INTRODUCTION XXIII
taires, les syndicalistes anti-parlementaires qui, tout en se plaçant sur le terrain de la lutte des classes et en poursuivant la socialisation des moyens de production et d'échange, ne reconnaissaient pas la nécessité de Faction politique, de la « conquête socialiste des pouvoirs publics par le prolétariat organisé en parti de classe » .
Il y avait en somme, avant la guerre, dans le mouvement ouvrier trois tendances principales : le socialisme réformiste, le syndicalisme révolutionnaire et la démocratie socialiste.
Ces trois tendances, au point de vue théorique, se rattachent plus ou moins à Marx et à Engels, mais les deux premières sont des déviations qui aboutissent, d'une part, à une sorte de radicalisme socialiste et d'autre part à l'anarchisme; la troisième, au contraire, est un développement de la pensée marxiste, en même temps qu'une adaptation aux modifications qui, depuis un demi-siècle, se sont produites dans le milieu social.
Nous nous proposons de caractériser ces trois tendances au point de vue, spécialement, de leur conception du rôle et de la nature de l'État.
§ i — Le socialisme réformiste
Au sein même de l'Internationale ouvrière et socialiste, telle qu'elle existait à la veille de la guerre, on trouve des groupes tels que les « réformistes de gauche » -en Italie, les « révisionnistes » en Allc-
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magne, les « Fabiens > en Angleterre, l'aile droite du parti socialiste unifié en France, qui se rattachent, plus ou moins, au socialisme réformiste.
Mais entre les individus qui appartiennent à ces divers groupes et fractions, ou entre ces groupes et fractions mêmes, il y a une telle diversité de nuances que toute tentative de caractériser leurs idées communes soulèverait inévitablement de leur part de multiples objections.
En France, par exemple, les plus réformistes parmi les membres du parti socialiste unifié pourraient et même devraient protester contre cette épithète de réformistes, étant donné que la déclaration commune qui se trouve à la base de l'Unité socialiste porte que « par son but, son idéal, par les moyens qu'il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation de réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n'est pas un parti de réformes, mais un parti de lutte de classes et de révolution ».
Pour trouver le socialisme réformiste à l'état pur, il faut ou bien passer la frontière du parti, pu bien remonter à une époque antérieure à l'Unité, au temps où, dans le célèbre discours de Saint-Mandé, M. Alexandre Millerand formulait en ces termes les trois points essentiels, « nécessaires et suffisants » d'après lui, pour caractériser un programme socialiste :
a) Intervention de l'État pour faire passer du domaine capitaliste dans le domaine national les diverses caté-