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264 LE SOGIâUSME CÛM'ëMPORAIN.

a été établie par la bourgeoisie radicale de concert avec l'Internationale. La bourgeoisie radicale trouvait l'idée de la Commune ailleurs que dans le programme de l'Internationale; elle l'avait rencontrée écrite en caractères sanglants dans l'histoire de la grande Révolution. L'Internationale prit part à l'établissement de la Commune ; grâce à l'organisation dont elle disposait , elle y exerça de plus en plus une influence prépondérante. Nous voyons, dans les soixante -treize jours d'existence de la Commune, les internationaux gagner sans cesse du terrain; ils firent successivement adopter leurs principes , de telle sorte que le Conseil général de Londres put enfin accepter comme sienne l'œuvre de la Commune dans un des plus importants manifestes dictés par Marx.

M. Rodolphe Meyer dit qu'il est difficile d'apprécier d'une manière impartiale les événements de la Commune. Quoi qu'il en soit de cette difficulté, il nous paraît certain que M. R. Meyer n'^a pas su la vaincre. La justesse du coup d'œil lui fait ici complètement défaut, parce qu'il n'a guère étudié que les sources hostiles au gouvernement français. Il croit tenir la balance égale entre le gouvernement et la Commune, et il la fait pencher évidemment du côté de la Commune. M. R. Meyer rend M. Thiers et ses ministres responsables des suites de la révolution de Paris , non pas à cause de cette hésitation funeste qu'on leur a tant reprochée , mais parce qu'ils n'ont pas assez hésité, ou plutôt parce qu'ils n'ont pas fait les concessions voulues. Il croit à toutes les barbaries que les

auteurs favorables à la Commune mettent à la charge de Tarmée française dès Touverture des hostilités. Il admet sérieusement que la Commune a maintenu Tordre. 11 croit que le gouvernement a présenté la situation sous un faux jour. Selon lui , les Versaillais auraient dû reconnaître aux troupes communardes la qualité de belligérants. Enfin, Thistorien de Témancipation de la quatrième couche sociale ne sait pas s'il ne faut pas admettre que Tincendie de certains édifices de Paris fût voulu par quelques membres du gouvernement pour faire disparaître des documents compromettants pour eux.

Nous ne partageons pas Tindulgence de M. R. Meyer pour la Commune de Paris, qui est Tun des plus grands crimes de notre siècle , malheureusement trop fécond en crimes. Elle n'a respecté ni la patrie, qu'elle aurait ruinée à jamais s'il n'avait dépendu que d'elle ; ni la liberté individuelle , qu'elle a mille fois sacrifiée à ses haines et à ses préventions; ni la propriété, qu'elle a atteinte par ses décrets.

Le règne de la Commune n'a guère duré que deux mois ; quel régime a jamais su accumuler en si peu de temps autant d'attentats de tout genre ? Dans le registre d'écrou, on compte, du i8 mars au 23 mai 1871, rien que pour les hommes , 3.632 détenus. Pour quel motif et en vertu de quel droit ces hommes ont-ils été arrêtés? Qu'on pénètre avec M. Maxime du Camp dans les prisons de la Commune ; qu'on passe en revue le personnel de sa police et de sa justice, depuis Raoul Rigaultet Théophile Ferré jusqu'au dernier agent ; qu'on

interroge ses propres généraux sur son armée ; qu'on tienne compte des violences sans nom exercées contre des personnes uniquement suspectes parce qu'elles avaient été jusque-là fidèles à leur devoir; qu'on suppute enfin les pillages officiels et les énormes réquisitions : il ne sera nullement nécessaire d'en appeler à

la féroce loi des otages et aux horreurs des derniers jours de la Commune, pour reconnaître que M. Maxime du Camp a tracé un portrait pris sur le vif dans les lignes suivantes :

« Je n'ai dit que la vérité sur la Commune , mais je n'ai pas dit toute la vérité. Celle-ci est parfois si particulièrement monstrueuse, elle révèle des actes de férocité , de débauche , de perversion tellement effroyables, que dans bien des cas j'ai dû garder le silence par respect pour moi-môme. Toute la ménagerie des passions mauvaises avait brisé sa cage pendant h Commune, et, durant deux longs mois, s'est vautrée en pleine bestialité au milieu du bouleversement moral le plus extravagant que jamais l'histoire ait eu à constater. On ne peut reprocher à la Commune d'avoir été hypocrite ; elle ne s'est point dissimulée ; elle a été très franche. Comme une prostituée sans vergogne, elle a tout fait voir, et l'on a été surpris de la quantité d'uJcères qui la rongeaient... On a dit que mon livre avait été une œuvre de polémique ; on s'est trompé. Les faits de la Commune échappent à la politique et appartiennent exclusivement à la criminalité *. »

1, Les Convulsions de Paris ^ 1. 1, p. Ifl.

Un seul trait n'a peut-être pas été suffisamment accusé dans Tesquisse de M. Maxime du Camp, — un trait caractéristique : c'est la haine satanique de la Commune contre la religion.

Cette haine s'est produite dès les premiers jours par le décret du 2 avril ainsi conçu :

« Art. i*^ — L'Église est séparée de l'État.

« Art. 2. — Le budget des cultes est supprimé.

« Art. 3. — Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales.

« Art. 4. — Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens. »

Ce décret n'était que le signal d'une orgie sacrilège, renouvelée tous les jours, qui devait enfin aboutir à l'assassinat des otages et à ce massacre horrible des Dominicains, que M. Maxime du Camp appelle la chasse aux prêtres.

M. R. Meyer semble ignorer complètement les inqualifiables profanations et les exactions de tout genre perpétrées dans les églises et les établissements religieux. Il faut en lire les détails dans V Histoire de la Commune par M. l'abbé Vidieu, qui a été témoin luimême des scènes qu'il décrit et qui a recueilli avec le plus grand soin les dépositions de témoins oculaires. On dévalisa Notre-Dame, Notre-Dame de Lorette, Notre-Dame des Victoires , Saint-Eustache , Saint-Vincent de Paul, Saint-Jean, Saint-François, Saint-Martin, Saint-Pierre, Notre-Dame de Clignancourt, Saint-Bernard, Saint-Roch, Saint-Honoré, Saint-Médard, Saint-

Jacques da Haut-Pas , la chapelle Bréa , Notre-Dame de la Croix, Saint-Ambroise , Notre-Dame de Bercy, Saint - Lambert , Saint - Christophe , Saint - Germain r Auxerrois , Saint-Pierre de Montrouge * , etc.

Voici ce qui se passa à Notre-Dame des Victoires : « Les tabernacles furent arrachés , les autels démolis, les confessionnaux renversés, les dalles du temple brisées. Outre le corps de sainte Aurélie, qui reposait sous Tautel de la Vierge, celui du vénérable M. des Genettes, exhumé au pied du même autel, fut profané aussi. Les caveaux renfermant les ossements des religieux augustins furent violés. En même temps, on volait l'argent des troncs, on dépouillait Téglise de tous ses ornements sans exception , on dévalisait les sacristies; la fureur des pillards s*arrèta lorsque le sanctuaire ne présenta plus que Taspect de la ruine. Alors commença une autre orgie également navrante. L'argent trouvé dans Téglise avait été partagé entre les gardes nationaux; il servit à payer les frais d'une ripaille à laquelle prirent part des cantinières et d'autres femmes de mœurs douteuses. Ces revenants de quatrevingt-treize se revêtirent des ornements sacerdotaux, et simulèrent des cérémonies religieuses où l'odieux était mêlé au grotesque. La saturnale ne cessa que lorsque la fatigue et l'ivresse eurent vaincu les héros de cette sacrilège comédie. Les chefs se réservèrent tous les objets précieux , les calices , les ciboires , les couronnes offertes par le Pape à Notre-Dame des Vie-

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