‹ Le socialisme contemporain (volume 4)Chapitre 6 sur 33 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

M. Paul Janet, dans les Origines du socialisme^ et M. Taine, dans son livre sur la Révolution, montrent bien comment, après 89, comme chez Rousseau, l'idée de Tégalité politique conduit à celle d'une plus grande égalité des conditions, même en dehors de toute refonte de la société à la façon de Babœuf. L'excellent abbé Fauchet s'écrie : « Quel est le scélérat qui voudrait voir continuer un régime infernal, où Ton compte par millions les misérables et par douzaines les insolents qui n'ont rieii fait pour avoir tout? )) Dans les Quatre cris d'un patriote, on demande à quoi peut servir une constitution pour un peuple de squelettes et on annonce « l'insurrection terrible de vingt millions d'indigents sans propriété ». Chaumette dit : « Nous avons détruit les nobles et les Capets; il nous reste encore une aristocratie à renverser, celle des riches. » Le Lyonnais Chalier, dont l'exaltation a séduit Michelet, dit que ce tout plaisir est criminel, quand les sans-culottes souffrent ». Tallien veut(( l'égalité pleine et entière», et il propose d'envoyer (( au fond des cachots » les propriétaires, qu'il appelle des voleurs publics. Un membre de la Convention, Fr. Dupont, reproduit la maxime de saint Paul et soutient que (( nul individu, dans la République, ne doit exister sans travailler». « Obligez, dit Saint-Just, tout le monde à faire quelque chose. Quel droit ont dans la patrie ceux qui n'y font rien ? » Dans un journal assez modéré, 1'^ mi des lois, on rencontre la doctrine fondamentale du socialisme contemporain, à savoir qu'à chacun doit appartenir le produit intégral de son travail. Dans un article publié à Anvers, le i septembre an II, par le proconsul Fouché, on lit : « Con-

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sidérant que Tégalité ne doit pas être une illusion trompeuse et que tous les citoyens doivent avoir un droit égal aux avantages de la société. » Necker dans son livre sur la Législation des grains, avait déjà aperçu la gravité de la question sociale; il dit au propriétaire : « Votre titre de possession est-il écrit dans le Gode ? Avez- vous apporté votre terre d'une planète voisine? Non ; vous jouissez par l'eifet d'une convention. » Et ailleurs, il résume ainsi le conflit entre le travailleur et le riche: « Combat obscur et terrible, où le fort opprime le faible, à Tabri des lois, où la propriété accable le travail du poids de sa prérogative. Les propriétaires ont le pouvoir de ne donner en échange du travail que le plus petit salaire possible. Les uns imposent toujours la loi ; les autres sont contraints delà recevoir. » L'idée empruntée par Montesquieu à Aristote que la démocratie doit avoir pour base une grande égalité des conditions, est reproduite à chaque instant. Rabaud-Saint-Étienne veut que l'égalité des biens soit établie, non par la force, mais par la loi, et maintenue par des lois destinées à prévenir les inégalités futures. «Dans une république bien ordonnée, personne n'est sans quelque propriété. » (Rapport de Barrère, 22 floréal an II.) ce La richesse et la fortune doivent également disparaître du régime de l'égalité. » (Arrêté de la Commune de Paris, 3 frimaire an III.) (( L'égalité de fait est le dernier but de l'art social. » (Condorcet, tableau des Progrès de l'esprit humain, II, 59.) «Nous voulions appliquer à la politique l'égalité que l'Évangile accorde aux chrétiens.» (Baudot, cité par Quinet, Révolution française, U, 407.) « L'opulence est une infamie. » (Saint-Just.) « Il ne faut pas que le plus riche des Français ait

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