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étrange trouvée sur les anarchistes dont on s'empara, et qui résumait en dix points l'horrible doctrine du catéchisme de Bakounine sur les devoirs de Tanarchiste.
Les explosions de bombes de dynamite et d'autres exploits violents furent si nombreux, dans diverses villes d'Espagne, qu'il suffit d'en faire mention ici d'une manière générale. Nous ne mettons pas tous ces attentats au compte de l'anarchisme , mais la plupart de ces faits criminels sont son œuvre.
Du reste, l'explosion d'une bombe, qui eut lieu par accident à Madrid au mois de juin 1893 et qui tua le chef anarchiste Ruiz, révéla, par les papiers qu'on trouva sur ce dernier et plus tard sur son compagnon arrêté à Lisbonne, que l'anarchisme espagnol existe toujours et qu'il est toujours digne de lui-même. La bombe , qui éclata près de la demeure de l'ancien ministre Canovas, devait être l'instrument de la vengeance anarchiste contre le ministre qui n'avait pas fait gracier les auteurs du sanglant exploit anarchiste de Xérès.
Le 24 septembre 1893, pendant une parade militaire à Barcelone, une bombe lancée par un anarchiste éclata près du général Martinez Campos. Deux hommes furent tués à ses côtés ; le général et plusieurs autres personnes furent blessées. Quelques jours après, une explosion de dynamite se produisit à Merida, dans la province de Badajoz. Il y eut de nombreux blessés, et quelques maisons furent endommagées. — Tant il est vrai que l'anarchisme espagnol n'est pas moit! L'anarchisme vivra autant que le socialisme, dont il est
l'ombre sanglante. Madrid et Barcelone semblent attirer de préférence les anarchistes.
Ces lignes étaient écrites depuis plusieurs jours quand TEspagne, engagée dans la guerre avec les Kabyles, consternée par la catastrophe de Santander, dut être témoin d'un des plus horribles forfaits anarchistes. Dans la nuit du 7 novembre , deux bombes furent lancées dans un théâtre de Barcelone; Tune d'elles fit explosion : elle tua vingt-deux personnes et fit quarante blessés. Les anarchistes qui lancèrent ces bombes prétendirent venger ainsi la mort de l'auteur de l'attentat du 24 septembre. Jamais vengeance ne fut plus odieuse , ni plus féroce, ni plus stupide.
Socialisme.
L'histoire du mouvement socialiste en France est de la plus haute importance. Pour caractériser suffisamment ce mouvement, nous parlerons : l'^du mouvement socialiste avant l'Internationale , 2° de l'Internationale avant la Commune, 3*^ de l'Internationale pendant la Commune et après la Commune , et 4° du mouvement socialiste depuis la disparition de l'Internationale.
A. — Le mouvement socialiste en France avant Viniernationale. — Le mouvement socialiste date, en France, presque du môme jour que le mouvement bourgeois. La grande Révolution avait à peine établi le règne de la bourgeoisie que déjà le socialisme ap-
I)arul dans les doctrines communistes de Babœuf et dans sa Société du Panthéon ou des Egaux,
La Restauration vit le prophète du communisme ou du socialisme, Saint-Simon. Lorsque la domination de la bourgeoisie était devenue plus exclusive sous le règne de Louis-Philippe , les docteurs et les conspirateurs du socialisme furent très nombreux. Parmi les docteurs du socialisme , nous nommerons seulement Fourier, Gabet , Pierre Leroux , Louis Blanc et Proudhon , le plus important de tous , dont la doctrine se résume dans le fameux paradoxe : La propriété, c'est le voL Nous avons la douleur de joindre à ces noms celui de Lamennais. Les conspirateurs socialistes les plus connus sont Blanqui, Barbes et Bernard.
11 n'entre pas dans notre plan d*étudier les divers systèmes communistes et socialistes qui se succédèrent depuis les théories de Babœuf jusqu'à celles de Proudhon. Ils ont tous un fond commun, qui est la négation de la société actuelle. Cette négation est p]us complète chez les uns que chez les autres : ils diffèrent principalement dans leurs méthodes de reconstruction sociale. Le communisme des uns est plus mystique; celui des autres est plus grossièrement matérialiste. Nous croyons qu'il est aujourd'hui superflu d'entrer dans les détails ou plutôt dans le labyrinthe de tous ces systèmes : le socialisme actuel, celui dont nous esquissons la marche envahissante , et dont l'étude s'impose à tout homme sérieux, emprunte quelque chose à tous les systèmes, mais il n'adopte entièrement aucun d'eux.
11 y a trente ans,, lorsque l'Internationale parut en France , elle eut de rapides succès , parce qu'elle arrivait en temps opportun , et que les idées socialistes avaient déjà envahi en partie la classe ouvrière. Un pareil mouvement social ne pouvait être Tœuvre de quelques années ; il était l'œuvre de plus d'un demisiècle . La Révolution avait créé le capital ; celui- ci exploita la machine à sa façon et groupa rapidement autour d'elle un prolétariat d'un nouveau genre.
La machine appelait la foule , et la foule se massa partout autour de la machine, s'arrachant à ses anciennes habitudes sociales. Hommes, femmes, enfants, tout le monde se présentait, demandant le travail facilité. Il n'y avait ni règle ni organisation , car ni la législation, ni l'organisation municipale, ni même l'opinion publique n'étaient préparées à une situation nouvelle si subitement créée.
On était ébloui des merveilles de la machine, de sa puissance d'action et de production, des richesses qu'elle accumulait, et l'on oubliait l'homme qui était mis au service de la machine.
On s'aperçut trop tard que c'était une monstruosité que ces salariés de huit, neuf ou dix ans que l'industrie avait formés. On s'aperçut trop tard que, sans le savoir, l'enfant et la mère faisaient en quelque sorte concurrence au père. On s'aperçut trop tard de l'existence précaire faite au prolétariat par la concurrence illimitée. On s'aperçut trop tard des proportions menaçantes prises par le prolétariat , dont les légions aug-
mentent fatalement par suite de la méthode adoptée par la production capitaliste.
L'immigration excessive dans les villes suivit de près le mouvement que nous venons de décrire. La Révolution songea de bonne heure à exploiter les masses ouvrières. I/agilation commença déjà sous la Restauration. Elle gagna sous le gouvernement de Juillet. A mesure que le capital et la grande industrie devinrent plus dominants, les rangs du prolétariat se peuplèrent davantage. Saint-Simon vint marquer une ligne de démarcation profonde entre la bourgeoisie et le peuple: il eut la fatale inspiration de les distinguer en deux classes sociales dont les intérêts sont opposés et se combattent mutuellement. La bourgeoisie semblait ne pas se douter de l'abîme qui se creusait entre elle et le peuple. Le gouvernement ne fit presque rien pour conjurer le danger ni au point de vue moral, ni au point de vue social , ni au point de vue économique.
On ne peut guère citer de cette époque qu'une seule loi favorable à la classe ouvrière ; c'est la loi sur les fabriques votée en 1841. Elle demeura malheureusement à l'état de lettre morte , parce qu'on n'avait pas su pourvoir à son exécution.
Tandis que la loi favorable à la classe ouvrière n'était pas appliquée, on fit usage avec beaucoup de rigueur de la loi sur les coalitions et on réprima sévèrement des coalitions ouvrières qui avaient pour but de faire hausser les salaires. Louis-Philippe avait les idées les plus étroites sur la question sociale : il voyait dans le peuple un élément remuant qu'il fallait sans cesse
contenir, et il croyait que Targent et la force finiraient toujours par avoir raison d*une aspiration sociale quelconque, Guizot, de son côté, disait que le besoin continuel de travail offrait une garantie suffisante contre les tendances révolutionnaires de la classe pauvre. Pendant que le gouvernement savait si peu comprendre la gravité de la situation, l'opposition républicaine exploitait à son profit les souffrances et le mécontentement de Touvrier. La presse révolutionnaire vulgarisait les systèmes socialistes ou communistes. Il y avait peu d'organes franchement socialistes; mais, pour être plus sûrs d'arriver à leur but , les journaux révolutionnaires acceptaient la phraséologie communiste : ils rendaient la société directement responsable des souffrances du peuple, et il n'était question partout que de r organisation du travail.
Sur ces entrefaites arriva la révolution de 1848. La bourgeoisie radicale l'avait préparée ; elle fut cependant, en réalité, une révolution ouvrière. En 1848, les ouvriers furent vainqueurs à Paris, comme en 1871: en 1848, ils ne surent pas profiter de leur victoire; en 1871, l'Internationale les avait organisés, et ils entendirent régner eux-mêmes. Le caractère social de la révolution de 1848 est évident; la question sociale s'imposait par suite de la grande part prise à la révolution par les ouvriers. Un décret du gouvernement provisoire ne tarda pas à réduire la journée de travail. On forma une chambre ouvrière , et celle-ci s'empressa de réclamer des sociétés de production subventionnées par le gouvernement. Louis Blanc fit môme signer un décret
Ti.
par lequel le gouvernement provisoire s'engageait à garantir à rouvrier son entretien par le travail et à procurer du travail à tous les citoyens. Conformément à ce décret vraiment socialiste, on créa les trop famem Ateliers nationaux. On établit enfin une commission spéciale pour Tétude de la question économique : elle siégea au Luxembourg, sous la présidence de Louis Blanc.
On ne put satisfaire les exigences de l'élément révolutionnaire socialiste ; celles-ci devinrent, au contraire, de jour en jour plus grandes et plus impérieuses. Il y eut un mouvement insurrectionnel le 15 mai qui fut bientôt suivi des sanglantes journées de juin, après lesquelles Proudhon s'écria que le prolétariat n'existait plus. Le prolétariat existait encore; mais ses chefs avaient compris que l'heure n'était pas venue pour une action politique. L'agitation changea momentanément de direction : il ne fut plus question que du mouvement économique. C'était le temps des associations qui devaient sauver le prolétariat. On fonda des sociétés coopératives de production et de consommation. L'Assemblée nationale fut entraînée dans le mouvement; elle vota un crédit de trois millions en faveur des associations ouvrières. Le résultat ne répondit pas aux promesses qui avaient été faites avec enthousiasme.
La plupart des associations nées pendant la République éphémère de 1848 étaient animées de l'esprit révolutionnaire et atteintes d'un ferment de socialisme. L'Empire recueillit cet héritage, et il semble avoir pris à tâche de le faire fructifier. L*Empire n'avait pas l'intel-
ligence des grandes lois sur lesquelles repose la société ; l'empereur lui-même n'était pas étranger à certaines idées saint'Simoniennes. Du reste , Napoléon poursuivait avant tout un intérêt dynastique. 11 avait adopté la maxime qu'il faut diviser pour régner; il ne voulait ni la domination de la bourgeoisie , ni celle du peuple ; mais le peuple et la bourgeoisie devaient tour à tour servir ses intérêts. Il commença par écarter la classe ouvrière de la scène politique, après avoir demandé au peuple le plébiscite qui fit l'Empire.
Plus tard l'Empire résolut de nouveau de se servir de la classe ouvrière pour tenir le capital en échec. On fit tout pour procurer du travail aux ouvriers. Des travaux publics furent entrepris et exécutés dans des proportions inouïes; les communes rivalisaient avec l'État. L'État rétribua avantageusement les ouvriers , et força ainsi l'industrie à élever de même ses salaires. On ne craignit point , pour transformer Paris , de réunir dans les faubourgs de la capitale des masses énormes d'ouvriers qui se comptaient par centaines de mille, et d'offrir ainsi au socialisme militant une sphère d'action illimitée.
Les anciennes associations ouvrières avaient en grande partie disparu ; il s'agissait d'organiser de nouvelles associations favorables à l'Empire. Celles-ci devaient trouver les ressources nécessaires dans la Société du Crédit au travail, dans la Caisse d'escompte des Associations populaires, dans la Caisse des Associations coopératives, kldiqueWe Napoléon donna 500.000 francs. En peu de temps, les sociétés mutuelles de crédit, les
sociétés de consommation et les sociétés de production devinrent assez nombreuses à Paris et dans les villes les plus importantes.
On fit aux ouvriers quelques autres concessions qui leur permirent de s'organiser davantage. Nous sommes loin de blâmer les mesures qui furent prises à cette époque pour améliorer le sort de l'ouvrier. Mais Tiatérét politique avait une trop grande part dans ces mesures.
La politique qui inaugura la campagne d'Italie fut fatale à un autre titre. Les intérêts les plus sacrés furent subordonnés au succès de cette politique , on favorisa une véritable propagande antireligieuse, qui atteignit les rangs du peuple. Cette propagande produisit au sein des populations ouvrières des grandes villes les résultats que le Kuliurkampf devait produire plus tard en Allemagne.
Les démonstrations jouaient un rôle important dans le système politique de Napoléon III. Les ouvriers durent servir pour ces démonstrations. En 1862, on avait envoyé à l'Exposition de Londres une délégation d'ouvriers français qui avaient fêté avec les ouvriers anglais, dans la taverne des Francs-maçons^ à Londres, la fraternité internationale des ouvriers. L'idée d'établir des rapports internationaux entre les ouvriers des divers pays s'était déjà produite à cette occasion. En 1863, la démonstration organisée parla politique de l'Empire en faveur des Polonais amena de nouveau à Londres une délégation d'ouvriers français. Nos lecteurs savent que le projet de fonder l'Internationale fut arrêté à
cette occasion. L'Internationale fut, de fait, fondée le 28 septembre 1864. Les délégués des ouvriers français prirent une grande part à cette fondation , quoique Karl Marx, l'élève et l'ancien compagnon des socialistes révolutionnaires de Paris, sût s'emparer de la direction de la vaste association.
B. — V Internationale en France avant la Commune, — Oscar Testut , dans son histoire de l'Internationale en France, reproduit un grand nombre de documents qui permettent d'apprécier le véritable caractère des agissements de l'Internationale. Les renseignements fournis par Testut sont complétés par les citations que le principal historien allemand du socialisme contemporain, Rodolphe Meyer, emprunte au Vorbote, une publication mensuelle officieuse de l'Internationale , éditée en Suisse et dirigée par Jean-Philippe Becker.
La loi contre les coalitions fut abrogée en France, en ^864, et avec elle disparut le principal obstacle qui s'opposait à la propagation de l'Internationale. La première section fut établie à Paris au mois de janvier 1865, dans la rue des Gravilliers, n* 44. On invita publiquement les corporations ouvrières, qui s'étaient formées après l'abolition de la loi contre les coalitions, à adhérer à l'Internationale. Le gouvernement laissa faire.
J.-Ph. Becker rapporte que les premiers succès enivrèrent les chefs français, et que la direction supérieure eut delà peine à modérer leur ardeur révolutionnaire.
Cependant ces mêmes chefs surent être très prudents.
Ils savaient que Napoléon se faisait illusion sur le mouvement ouvrier, et qu'il croyait pouvoir utilement s'en servir comme d'un spectre rouge pour effrayer la bourgeoisie; ils se gardaient de toute démarche qui aurait pu dissiper les illusions de l'empereur, et proclamaient bien haut leur neutralité politique.
Ce fut le congrès international de Genève qui éveilla d'abord l'attention de la police française. Cependant les délégués français n'y avaient pas dépouillé toute prudence. Pour ne point effaroucher la police, ils évitèrent d'appuyer une motion qui se prononçait en principe contre toute religion, et ils firent écarter de l'ordre du jour une résolution en faveur de la Pologne.
Après le congrès de Genève, on ne permit plus à la section de Lyon les réunions de plus de cinq cents personnes, qu'on avait tolérées jusque-là ; la distribution des statuts de l'Internationale fut prohibée. Remarquons ici que l'organisation de l'Internationale n'avait pas été régulière en France. La loi sur les associations rendait impossible la réunion officielle et publique de ses nombreuses sections; elle n'existait pas légalement comme une association autonome et indépendante; ses affiliés étaient considérés comme membres d'une association anglaise.
Le nombre des affiliés de l'Internationale grandit leur audace. La guerre ayant menacé d'éclater entre la • France et la Prusse àl'occasion de la question de Luxembourg, les constructeurs de machines de Berlin firent parvenir une adresse pacifique à leurs frères de Paris.
Les correspondants de la commission parisienne, Tolain, Fribourg et Varlin, répondirent : « C'est au nom de la solidarité universelle , invoquée par V Association internationale, que nous échangeons avec vous le salut pacifique qui cimentera à nouveau Talliance indissoluble des travailleurs ^ . »
La réunion du congrès général de Tlnternationale pour l'année 1867 devait avoir lieu à Paris; le gouvernement français s*y opposa, et le congrès se réunit à Lausanne. Le rapport annuel du Conseil général de Londres signala au congrès les succès croissants de l'Internationale en France; il fît connaître rétablissement définitif des sections régulières de Paris, Caen, Lyon, Bordeaux, Rouen, la Guadeloupe , Vienne, Neuville-sur-Saône, Pantin, Saint-Denis, Puteaux, Neufchâteau, Lisieux, Gondé-sur-Noireau, Harcourt-Thierry, Gran ville, Argentan, Castelnaudary, Auch, Orléans, Nantes, Villefranche , Marseille, Fuveau, le Havre et Alger.
Au congrès de Lausanne, les délégués français firent de nouveaux efforts pour empêcher le congrès de professer l'athéisme au nom de l'Internationale et de se prononcer contre la propriété privée.
La plupart des délégués français au congrès général de Bruxelles, au mois de septembre 1868, votèrent encore avec la minorité contre la propriété collective du sol.
Au congrès de Bâle en 1869, comme au congrès de
1. Ap. Oscar Teslut, V Internationale et le Jacobinisme, t. 1, p. 239.
Bruxelles, on constata officiellement le développement constant de l'Internationale en France.
Oscar Testât trace le tableau suivant du mouvement de l'Internationale en 1869.
« Nous arrivons à 1869. Les événements vont se précipiter : les réunions publiques, les élections, les nombreuses grèves, le malaise général, les excitations de la démagogie, les théories subversives répandues dans les masses par une certaine presse , l'attitude des partis extrêmes, l'agitation des esprits, voilà autant de causes destinées à faciliter le jeu de l'Internationale et à lui permettre d'accentuer encore davantage son rôle politique. En France, à la faveur de la nouvelle loi sur les réunions publiques, la propagande socialiste et révolutionnaire va pouvoir se donner libre carrière. »
De 1869 à 1870, l'agitation entreprise au profit de l'Internationale atteignit son apogée en France. Le congrès de Bâle , qui avait enfin osé proclamer que la société a le droit de supprimer la propriété individuelle et de la transformer en propriété collective, c'est-à-dire qui avait osé affirmer hautement le socialisme de l'Internationale, le congrès de Bâle grandit les espérances de l'association cosmopolite et poussa jusqu'à l'exaltation le zèle de quelques-uns de ses coryphées. Tous comptèrent sur la France. Il faut voir dans les principaux organes du parti , tant en France qu'en Suisse et en Belgique, avec quelle assurance ils annonçaient la révolution sociale et déclaraient la guerre au prêtre, au soldat, au propriétaire ou au rentier. « Nous qui produisons , s'écriait un de ces organes , nous de-
vons être TÉtat ; et nous pouvons Tôtre , si nous le voulons bien. »
L'Internationale se servit alors utilement en France de deux hommes et de trois faits. Les deux hommes étaient ilaspail et Rochefort ; les trois faits étaient une grande grève du Creuzot , la mort de Victor Noir et le Plébiscite.
Le 12 avril , lorsque la grève du Creuzot n'était pas encore terminée, le citoyen Dumay, qui proclama la Commune au Creuzot le 26 mars 1871, écrivit à Varlin :
(( La section de Tlnternationale du Creuzot est en voie de formation; nous sommes aidés par le citoyen Malon qui , dans une réunion privée que nous avons eue , a complètement terminé ce que nous avions si bien commencé. Les principes socialistes sont implantés ici maintenant ^ . »
La période plébiscitaire enleva certaines barrières que la loi opposait à la propagande de Tlnternationale, et en même temps elle vit se produire , surtout dans les grands centres, la surexcitation la plus vive. L'Internationale avait trop l'instinct révolutionnaire pour ne pas profiter de circonstances aussi favorables. Il y eut plusieurs manifestes. « Partout, dit Testut, nous voyons les coryphées de l'Internationale diriger les réunions publiques , dont le Plébiscite fut le prétexte , et rivaliser de violence dans leurs attaques. A Lyon , à Rouen, à Marseille, même débordement des passians révolutionnaires qu'à Paris. »