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V. — Le congrès international de Zurich

Ce congrès se réunit au commencement du mois d'août 1893. Il s'ouvrit par une grande démonstration dans les rues de Zurich. 338 délégués, représentant le socialisme de vingt nationalités diverses, y étaient présents. On tint à le faire passer comme l'expression du triomphe définitif de la doctrine de Marx. Son ancien collaborateur, Frédéric Engels, malgré son grand âge, vint de Londres pour assister à ce triomphe. Le buste de Marx dominait l'assemblée. Le cri de ralliement du père du socialisme collectiviste : « Prolétaires de tous les pays, unissez- vous ! » se lisait en seize langues dans la salle des séances publiques. Une de ces langues était la langue hébraïque ; certes , elle avait là droit de cité , d'autant plus que dix sections socialistes juives étaient représentées au congrès : une section américaine et neuf sections anglaises. Une autre spécialité du congrès de Zurich fut la représentation d'une section hollandaise d'instituteurs.

Étaient présents à Zurich : 1 délégué australien, 17 délégués belges, 2 délégués du Brésil, 2 délégués bulgares, 2 délégués danois, 98 délégués allemands, 41 délégués français, 63 délégués anglais et irlandais, 6 délégués hollandais, 22 délégués italiens, 1 délégué norwégien, 34 délégués autrichiens, 10 délégués hongrois, 10 délégués polonais, 5 délégués de la Roumanie, 1 délégué russe, 117 délégués suisses, 1 délégué

serbe, 2 délégués espagnols, 3 délégués des États-Unis d'Amérique. — Deux délégués figuraient deux fois • dans la liste. Tous les délégués n'étaient pas socialistes.

La présidence des séances publiques appartint chaque jour à une autre nation. Le dernier jour, ce fut la socialiste russe Kolischoff, épouse de l'Italien Turati, qui occupa le fauteuil présidentiel.

Le congrès de Zurich continua l'œuvre d'organisation commencée par le congrès de Bruxelles. Il décida que la lutte en faveur de la journée de huit heures devait être engagée partout. Il écarta la proposition hollandaise que, dans le cas d'une déclaration de guerre, la grève générale devait être immédiatement proclamée. Il fixa la célébration universelle de la fête du travail au l"'' mai, à l'exclusion du dimanche suivant. 11 se prononça pour la tactique politique du socialisme allemand et recommanda l'agitation en faveur du suffrage universel.

Conformément aux résolutions antérieures, le congrès de Zurich recommanda de nouveau la formation de fédérations nationales d'associations professionnelles, l'union internationale de ces fédérations en vue de se soutenir mutuellement, enfin l'érection de secrétariats nationaux du travail, qui se communiqueraient mutuellement les renseignements importants concernant le mouvement ouvrier, les grèves et leurs conséquences, ainsi que les rapports annuels des diverses fédérations.

Quant à l'organisation internationale de la démo-

eratie social-iste , le congrès , forcé de tenir compte des lois de certains pays qui restreignent la liberté d'association , reconnut comme appartenant au parti international de la démocratie socialiste révolutionnaire toute organisation, toute association, tout parti qui, en admettant la lutte de classe et la nécessité de la socialisation des moyens de production, se soumet aux décisions des congrès ouvriers internationaux.

Le congrès recommanda vivement à tous les membres du parti démocratique socialiste, ainsi qu'aux membres des organisations ouvrières, économiques ou politiques, de multiplier sans cesse leurs efforts pour faire tomber toutes les restrictions du droit d'association.

L'influence des chefs du socialisme allemand . fut encore dominante à Zurich , comme elle l'avait été à Bruxelles et à Paris. Cependant les éléments d'une sérieuse opposition se firent voir plus encore qu'à Bruxelles. La délégation française, réduite à cause des élections du 20 août, supportait difficilement le joug de Bebel, Liebknecht et Singer. Ceux-ci restèrent même en minorité dans le vote qui fixa au l®*" mai la fête du travail.

On dut mettre violemment à la porte de la salle du congrès quelques socialistes indépendants et quelques anarchistes, qui s'empressèrent d'ouvrir à leur tour un congrès. La séance qui vit cette pénible expulsion ne fut pas la seule séance orageuse du congrès de Zurich.

A Zurich, les Trade-Unions d'Angleterre se rapprochèrent du socialisme beaucoup plus qu'elles ne l'avaient jamais fait auparavant. Ce fut l'événement principal du congrès.

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