VI INTRODUCTION
ront la terre ; malJieur aux riches, le ciel n'est pas pour eux ; le règne de Dieu est proche ; une génération ne se passera pas avant que le justicier ne vienne en sa puissance. Et c'est bien sur cette terre que la transformation devait s'accomplir. Les premiers chrétiens croient tous aumillenium. D'instinct et comme conséquence naturelle de leur foi, ils établissent parmi eux le communisme. On se rappelle ce tableau touchant que les Actes des apôtres tracent de la vie commune des disciples de Jésus, à Jérusalem (Actes II, 40, 47 ; IV, 32, 3o.
Quand le temps futpassé et qu'il fallut renoncer à la venue du « Royaume » ici-bas , on ne l'espéra plus que dans un (( autre monde», dans le ciel ; toutefois l'amour de la justice et de l'égalité des prophètes et de l'Évangile continua à gronder dans les écrits des pères de l'Église en accents terribles. Chaque fois que le peuple prend en main h Bible et se pénètre fortement de son esprit, il en sort comme une flamme de réforme et de nivellement. Quand le sentiment religieux implique la croyance en la justice divine et le désir de la voir se réaliser ici-bas, il conduit nécessairement à condamner l'iniquité qui règne dans les relations sociales et, par conséquent, à des aspirations égalitaires et socialistes. Les idées communistes des millénaires se perpétuent, durant le moyen âge, chez les gnostiques, chez les disciples de Waldo, dans les ordres mendiants, chez les taborites en Bohême, chez les anabaptistes en Allemagne, chez les niveleurs en Angleterre. Elles inspirent aussi les rêves d'une société parfaite, comme l'Évangile éternel de Joachim de Flore, V Utopie de Morus, la Clvitas solis de Gara-
LES PROGRÉS DU SOCIALISME vu
panella, VOceana de Harington et la Salente de Fénelon. Ainsi que le dit Dante, saint François-d'Assise relève et épouse la pauvreté, délaissée depuis le départ de Jésus-Christ. Le couvent d'où est bannie la source de toute discorde, la distinction du « tien » et du « mien », apparaît comme la réalisatioîi de l'idéal chrétien. "Le droit canonique dit luimême : Dulcissima rerum possessio commuuis, et toutes les sectes d'un spiritualisme exalté rêvent de transformer la société en une communauté de frères et d'égaux.
Nous trouvons ces idées clairement exprimées dans un poète flamand du xiiF siècle, Jacob Yan Maerlant (1235). Dans un poème intitulé : Wapene, Martijn ! il dit faisant allusion auSachsen-Spiegel :
Martyn, die deutsce Loy vertelt Dat van onrechter Gewelt Eygendom is comen.
« Martin, la loi germanique rapporte que de l'inique violence, la propriété est née. »
Plus loin Maerlant s'écrie :
Twee worde in die werelt syn :
Dats aliène myn ende dijn.
Moeht men die verdriven,
Pays ende vrede bleve fyn ;
Het ware al vri, nienien eygin,
Manne metten wiven ;
Het vvaer gemene tarwe ende wyn,
« Deux mots en ce monde existent : jnien et tien : si on pouvait les supprimer, la paix et la concorde régneraient. Chacun serait libre ; nul serf, ni homme, ni femme. Blé et vin seraient en commun. »