‹ Le socialisme devant le vieux monde; ou, le vivant devant les morts; suivi de Jésus-Christ devant les conseils de guerreChapitre 38 sur 50 · CURRENCE DR VOTRE BIEN, VOUS N'ACCOMPLISSEZ PAS CE QUE VOIS · texte numérisé non relu

CURRENCE DR VOTRE BIEN, VOUS N'ACCOMPLISSEZ PAS CE QUE VOIS

devez. (S. Jean Chrysost. de Lazat. concio 2.)

Dans quel guêpier, citoyen procureur, les dévotes étaient tombées et quel cierge elles me devront! Vous croyez que c'est tout? Voici un sieur Basile qui apostrophe les riches en ces termes :

Malheureux que vous êtes, que répondrez-vous au grand jnge? Vous couvrez de tapisseries la nudi é des murailles, et ne couvrez pas de vêtements celle des hommes ! Vous parez les chevaux de housses précieuses et très riches, et vous méprisez votre frère qui est couvert de haillons ! Vous laissez pourrir ou ronger du blé dans des granges ou des greniers et ne daignez point jeter les regards sur ceux qui ii'ont pas de pain ! Vous gardez de l'argent en réserve, et vous n'avez aucun soin de relever ceux que la nécessité abat ou opprime ! Vous me direz : * A qui fais-je tort, si je retiens et conserve ce qui est à' moi ? » Et moi je vous demande quelles sont les choses que vous dites être à vous ? de qui les avez-vous reçues ? Fous faites comme un homme qui étant au théâtre et s' étant hâté de prendre les places que les autres pourraient prendre, les voudrait tous empêcher d'entrer, appliquant a son seul usage, ce qui est la pour l'usage de tous. C'EST AINSI QUE FONT LES RI- CHES, et s'étant mis les premiers en possession de choses qui sont communes, ils se les rendent propres en les possédant , car si chacun ne prenait que ce qui lui est nécessaire pour sa subsistance et qu'on donnât le reste aux indigents, il n'y aurait ni riches ni pauvres. {S. Basil magn. concio de divit. et paupert.)

— Eh ! malheureux, comment les pauvres vivraient-ils s'il n'y avait plus de riches? « Les riches sont l'estomac, dit Menennius, et les pauvres sont les membres. » Pourquoi les membres travailleraient-ils si ce n'était pour emplir la panse? — Vous avez raison, citoyen le procureur, cela est élémentaire, mais que voulez-vous!

Us se tiennent tous entre eux comme les doigts de la main. Ecoutez saint Ambroise :

Qu'y a-t-il d'injuste dans ma conduite, dis-tu, si, respectant le bien d'autrui, je conserve avec soin mes propriétés personnelles? < niriDENTE parole ! Quelles sont ces propriétés dont tu pa • - ?

D'où tieas-tu les choses que tu possèdes en ce monde? Quand tu apparus au jour, quelles richesses as-tu apportées avec toi?

LA TERRE Ai'AN'T ETE DONNÉE EN COMMUA A TOUS LES HOMMES,

PERSONNE NE PEUT SE DIRE PROPRIÉTAIRE DE CE QUI DÉPASSE SES BESOINS NATURELS DANS LES CHOSES QU'IL A DÉTOURNÉES DU FONDS COMMUN ET QUE LA VIOLENCE SEULE LUI CONSERVE. Rappelle-toi que tu es sorti nu du ventre de ta mère et que tu rentreras également nu dans le sein de la terre* (S. Ambros., serm. 64 in lue, cap. 16.)

Voulez-vous voir jusqu'où l'on peut descendre quam? on s'est une fois écarté du sentier de l'honneur ?

« Quiconque possède sur la terre est infidèle a la loi de iésus ciirist » dit saint Augustin. [Crédit, dt comptempt mundi. Tract. 9, cap. 2.)

Et d'un.

a La richesse et l'avarice sont la source de tous les maux. »

Ceci est de saiot Paul.

Quant au chef d'avarice, dites vous, je suis désintéressé dans la question. En ètes-vous bien sûr?

L'avarice, à parler généralement, c'est, dit saint Astere, la passion d'avoir plus que le nécessaire. (S. Asterius. homil. 3. advers) (avarit.)

Ces gens là se sont à ce point identifiés avec ces folies, qu'ils mettent parfois à les exprimer une naïveté charmante. Voyez le bon trait de comédie :

De toutes les maladies de l'àme, la plus exécrable est la funeste passion de conserver ses richesses. (Salvian cont. avarit lib. 4.)

Oui, mais tout cela est sérieux, très sérieux !

Ce sera, si vous le voulez, l'histoire du serpent et de la lime, mais toujours est-il que les fondements de la société sont atteints par des discours du genre de celui-ci :

Allez, dit Jésus-Christ, et vendez non pas une partie de votre bien, mais tout ce que vous possédez, et donnez-le, non pas à vos amis, à vos parents, à votre femme, a vos enfants ; et pour dire encore quelque chose de plus, ne vous en réservez rien du tout par u^e timide prévoyance, de peur que vous ne soyez puni comme Ananie et Saphire ; mais donnez tout aux pauvres, et employez ces richesses d'iniquité à vous faire des amis qui vous reçoivent dans les tabernacles éternels. (St-Jérôme. Lettre à Julianus.)

Voulez-vous me dire ce qui resterait de la famille ? Us l'ont attaquée bien plus rudement encore, vous le verrez dans un moment. Remarquez seulement que ce passage de saint Jérôme renferme une véritable menace à l'adresse

de -eux qui ne se mettent pas nus comme la main, eux et leurs femmes et leurs enfants aussi. Et quelle menace ! le sort d'Ananie et de Saphire! Procureur général, hésiteriez vous encore ?

i)u reste, il dit vrai quand il invoque l'autorité de Jésus- Christ.

Donnez- en aumônes ce que vous avez, et toutes choses vous seront pures. (S. Luc, XI, 41 )

On raconte qu'un pauvre jeune homme auquel ces dangereuses prédications avaient tourné la tête (c'était du reste un homme honorable, « possédant de grands biens ») vint trouver Jésus-Christ.

Et s'étant mis à genoux devant lui, il lui demanda : Mon bon maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle?

Mais Jésus lui répondit : Pourquoi m'appelles-tu bon ? Il n'y a qu'un seul bon, c'est Dieu.

Tu sais les commandements : Ne commets point d'adultère, ne tue point, ne dérobe point, ne dis point de faux témoignage, ne fais tort à personne, honore ton père et de ta mère.

Il répondit : Maître, j'ai observé tuutes ces choses dès ma jeunesse. .

Et Jésus, ayant jeté les yeux sur lui, l'aima et dit : Va vends tout ce que tu as et le donne aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; après cela viens et suis-moi t'etant chargé de ta croix.

Le jeune homme prouva bien qu'il n'avait pas complètement perdu la raison. Il s'en alla; « tristement, » dit-on, mais enfin il s'en alla ; « car il avait de grands biens, » ajoute bêtement le nouvelliste.

Sur quoi Jésus-Christ fait cette méchante remarque :

Qu'il est diffeile que ceux qui ont des richesses entrent dans le royaume de Dieu.

Et ses disciples furent étonnés de ce discours. Mais Jésus, reprenant la parole, leur dit : Mes enfants, qu'il est difficile à ceux qui se confient aux richesses d'entrer dans le royaume de Die» !

Il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille qu'il ne l'est qu'un riche entre dans le royaume de Dieu.

Mais puisque tous, tant que nous sommes, nous avons eu le malheur d'être élevés dans des doctrines répudiées aujourd'hui par les gens de bien; permettez que j'écrive un paragraphe à l'adresse de ceux dont l'esprit droit et le cœur candide n'ont point su découvrir le piège qui leur est tendu. Ils ont cru que la foi aux mystères suffisait pour leur mériter le titre de chrétiens dans cette vie et le salut dans l'éternité. Qu'ils écoutent la brutale parole de saint Jacques, et leur illusion cessera.

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