatures.
au salon de rAssocIation des cuisiniers. Un gâteau des Rois sera distribué entre tous les convives; mais il n'y aura pas de roi^tous seront rois : il y aura une fève dans chaque part du gâteau. Le prix du banquet sera de 1 fr. 50. On peut se procurer des billets dans les bureaux du Peuple, de la République, de la Propagande démocratique et sociale.
« Tous seront rois », Tannonco était symbolique, et elle était tentante. Aussi Paris ne fut-il pas seul à pratiquer ces banquets égalitaires : ridée s'était répandue en province, et le Peuple, du 2 décembre 1848, recevait de Lyon une correspondance qui lui racontait avec lyrisme les incidents d'un grand banquet démocratique et social auquel « tous les représentants illustres du socialisme avaient été invités ». Cette manifestation, disait-on, rappelle les plus beaux jours du christianisme. Par le nombre d'abord : (c II fallut trois heures pour s*introduire dans le clos destiné à réunir tous les enfants du socialisme ». Là, encore, les toasts étaient libres. Aussi en fut-il prononcé de toutes les couleurs. « Au neveu de son oncle ! » — A la famille, à la propriété! — Car, parmi les socialistes, si les uns voulaient détruire la propriété, les autres prétendaient la consolider et la réhabiliter en la rendant accessible à tous. On avait ensuite entendu, par Rénaux, rédacteur en chef du Peuple souverain : « A tous les martyrs du socialisme, depuis le Calvaire de Jérusalem
202 LE SOCIALISME CHBETIEN.
jusqu'au donjon de Yincennes! » (au donjon de Yincennes étaient alors emprisonnés Blanqui et Raspailj ; puis, par J.-J. Razuret, de la Croix- Roiisse : « Aux chrétiens modernes! »
Dans cette accumulation incohérente de naïvetés ou d'insanités, une chose est remarquable : c'est la pression exercée par l'opi- I nion populaire sur les anciens représentants du socialisme pour les pousser du côté du christianisme et les forcer à s'incliner devant lui. Le Correspondant d'alors en fit ainsi l'observation * : a Les rédacteurs de la Démocratie pacifique *, qui, il y a une douzaine d'années, n'avaient pas assez d'injures contre le christianisme, ont tout à coup changé et proclament que leur doctrine est en parfaite harmonie avec le christianisme ». — « En parfaite harmonie ! » c'était se flatter. Mais ils se crovaient apparemment obligés de le dire, et c'est là ce qui est à noter. Les uns le disaient avec un certain entrain et peut-être avec conviction ; les autres s'exécutaient d'assez mauvaise grâce ou avec des réserves, des explications et des détours. C'était même là un des points sur lesquels éclatait le désaccord de ceux qu'on appelait les quatre évangélistes du socialisme'. Parmi
1. Dan» les Lettres d'un bas Breton, par Aurélien de Courson, commencées en juin 1848. Voir la 4* lettre.